Le Yo­ga, com­plé­ment idéal du jog­ging

Joggeur - - Sommaire - Par Ber­trand San­la­ville et Ar­melle Hen­ry - Pho­tos Bru­no Ber­bes­sou et LR

Mais au fait, quel yo­ga et quelles pos­tures adop­ter ?

Consi­dé­ré his­to­ri­que­ment comme un simple moyen de re­laxa­tion, le Yo­ga et ses mul­tiples va­riantes sé­duisent un nombre crois­sant de spor­tifs dé­si­reux de trou­ver un épa­nouis­se­ment au­tant psy­chique que phy­sique. Quelles sont ses re­cettes et ses ver­tus ? Jog­geur prend po­si­tion !

Le Yo­ga, qu’est- ce que c’est, d’où ça vient ?

Le yo­ga est une ac­ti­vi­té psy­cho cor­po­relle, avec un as­pect phi­lo­so­phique et un as­pect pra­tique. Il mène à une trans­for­ma­tion pro­gres­sive par la con­cen­tra­tion grâce à un tra­vail sur le corps as­so­cié à un contrôle de l’es­prit, ce qui est loin d’être in­utile dans la pra­tique d’un sport, quel qu’il soit ! La ra­cine du mot « Yo­ga » est Yuj, ce qui veut dire joindre, unir, as­sem­bler, co­or­don­ner… On entre dans l’es­pace de ré­sorp­tion, une trame se file et tout est connec­té, uni­fié, re­cen­tré. Ne pas re­fu­ser ce dont nous sommes faits est une des dé­fi­ni­tions du yo­ga. Une autre dé­fi­ni­tion tout aus­si juste pour­rait être, « lais­ser faire pour lais­ser être » . Dans le texte des « Yo­ga­sû­tra » ( syn­thèse phi­lo­so­phique), Pa­tan­ja­li dé­fi­nit le yo­ga de la fa­çon sui­vante : « Lorsque la pé­ri­phé­rie s’apaise, le centre se ré­vèle. » Jus­qu’au dé­but du XXe siècle, le yo­ga était ré­ser­vé aux hommes et ne se trans­met­tait que de maître à dis­ciple. Le dis­ciple ha­bi­tait la plu­part du temps avec son maître. Alors que l’in­dé­pen­dance de l’Inde se des­sine, vers 1930, Kri­sh­na­ma­cha­rya, qui a été le gu­ru de la fa­mille du ma­ha­ra­ja de My­sore, a dé­ci­dé d’ou­vrir cette dis­ci­pline à un large pu­blic ain­si qu’aux femmes. Il for­me­ra son fils De­si­ka­char, BKS Iyen­gar et Pat­tabhi Jois. De ces trois prin­ci­paux dis­ciples naî­tront dif­fé­rents cou­rants. Pour plon­ger un peu plus dans le temps, les ra­cines du yo­ga se si­tuent au­tour de notre ère ( IIe siècle avant et après J.- C.). Il est struc­tu­ré en tant que dis­ci­pline au­to­nome dans un texte phi­lo­so­phique, les Yo­ga- sû­tras ou Apho­rismes sur le Yo­ga, at­tri­bu­té à Pa­tan­ja­li. Mais ses sources sont plus an­ciennes : les grandes épo­pées my­tho­lo­giques, le « Râ­mâya­na » et le « Ma­hâb­hâ­ra­ta » , dont fait par­tie la « Bha­ga­vad­gî­tâ » , évoquent lar­ge­ment le yo­ga et ce­la dès le IVe siècle avant notre ère. « Yo­ga Sû­tra » en sans­krit ( la langue d’ori­gine in­do- aryenne de culte et d’en­sei­gne­ment) veut dire « le fil du yo­ga » ou « règle du yo­ga » , qui com­porte une éthique, une pra­tique ( pos­tures/ Asa­nas), une tech­nique res­pi­ra­toire ( Prâ­nâyâ­mas) et une mé­di­ta­tion ( Dhyâ­na). Ces textes an­ciens parlent du yo­ga sous forme spi­ri­tuelle. Ils ap­portent la pen­sée in­dienne. Il faut at­tendre le XVe siècle de notre ère pour avoir les pre­mières pos­tures ( Asa­nas en sans­krit).

