Di­dier Lo­ck­wood

Stu­peur, in­cré­du­li­té, tris­tesse. De­puis la mort de Mi­chel Pe­truc­cia­ni, on n’avait pas connu une telle onde de choc émo­tion­nelle à l’an­nonce du dé­cès d’un mu­si­cien de jazz fran­çais. Fou­droyé par une crise car­diaque dans la nuit de di­manche 18 fé­vrier, Di­di

Jazz Magazine - - ÉDITO -

QQuand tombe la nou­velle de la dis­pa­ri­tion d’un mu­si­cien qu’on aime de­puis qua­rante ans, on se doit de sur­mon­ter ra­pi­de­ment son cha­grin, ras­sem­bler ses idées, fouiller sa mé­moire, ra­fraî­chir ses sou­ve­nirs. Faire d’un deuil un ar­ticle et l’écrire sans dé­lai. Je déteste ce triste exer­cice de stèle. J’au­rais de loin pré­fé­ré trans­crire l’en­tre­tien que Jazz Ma­ga­zine m’avait com­man­dé pour faire le point sur son ac­tua­li­té et ses pro­jets mul­tiples. Je me fai­sais dé­jà une joie de re­trou­ver Di­dier mar­di 20 fé­vrier à mi­di pour dé­jeu­ner et dia­lo­guer gaie­ment avec lui. Di­dier Lo­ck­wood, Je l’ai connu en 1978, au sor­tir de son « ser­vice mi­li­taire » dans les rangs de Mag­ma. Il ve­nait de re­joindre Zao, suc­cur­sale du groupe van­de­rien, mais « dans une for­mule plus ra­be­lai­sienne » puis­qu’ani­mée par Fa­ton Ca­hen et Yo­chk’o Sef­fer. La pre­mière fois que je l’ai en­ten­du sur scène, c’était le soir d’ou­ver­ture de la Cha­pelle des Lom­bards, pre­mière du nom. Il y jouait en duo avec Fa­ton. Tout de suite, la sou­plesse fé­line de son coup d’ar­chet, l’éner­gie so­laire de son ly­risme m’avaient im­pres­sion­né. En­thou­siaste, j’ai pu convaincre Jean-Pierre Len­tin de lui consa­crer un pa­pier dans les co­lonnes du Monde de la Mu­sique. Un ren­dez-vous fut fixé au Ca­veau de la Mon­tagne, où il jouait alors en duo avec Hen­ri Texier, grand dénicheur de jeunes ta­lents. Je me sou­viens que Di­dier, ti­mide et ré­ser­vé, s’était aga­cé pen­dant l’in­ter­view que je lui dise qu’on lui re­pro­chait, par­fois, de “pon­ty­fier”. Je ne sa­vais pas alors que je tou­chais là un point très sen­sible...

Le don de gé­né­ro­si­té Le mot re­gret n’a ja­mais fait par­tie du vo­ca­bu­laire de Di­dier Lo­ck­wood. Sauf, peut-être, concer­nant JeanLuc Pon­ty qu’il avait dé­cou­vert grâce à un disque avec Frank Zap­pa. « Je lui dois ma vo­ca­tion de vio­lo­niste de jazz. Mon seul vrai re­gret dans la vie est de n’avoir ja­mais pu le ren­con­trer, ne se­raitce une seule fois pour lui dire de vive voix mon ad­mi­ra­tion. J’ai souvent es­sayé, mais il a tou­jours re­fu­sé de me voir, ce qui m’a beau­coup pei­né. » Ce re­gret ne l’a pas

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