“Faire re­ve­nir les grands ar­tistes dans des pe­tites salles”

Le pa­tron de Cap Ci­né­ma est aus­si un fou de jazz. C’est pour­quoi l’idée d’or­ga­ni­ser des concerts dans des salles de ci­né­ma l’a tout de suite sé­duit. Hier, au­jourd’hui, de­main : entre bi­lan et pers­pec­tives, Phi­lippe De­just est plus que ja­mais dé­ter­mi­né à c

Jazz Magazine - - ENTRETIEN -

Jazz Ma­ga­zine Com­ment vous est ve­nue l’idée d’uti­li­ser votre ré­seau de salles de ci­né­ma pour en faire des lieux de concert ? Phi­lippe De­just Quand j’ai com­men­cé dans le ci­né­ma à Blois dans les an­nées 1980/1990, j’avais or­ga­ni­sé dans la salle que je di­ri­geais quelques concerts de mon beau-père qui était un fan de cla­ri­nette. La salle n’était pas du tout adap­tée, le son n’était pas bon, et à l’époque on n’avait pas pous­sé l’idée plus loin. Mais quand Di­dier Ber­gen est ve­nu me sol­li­ci­ter une di­zaine d’an­nées plus tard pour me pro­po­ser le con­cept d’All that Jazz, le ter­rain était en quelque sorte pré­pa­ré et on s’est lan­cé ré­so­lu­ment dans l’aven­ture. C’était d’au­tant plus pos­sible à ce mo­ment là que les condi­tions tech­niques avaient chan­gé, le ci­né­ma était pas­sé au nu­mé­rique, l’adap­ta­bi­li­té de la salle était beau­coup plus souple, tout était de nou­veau en place pour que le ci­né­ma re­de­vienne comme à l’ori­gine un es­pace d’at­trac­tions, un lieu de ren­contres et d’échange au-de­là de la pro­jec­tion de films. Bref, pour moi qui suis un fou de jazz, l’idée de trans­for­mer la grande salle en es­pace de concert m’a pa­ru tout de suite évi­dente ! Les pre­miers concerts ont été quand même un peu com­pli­qués. Les gens ont mis quelque temps à com­prendre qu’on leur pro­po­sait des mu­si­ciens en chair et en os jouant en di­rect et non des re­trans­mis­sions sur écran géant de concerts en­re­gis­trés ou cap­tés live sur une scène de spec­tacle et dif­fu­sés en temps réel... Mais au bout d’un cer­tain temps le con­cept a fi­na­le­ment été com­pris, et tout un pu­blic qui ne ve­nait plus au ci­né­ma a re­dé­cou­vert le plai­sir de la salle en as­sis­tant aux concerts. Quand à par­tir du mi­lieu des an­nées 2000 et la gé­né­ra­li­sa­tion du nu­mé­rique, j’ai dé­ve­lop­pé le ré­seau de mes mul­ti­plexes dans de nou­velles villes, je l’ai fait en in­té­grant di­rec­te­ment dans la concep­tion des salles, le prin­cipe de cette po­ly­va­lence. On peut dire que l’idée­même d’or­ga­ni­ser dans l’es­pace d’une salle de ci­né­ma d’autres évé­ne­ments que la simple pro­jec­tion de films, et no­tam­ment des concerts, est au coeur du con­cept de Cap Ci­né­ma.

J’ima­gine que dans ces pe­tites villes de pro­vince il n’y avait pas de lieu spé­ci­fi­que­ment dé­dié au jazz, et que vous ve­niez du même coup com­bler un manque… Ab­so­lu­ment, il n’y en avait au­cun ! Dans ce genre de villes il y a une scène mu­ni­ci­pale, une salle po­ly­va­lente, dans le meilleur des cas une scène na­tio­nale, et c’est tout… Il est bien évident que l’idée de Cap Ci­né­ma a tout de suite été à la fois de faire re­ve­nir dans les salles de ci­né­ma un pu­blic qui les avait dé­ser­tées mais aus­si d’of­frir aux villes où nous nous ins­tal­lions un nou­vel es­pace de dif­fu­sion pour la mu­sique. Le mo­dèle que j’avais en tête c‘était un peu le club­bing des an­nées 1970 aux Etats-Unis. Mon dé­sir, c’était de faire re­ve­nir les grands ar­tistes dans des pe­tites salles… Ce qu’offre de vrai­ment pré­cieux le for­mat de la salle de ci­né­ma c’est un par­tage au­then­tique avec le pu­blic ! 400 places c’est la jauge idéale, la scène est toute proche. Non seule­ment le pu­blic est ra­vi mais les ar­tistes aus­si, qui tous ap­pré­cient cette proxi­mi­té. Si ces der­nières an­nées les concerts d’Ibra­him Maa­louf, Dee Dee

Bridg­wa­ter ou Youn Soun Nah ont été de tels mo­ments de grâce ab­so­lue c’est du fait même de cette in­ti­mi­té.