Quels sont les bien­faits réels sur le corps et l’es­prit ?

Le yo­ga aide à se dé­pouiller de tous ses condi­tion­ne­ments. Avoir une pré­sence à soi, plus de dis­cer­ne­ment, plus de sta­bi­li­té. Il per­met de ré­ap­prendre à res­pi­rer. Par le tra­vail du souffle ( les Prâ­nâyâ­mas), on ac­quiert une plus grande ca­pa­ci­té pul­mo­naire, une flui­di­té du souffle. En yo­ga, c’est le Pra­na ( le souffle) qui fait dres­ser le corps et non les muscles. Le yo­ga ren­force éga­le­ment les os et les ar­ti­cu­la­tions. Il dé­ve­loppe une to­ni­ci­té mus­cu­laire pro­fonde. Il fait tra­vailler par exemple les muscles pro­fonds des gout­tières qui tiennent le ra­chis en ap­por­tant plus d’équi­libre in­té­rieur, un état in­dis­pen­sable pour la li­bé­ra­tion des an­goisses, des trau­mas etc.. Faire ap­pel au dé­sir pour en­rayer la peur. Al­ler au bout

de son dé­sir avec dé­ta­che­ment, se dé­pouiller de ses condi­tion­ne­ments pour ac­cueillir ce qu’on est réel­le­ment. L’idée est de contrô­ler l’es­prit, le men­tal, afin de mieux com­prendre com­ment il fonc­tionne pour dé­ve­lop­per ses ca­pa­ci­tés et dé­pas­ser les agi­ta­tions du men­tal. Comme le dit Pa­tan­ja­li dans le Sû­tra 1- 2 : « Le yo­ga est l’ar­rêt ( contrôle) des fluc­tua­tions du men­tal. » Il ac­com­pagne les cou­reurs qui ont la « bou­geotte » vers une forme d’im­mo­bi­li­té qui les ai­de­ra à ca­na­li­ser leur éner­gie vers l’in­té­rieur au lieu de l’épar­piller vers l’ex­té­rieur. Jog­geurs de tout poil, le yo­ga contri­bue à ne pas se re­lâ­cher pen­dant la course, à ne pas avoir les épaules trop en avant en ap­por­tant une meilleure ou­ver­ture de la cein­ture sca­pu­laire et, de ce fait, de la cage tho­ra­cique. En mi­lieu de par­cours, lorsque le men­tal du cou­reur ne suit plus, lors­qu’il s’agit de trou­ver le se­cond souffle sal­va­teur, il in­vite à pen­ser la course comme une « pos­ture » par l’éner­gie, le rythme, le souffle, à trou­ver

LE YO­GA PER­MET ENTRE AUTRE DE RÉ­AP­PRENDRE À RES­PI­RER, UN ÉLÉ­MENT CA­PI­TAL POUR LE JOG­GEUR!

le re­lâ­che­ment sans ra­len­tir et ne pas pen­ser à la vi­tesse. Il aide aus­si à se re­cen­trer sur la qua­li­té du geste pour no­tam­ment avoir une meilleure conscience des ap­puis au sol. En syn­thèse, il per­met de s’ob­ser­ver men­ta­le­ment. Suis- je trop cam­bré ? Que se passe- t- il si je ré­tro­verse lé­gè­re­ment mon bas­sin ? Le yo­ga in­cite à dé­ve­lop­per la per­cep­tion de la force vi­tale ( « Ha­ra » ) qui se meut dans le bas du ventre et où se place notre centre de gra­vi­té.

Quels sont les dif­fé­rents types de Yo­ga ?

