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Night Whis­pers

Jazz Magazine - - DOSSIER - VC

Nous avons écrit ailleurs com­bien le pia­no de Marc Co­pland pro­lon­geait tant l’art de Bill Evans que ce­lui de Paul Bley. Mais on a en­vie de par­ler d’autre chose que de jazz et même que de mu­sique pour dé­crire l’uni­vers de Co­pland : de ma­tière, de cou­leur, de lu­mière... Ces “mur­mures noc­turnes” qui donnent leur nom au der­nier vo­let de la “tri­lo­gie new-yor­kaise” du pia­niste ex­priment la quin­tes­sence d’un art do­mi­né par la quête de l’il­lu­sion au­di­tive, du re­flet, du dé­gra­dé. De plain-pied dans le thème, on est in­vi­té sans vio­lence à la per­cep­tion d’une plu­ra­li­té so­nore : sur la riche toile ryth­mique tis­sée par Bill Ste­wart et com­plé­tée par la ré­pé­ti­tion va­riée de quatre ac­cords, se dé­ploie par pa­liers – et s’im­prime dans notre mé­moire – la mé­lo­die à l’unis­son de la contre­basse de Drew Gress et de la main gauche du pia­niste. Aux cro­chets de quelques si­lences viennent par­fois se sus­pendre quelques clus­ters in­ter­ro­ga­tifs dont Co­pland conserve le se­cret. L’im­pro­vi­sa­tion du pia­niste dé­ve­loppe jusque dans les lignes nues de la main droite son art unique de la dis­so­nance soyeuse, où co­ha­bitent toutes les mo­der­ni­tés har­mo­niques du siècle écou­lé avec l’em­preinte vo­cale du blues. Le tout aux an­ti­podes, en dé­pit de la mi­nu­tie de concep­tion et de réa­li­sa­tion, de tout her­mé­tisme et de toute aus­té­ri­té. • Mark Co­pland, “Night Whis­pers (New York Trio Re­cor­dings Vol. 3)”, Pi­rouet, 2008

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