Ro­ber­to Ne­gro

Kings And Bas­tards

Jazz Magazine - - LES CHOCS - GUY DA­ROL Ro­ber­to Ne­gro (p, elec). Ca­va­lic­co, Stu­dio Ar­teSuo­no, sep­tembre 2017 ; Mai­sonsAl­fort, Théâtre Claude De­bus­sy, fé­vrier 2018 ; À la mai­son, fé­vrier-mars 2018.

1 CD Cam Jazz / Har­mo­nia Mun­di

NOU­VEAU­TÉ. Ar­go­naute mu­si­cal, on ne compte plus les odys­sées et les illiades de Ro­ber­to Ne­gro tant elles se suivent et s’em­boîtent à la vi­tesse d’un pia­niste au ga­lop.

De trios (Tri­col­lec­tif, Da­da­da) en quar­tette (La Sca­la), de duo (avec Émile Pa­ri­sien) en quin­tette à cordes et voix (avec Élise Ca­ron), cet ex­plo­ra­teur constant n’a de cesse de cher­cher de nou­velles cou­leurs dans le jazz, la mu­sique contem­po­raine, l’élec­tro ou l’art ré­ti­nien. Après s’être frot­té à bien des équi­pages, Ro­ber­to Ne­gro tente un voyage en so­li­taire. Nous sommes à la ren­verse. Al­ter­nance de pia­no pré­pa­ré et de pia­no dé-pré­pa­ré, sans rou­blar­dise ni en­tour­loupe, “Kings And Bas­tards” cha­vire l’écoute et fait mer­veille. On passe de l’hy­per­den­si­té à un cer­tain mi­ni­ma­lisme sur fond de nuit se­mée d’étoiles que l’on pour­rait nom­mer Bé­la Bartók, Ni­no Ro­ta, Con­lon Nan­car­row, Aphex Twin, Claude De­bus­sy ou en­core Györ­gy Li­ge­ti. En deux mou­ve­ments ar­ti­cu­lés par des dé­ve­lop­pe­ments lisses ou ru­gueux imi­tant tan­tôt un or­chestre ba­li­nais, tan­tôt les ins­tru­ments des mu­siques ama­zi­ghes, cette pièce em­pi­lant mor­ceaux na­tu­rels et élec­tro­niques ré­vèle une ar­chi­tec­ture au­da­cieuse qui par­vient à se jouer des lois de l’équi­libre en ti­rant sim­ple­ment la langue aux gar­diens de la pri­son des styles. Comme sur un rail de Grand Huit où l’on au­rait amé­na­gé des pauses pour dé­tailler le pay­sage avant de re­plon­ger dans l’émo­tion, nous tra­ver­sons un ré­cit ja­lon­né d’épi­sodes sen­sibles. Ro­ber­to Ne­gro dit avoir conçu ce disque en se re­mé­mo­rant son père dis­pa­ru, les pay­sages afri­cains de son en­fance, les chan­sons d’amour ita­liennes, des sou­ve­nirs de mu­siques de films... un pêle-mêle de fris­sons et de ser­re­ments de coeur. D’où l’im­pres­sion de beau­té convul­sive que dé­gage ce se­couant pé­riple. •

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