Il existe de nos jours une mul­ti­tude de « Yo­ga » ap­pe­lés aus­si « Ha­tha Yo­ga » ( dans « Ha­tha » il y a « HA » = le so­leil = l’es­prit et « THA » = La lune = le corps. On pour­rait ré­su­mer « Ha­tha Yo­ga » par unir le corps et l’es­prit). Ils pro­viennent de l’en­sei­gne­ment de dif­fé­rents maîtres. En Oc­ci­dent, vous trou­ve­rez dif­fé­rents cours d’Ha­tha Yo­ga avec, mal­gré l’in­fluence de tel ou tel maître, une base com­mune. Vous ren­con­tre­rez éga­le­ment la li­gnée de BKS Iyen­gar ap­pe­lée mé­thode « Iyen­gar » . Elle est ba­sée sur un tra­vail pré­cis de l’ali­gne­ment du corps et de l’éti­re­ment, ai­dé par des ac­ces­soires ( briques, sangles, chaises, cou­ver­tures, etc.). La li­gnée de Pat­tabhi Jois re­groupe toutes les tech­niques de « Ash­tan­ga/ Vi­nya­sa » . C’est une mé­thode com­po­sée d’en­chaî­ne­ments de sé­ries de pos­tures de­bout très to­niques. Ces prin­ci­pales li­gnées ont don­né nais­sance par la suite à dif­fé­rentes fu­sions : le Po­wer yo­ga, Flow yo­ga, le Bi­kram Yo­ga ( sé­rie de 26 pos­tures dans une pièce chauf­fée à 38 de­grés, la trans­pi­ra­tion due à l’ef­fort

contri­buant au net­toyage de la peau et à l’éli­mi­na­tion des toxines), le Kun­da­li­ni Yo­ga, tech­no­lo­gie ho­lis­tique puis­sante tra­vaillant sur dif­fé­rents plans de l’être à par­tir de sé­ries uti­li­sant le souffle, le son, les pos­tures dy­na­miques ou sta­tiques, la re­laxa­tion et la mé­di­ta­tion. Existe éga­le­ment les mé­thodes plus douces ba­sées sur une ap­proche de la re­laxa­tion comme le Yo­ga Ni­dra ( som­meil en Sans­krit) tra­vaillant sur l’in­cons­cient, l’état pré­caire entre éveil et som­meil, par des vi­sua­li­sa­tions. Bien en­ten­du, la fi­na­li­té et le point de ren­contre entre toutes ces ap­proches reste la mé­di­ta­tion, avoir une maî­trise de soi par la mé­di­ta­tion ( Dhya­nâ).

Quelle mé­thode semble la plus adap­tée ou conseillée pour un pra­ti­quant ré­gu­lier du jog­ging ?

La ré­ponse ap­par­tient à cha­cun. Afin de trou­ver le cours qui convient, il faut au dé­part, sans pré­ci­pi­ta­tion,