Pour­quoi avez vous pri­vi­lé­gié le jazz aux autres formes de mu­sique ? Prin­ci­pa­le­ment parce que j’ai ren­con­tré Di­dier Ber­gen qui est un vé­ri­table di­rec­teur ar­tis­tique. Il pos­sé­dait une connais­sance in­time de la scène jazz contem­po­raine, il a su tout de suite convaincre les ar­tistes de ve­nir et d’adhé­rer au pro­jet, les choses se sont faites très na­tu­rel­le­ment… En­suite, rien n’est fi­gé, on a dé­jà or­ga­ni­sé des concerts de mu­sique clas­sique dans cer­taines salles, rien ne dit que le con­cept ne se­ra pas élar­gi à d’autres genres dans le fu­tur…

Com­ment dé­fi­ni­riez vous le con­cept d’All That jazz ? On ne peut pas vrai­ment par­ler de fes­ti­val dans la me­sure où n’y a pas d’uni­té de lieu. C’est quoi : une sai­son iti­né­rante ? Vous avez rai­son, c’est un con­cept qui n’entre pas dans les cases ha­bi­tuelles… Mais le ré­sul­tat c’est qu’au­jourd’hui avec notre ré­seau de salles on est tout sim­ple­ment le deuxième or­ga­ni­sa­teur de concerts en France. Dans la plu­part des cas de nos jours les concerts s’or­ga­nisent salles par salles avec des tour­neurs qui es­saient de ca­ser leurs ar­tistes. Notre prin­cipe de pro­po­ser à un ar­tiste non pas un concert mais plu­sieurs dates par­tout sur le ter­ri­toire dans des condi­tions tech­niques op­ti­males c’est tout sim­ple­ment no­va­teur. Notre spé­ci­fi­ci­té c’est d’être à la fois tour­neur, or­ga­ni­sa­teur et pro­duc­teur : ce qu’on pro­pose à l’ar­ri­vée ce sont des sortes de mi­ni-tour­nées. Et c’est parce qu’on leur cer­ti­fie la pos­si­bi­li­té de bé­né­fi­cier de plu­sieurs dates qu’on a pu très vite sé­duire des ar­tistes d’im­por­tance qu’on n’au­rait pas pu s’of­frir sans ce prin­cipe du ré­seau. Youn Soun Nah, Sta­cey Kent, Dee Dee Brid­ge­wa­ter sont des chan­teuses ma­jeures qui se pro­duisent sur des scènes ha­bi­tuel­le­ment beau­coup plus im­por­tantes. Si elles ac­ceptent et ap­pré­cient tant de par­ti­ci­per à All that Jazz c’est qu’elles ne pour­raient pas sans nous al­ler à la ren­contre de ce pu­blic de pro­vince, qui plus est dans de telles condi­tions de confort et de qua­li­té d’écoute. Une de mes grandes sa­tis­fac­tions c’est que les mu­si­ciens sont heu­reux de jouer à All that Jazz. A tel point qu’ils sont même nom­breux à re­ve­nir ! Des ar­tistes comme Kyle East­wood ou Sta­cey Kent sont qua­si­ment là tous les ans ! Ce­ci étant notre am­bi­tion ne se li­mite pas à faire ve­nir des poin­tures dans nos salles. J’ai­me­rais beau­coup que dans l’ave­nir nous fas­sions aus­si dé­cou­vrir de jeunes ta­lents. Pour­quoi ne pas or­ga­ni­ser dans le cadre d’All That jazz des sortes de ra­dio-cro­chets dé­diés aux jeunes groupes de jazz par exemple ? Nous y ré­flé­chis­sons sé­rieu­se­ment avec Edouard Rencker de Jazz Ma­ga­zine, tout comme nous col­la­bo­rons d’ores et dé­jà sur la Nuit des Di­vas au Tria­non… L’autre idée qu’on a com­men­cé à mettre en oeuvre, c’est de dé­ve­lop­per et sys­té­ma­ti­ser l’or­ga­ni­sa­tion de concerts la­bel­li­sés All that Jazz en par­te­na­riat avec des salles plus grandes comme le Grand Rex à Pa­ris par exemple ou des scènes na­tio­nales en pro­vince. Main­te­nant le la­bel All that Jazz doit être re­con­nu à sa juste va­leur par les mé­dias na­tio­naux : soit un gage de qua­li­té in­dis­cu­table. Une vraie ré­fé­rence dans le monde du jazz !

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