Dau­nik Laz­ro Jouer et dé­jouer

Son re­mar­quable et re­mar­qué Ja­ra­wa Quin­tet, sa par­ti­ci­pa­tion aux tour­nées The Bridge, ses disques... : le saxo­pho­niste Dau­nik Laz­ro est tou­jours aus­si ac­tif.

Jazz Magazine - - LE GUIDE - DA­VID CRISTOL

1 Lon­nie’s La­ment de John Col­trane en concert, Duke El­ling­ton et Al­bert Ay­ler sur votre nou­vel al­bum en trio, “Gar­den(s)” : re­tour au jazz ?

J’ai de tout temps joué ou dé­joué par-ci par-là des mor­ceaux vé­né­rés, de Bird ou même Monk à mes dé­buts, puis de Steve La­cy, Al­bert Ay­ler et quelques autres. Em­bar­qué dans l’im­pro hors­jazz, c’est Ma­rie Co­sen­za qui, pour son la­bel Bleu Re­gard au mi­lieu des an­nées 1990, m’avait al­lé­ché avec le pro­jet “Out­laws in jazz” : une re­lec­ture-hom­mage à des com­po­si­tions d’Or­nette Co­le­man, Al­bert Ay­ler et Charles Ty­ler, en quar­tette avec Jac Ber­ro­cal, Di­dier Le­val­let et De­nis Charles. Ma na­vi­ga­tion me ra­mène donc pé­rio­di­que­ment près des ri­vages jazz, comme pour des es­cales. Af­faire de dé­sir, mais aus­si des pro­po­si­tions qui me sont faites. Der­niè­re­ment, la pra­tique du té­nor a fait que de nou­veau John Col­trane me hante, ain­si que d’autres géants.

2 Quel re­gard por­tez-vous sur la scène des mu­siques im­pro­vi­sées au­jourd’hui ?

Pas vé­ri­ta­ble­ment de scène au­jourd’hui en France pour l’im­pro hors-jazz, plu­tôt des îlots fes­tifs et/ou mi­li­tants, des fes­ti­vals comme au­tant de ré­serves, quelques lieux ins­ti­tu­tion­nels où s’en­seignent des pra­tiques sa­vantes pour au­di­toire aver­ti. Et pa­ra­doxa­le­ment une mul­ti­tude de lieux al­ter­na­tifs où bouillonne la créa­ti­vi­té de­vant des pu­blics mi­nus­cules ; une su­perbe émis­sion ré­gu­lière sur France Mu­sique ; de nom­breux jeunes col­lec­tifs qui font bou­ger les lignes... Que ces mu­siques se jouent à l’écart du sys­tème mar­chand puisque non ren­tables, qua­si hors-com­merce comme la poé­sie, a plu­tôt de quoi me ré­jouir.

3 Par­mi vos al­bums, quel est ce­lui qui vous re­pré­sente le mieux ?

Dans les ré­cents, j’épin­gle­rai le so­lo “Some More Zongs” (Ay­ler Re­cords), “Qwat Neum Sixx” (Amor Fa­ti) et le trio “Sens Ra­diants” (Dark Tree).

4 Se­lon quels cri­tères dé­ci­dez-vous de pu­blier tel ou tel concert, telle ou telle séance ?

C’est ra­re­ment moi seul qui dé­cide. Il y a une his­toire avant chaque al­bum. “En­fances”, par exemple, pro­vient d’une cas­sette au­dio ré­écou­tée par ha­sard, co­pie d’un mas­ter ayant ser­vi aux frag­ments pu­bliés sur le double vi­nyle Hat Art en 1985. “Seven Pieces” vient d’une cas­sette que pos­sé­dait Joe McP­hee, et dont il me par­lait de­puis dix ans… “Ins­tants Cha­vi­rés” est l’unique concert en trio avec Annick No­za­ti et Pe­ter Ko­wald que par chance Jean-Marc Fous­sat avait cap­té. “Gar­den(s)” est une com­mande de Sté­phane Ber­land – car il existe en­core des pro­duc­teurs avec des dé­si­rs ! “Mar­gue­rite…”, duo avec So­phie Agnel en­re­gis­tré live à Mos­cou, on a vite vou­lu l’im­mor­ta­li­ser.

5 So­lo, duo, trio, quar­tette et quin­tette : com­ment adap­tez-vous votre jeu à toutes ces si­tua­tions?

Un im­pro­vi­sa­teur jouit d’une li­ber­té for­mi­dable, et j’es­père scan­da­leuse, qui l’au­to­rise, si ce­la lui chante sou­dain, à en­ton­ner Wild Cat Rag en sou­ve­nir de Be­chet ou à ci­ter Afro Blue pour conclure un concert. D’au­tant plus s’il a joué de ma­nière ex­pé­ri­men­tale ou abs­traite pen­dant qua­rante mi­nutes, ou s’il va en­chaî­ner sur une fu­ria free. Mais je ne fa­brique pas la mu­sique, je me fais ré­cep­teur-trans­met­teur, je de­viens ins­tru­ment. C’est une af­faire de science si l’on veut, d’ins­tinct en ce qui me concerne. Tout un cha­cun n’est pas poète ni mu­si­cien, dé­so­lé. En groupe, c’est un ta­bleau peint, une sculp­ture fa­çon­née à plu­sieurs, dans le temps du concert. La mise en va­leur de l’ego n’a plus cours. S’il manque un peu de cou­leur, de mou­ve­ment, de ma­tière ou de pro­fon­deur, quel­qu’un va ini­tier un dis­po­si­tif, lan­cer une trans­ver­sale, voire un chan­ge­ment de pers­pec­tive. On est très loin des mu­siques de ré­per­toire. Im­pro­vi­ser c’est à la fois pen­ser et agir la mu­sique de l’in­té­rieur, tra­vailler le ma­té­riau so­nore en lui don­nat du sens, et du sen­ti MI­CRO :

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