es­sayer plu­sieurs li­gnées. En gé­né­ral et as­sez vite, une évi­dence ap­pa­raît. Ce­la se passe un peu comme une ren­contre. On sent si hu­mai­ne­ment le cou­rant passe avec le pro­fes­seur ain­si qu’avec la mé­thode en­sei­gnée par rap­port à nos at­tentes. Sa­chant aus­si qu’une li­gnée peut nous cor­res­pondre à un mo­ment de notre vie, puis en chan­ger car nos at­tentes et nos be­soins évo­luent avec le temps. La mé­thode Iyen­gar se­ra bé­né­fique pour ce­lui qui souffre de crampes, ce­lui qui sent le be­soin de beau­coup s’éti­rer après une sor­tie. C’est un en­sei­gne­ment très ri­gou­reux et exi­geant qui se ca­rac­té­rise par un tra­vail axé sur l’ali­gne­ment très pré­cis du corps, l’éti­re­ment et l’em­ploi de sup­ports ( sangles, briques, cou­ver­tures, chaises, cordes). L’Ash­tan­ga/ Vi­nya­sa in­té­res­se­ra les per­sonnes re­cher­chant à la fois les bien­faits d’un yo­ga tra­di­tion­nel ( maî­trise du souffle, prise de conscience du corps) et une ryth­mique sou­te­nue grâce au mou­ve­ment. Il se des­tine à des ama­teurs de dé­pense phy­sique en fai­sant tra­vailler da­van­tage les muscles su­per­fi­ciels par rap­port à l’Ha­tha Yo­ga tra­di­tion­nel. Le Bi­kram Yo­ga s’adresse à des per­sonnes qui au­raient la sen­sa­tion de ne pas as­sez trans­pi­rer du­rant leur jog­ging, mais at­ten­tion à la déshy­dra­ta­tion car la salle chauf­fée à 38 de­grés ac­cé­lère ef­fec­ti­ve­ment la su­da­tion, aug­mente le rythme car­diaque et l’ef­fort en gé­né­ral. En­fin, pour ceux qui sou­haitent se po­ser après l’ef­fort phy­sique, ils peuvent se tour­ner vers le Yo­ga Ni­dra, plus re­laxant, ou alors ce qu’est vrai­ment le but du yo­ga, la mé­di­ta­tion.

AU YO­GA, CHA­CUN FAIT AVEC CE QU’IL EST. CE N’EST PAS LE BUT QUI COMPTE MAIS LE CHE­MIN PAR­COU­RU…

Quels sont les meilleurs moyens pour s’ini­tier ou in­ten­si­fier sa pra­tique du Yo­ga ?

Le yo­ga ap­pa­raît comme un com­pa­gnon pré­cieux pour le cou­reur, sur­tout s’il sou­haite res­pec­ter son corps, agir en conscience et se don­ner les chances de pra­ti­quer du­ra­ble­ment. Vous trou­ve­rez dans cet ar­ticle quelques idées de pos­tures pro­po­sées avant et après le jog­ging. Il n’y a pas de re­cette car cha­cun fait avec son em­ploi du temps, mais il est pré­fé­rable de vivre une séance de yo­ga un jour avant la course à pied et un jour après. Le même jour, ce se­rait trau­ma­ti­sant pour le corps. En règle gé­né­rale, les cours durent une heure ou 1h30. Ils sont dis­pen­sés sous forme de cours in­di­vi­duel ou col­lec­tif. Pour les fri­leux à l’idée de se confron­ter au re­gard des autres quant à leur sou­plesse ou autre com­plexe, afin de se ras­su­rer, ils pour­ront com­men­cer par quelques cours in­di­vi­duels. Si­non, pas d’in­quié­tude avec les cours col­lec­tifs, cha­cun est concen­tré sur son ta­pis, il n’y a pas de pro­jec­tion, de dé­mons­tra­tion et en­core moins de com­pé­ti­tion. Cha­cun fait avec ce qu’il est. Tout l’in­té­rêt est là. Ce n’est pas le but qui compte mais le che­min par­cou­ru.

Pra­tique axée sur la dé­tente, le yo­ga consti­tue une aide évi­dente pour le spor­tif qui doit au mieux maî­tri­ser le corps et l’es­prit pour en ti­rer la quin­tes­sence. Contrô­ler les fluc­tua­tions du men­tal per­met de gé­rer de ma­nière op­ti­mum son ef­fort.

Un es­prit sain dans un corps sain. Le yo­ga guide vers une forme de sé­ré­ni­té sou­vent as­so­ciée à une ali­men­ta­tion « épu­rée » . Si c’est sus­cep­tible de soi­gner les formes en plus de la forme et d’of­frir un tel sou­rire, on ap­plau­dit !

Il existe plu­sieurs types de yo­ga, plu­sieurs li­gnées. Pour trou­ver le cours qui vous convient, pro­cé­dez par étapes, sans pré­ci­pi­ta­tion. En règle gé­né­rale, as­sez vite une évi­dence ap­pa­raît.

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