Wat­ch­dog

Ce duo for­mé par Anne Quillier et Pierre Hor­ck­mans, lau­réat du trem­plin Jazz Mi­gra­tion, cultive une mu­sique élec­tro-acous­tique qui in­ter­roge notre époque.

Jazz Magazine - - LE LIVE - KA­TIA TOU­RÉ

D’un cô­té, Anne Quillier, son Rhodes et son Moog. De l’autre, Pierre Hor­ck­mans et ses cla­ri­nettes. Au centre, des com­po­si­tions aus­si lu­mi­neuses que sombres – voire an­gois­santes – que les deux signent conjoin­te­ment. Ils forment le duo Wat­ch­dog en 2014 alors qu’ils cu­mu­laient dé­jà plu­sieurs an­nées de col­la­bo­ra­tions au sein du col­lec­tif lyon­nais Pince Oreilles et de di­verses for­ma­tions : le sex­tette d’Anne Quillier ou le trio Blast avec le bat­teur Guillaume Ber­trand. Quand, avec Blast, Anne Quillier et Pierre Horcks­mans fa­vo­risent une mu­sique élec­trique, rock, ins­pi­rée par la bande-des­si­née et le ci­né­ma, Wat­ch­dog fait la part belle aux mor­ceaux épu­rés et à l’acous­tique vi­vi­fiante. De sur­croît, un troi­sième pro­ta­go­niste est de la par­tie, en la per­sonne d’Adrian Bour­get, en charge du son. En fé­vrier 2016, ce “duo à trois” a pu­blié “You’re Wel­come” (“Ré­vé­la­tion” dans nos co­lonnes). Cette an­née, ils ont tour­né sous le sceau du trem­plin Jazz Mi­gra­tion. « Nous avons fait une ving­taine de concerts dans des lieux vrai­ment su­perbes, à La Ca­sa da Mu­si­ca de Por­to, à l’Ins­ti­tut Fran­çais de Brême, et nous irons en Po­logne en no­vembre », s’en­thou­siasme Anne Quillier. « Si je ne de­vais ci­ter qu’un seul concert, ce se­rait ce­lui au fes­ti­val plu­ri­dis­ci­pli­naire Caph’ART Näum aux portes du Châ­teau La­fauche, en Haute Marne. Le cadre était ma­gni­fique et l’équipe ex­cep­tion­nelle. C’est vé­ri­ta­ble­ment un fes­ti­val à dé­cou­vrir d’ur­gence ! » Le duo a été par­rai­né par Le Pé­ri­scope de Lyon, struc­ture dé­diée au jazz. C’est là qu’Anne Quillier a écou­té pour la pre­mière fois des groupes comme Knee­bo­dy et pAn-G, ou des mu­si­ciens comme Tho­mas de

Pour­que­ry et Ma­thieu Do­na­rier. En an­glais, wat­ch­dog si­gni­fie lit­té­ra­le­ment “chien de garde”, ou en­core “sen­ti­nelle”. Le terme fait aus­si ré­fé­rence à ces ma­chines qui dans les chaînes de fa­bri­ca­tion de moult pro­duits de consom­ma­tions as­surent le bon fonc­tion­ne­ment d’autres ma­chines au­to­ma­ti­sées. En d’autres termes, ces ma­chines jouent un rôle de sur­veillance. « Cette no­tion nous amuse car, en quelque sorte, on la re­trouve dans notre duo. Quand Pierre et moi jouons, nous nous ob­ser­vons et nous guet­tons l’un l’autre afin de pou­voir ré­agir au­to­ma­ti­que­ment à nos pro­po­si­tions mu­tuelles et en­trer en in­ter­ac­tion. »

ÉLEC­TRI­CI­TÉ STRIDENTE, DOU­CEUR ACOUS­TIQUE Wat­ch­dog met en avant une ins­pi­ra­tion mu­si­cale qui dé­peint le monde des so­cié­tés mo­dernes ul­tra sur­veillées qui pro­duisent une ac­tua­li­té pé­trie de vio­lence et de ces ma­chines au­to­con­trô­lées qui, peu à peu, prennent le pas sur les vel­léi­tés de l’être hu­main. Aus­si, leur mu­sique exor­cise ces pré­oc­cu­pa­tions. Quelle es­telle ? Un mé­lange d’as­pects, un jeu constant entre élec­trique et acous­tique. « Ce­la peut par­fois créer un dés­équi­libre, ce qui nous a ame­nés pro­gres­si­ve­ment à uti­li­ser des ef­fets, à am­pli­fier la cla­ri­nette, et à faire toutes ces re­cherches so­nores qui sont loin d’être ter­mi­nées.» Wat­ch­dog cultive la re­cherche de nuances, de tex­tures et de timbres à tra­vers cet ad­mi­rable et ju­di­cieux « mé­lange de l’élec­tri­ci­té stridente à la dou­ceur de la vi­bra­tion acous­tique ». Ain­si, on passe ai­sé­ment de mor­ceaux élec­triques et sa­tu­rés à l’épure com­plète, sans au­cun ef­fet. « Nous ai­mons que l’au­di­teur se perde dans nos dif­fé­rentes sources so­nores et dans les rôles mul­tiples de nos ins­tru­ments. C’est ad­dic­tif et pas­sion­nant. » Ra­con­ter des his­toires, ima­gi­ner des per­son­nages tour à tour se­reins ou an­gois­sés, apai­sés ou tour­men­tés : c’est le leit­mo­tiv de Wat­ch­dog. D’où le ca­rac­tère bi­gar­ré de leur pre­mier al­bum. Leurs in­fluences em­pruntent à tous les styles et tous les arts. Anne Quillier cite Ar­vo Pärt, Mau­rice Ra­vel, Gio­van­ni Pier­lui­gi da Pa­les­tri­na, John Adams, Vi­jay Iyer ou en­core la drôle de mu­sique de chambre de Ch­romb! « Sans ou­blier la dis­co­gra­phie de la­bels lyon­nais comme Dur et Doux et Car­ton Re­cords, des mu­si­ciens comme Fred Frith, Am­brose Akin­mu­sire, Bo­jan Zul­fi­kar­pa­sic, An­dy Em­ler ou Moon­dog. » Des sé­ries té­lé­vi­suelles comme Uto­pia, Black Mir­ror ou True De­tec­tive nour­rissent éga­le­ment leur ima­gi­naire. Au même titre que des réa­li­sa­teurs comme les frères Co­hen, Wes An­der­son, Stan­ley Ku­brick ou George Or­well. Le 13 oc­tobre pro­chain, Wat­ch­dog pu­blie­ra “Can Of Worms”, son deuxième al­bum, qui mar­que­ra une évo­lu­tion dans leur mu­sique concep­tuelle. C’est que le groupe mise sur la sur­prise et le re­nou­vel­le­ment per­ma­nent. On ne vous en EJU QBT QMVTy t

CONCERTS Le 13 oc­tobre à Lyon (Le Pé­ri­scope), le 14 à Nan­cy Jazz Pul­sa­tion, le 17 à Per­pi­gnan (Jaz­zèbre).

Pierre Hor­ck­mans et Anne Quillier

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