Vi­site chez Sa­lo­mon

Joggeur - - Sommaire - Par Laurent Re­vi­ron - Pho­tos Sa­lo­mon SAS, Da­mien Ros­so et LR.

L’équi­pe­men­tier de Jor­net gra­vit les som­mets du trail…

SA­LO­MON AP­PAR­TIENT DÉ­SOR­MAIS AU GROUPE FIN­LAN­DAIS AMERSPORT MÊME SI LE FONC­TION­NE­MENT ET LA FA­ÇON DE PEN­SER RES­TENT BIEN FRAN­ÇAISES. UN PÈ­LE­RI­NAGE À AN­NE­CY NOUS A PER­MIS DE PER­CER LES MYSTÈRES DU SAINT DES SAINTS DU TRAIL. UNE RÉ­VÉ­LA­TION.

Un cha­mois dans ses mon­tagnes, ça res­semble sou­vent à Ki­lian Jor­net en plein ef­fort. L’ul­tra- ter­restre se pose en icône de la

marque Sa­lo­mon.

’ aven­ture Sa­lo­mon com­mence avec des lames de scie. Puis Fran­çois Sa­lo­mon met un pre­mier pied dans le sport à la suite d’une ren­contre avec Laurent Boix- Vives, le pa­tron his­to­rique de Rossignol qui, à l’époque, cherche quel­qu’un pour lui fa­bri­quer les carres de ses skis. En 1947, Georges, son fils, le re­joint dans l’ac­ti­vi­té. Il crée la so­cié­té Sa­lo­mon et se lance dans les fixa­tions de skis. Le projet est flo­ris­sant. En 1972, Sa­lo­mon de­vient le lea­der mon­dial dans ce sec­teur.

LLa marque dé­bute dans la chaus­sure en 1979 par le ski al­pin. En 1991 ap­pa­raissent les pre­miers mo­dèles de ran­don­née. Le trail run­ning ar­rive dans les an­nées 2000 : « On était de­puis le dé­but en re­la­tion très in­time avec les ath­lètes du Raid Gau­loise, se rap­pelle Fré­dé­ric Crétinon, res­pon­sable du dé­par­te­ment R et D. Sur ces épreuves, les gens ont com­men­cé à mar­cher de plus en plus vite, puis à cou­rir. On sen­tait de­puis 96/ 97 qu’il y avait un be­soin d’al­lé­ger les pro­duits pour le haut ni­veau. On pos­sé­dait un gros ac­quis dans

la ran­don­née en mon­tagne et haute mon­tagne. De cet hé­ri­tage, on gar­dait des chaus­sures stables qui pro­té­geaient et of­fraient du grip. On s’est alors in­té­res­sé aux qua­li­tés né­ces­saires pour cou­rir vite en mon­tagne tout en conser­vant ces atouts. On a lan­cé la XA Pro pour ceux qui cou­raient 100 km par se­maine en mon­tagne très ac­ci­den­tée en sa­chant bien que les be­soins de ces ath­lètes de haut ni­veau se re­trou­ve­raient deux/ trois ans après au ni­veau de la masse. Avec ce projet, on a éga­le­ment don­né sa­tis­fac­tion à ceux qui vou­laient mar­cher ra­pi­de­ment avec un bon amor­ti et un bon grip et à qui jus­qu’à main­te­nant on ven­dait des chaus­sures d’un ki­lo. On a alors ré­pon­du à un be­soin lat­tant sans en avoir conscience. Tout ce­la n’était pas cal­cu­lé et ça a gran­de­ment contri­bué à as­seoir notre cré­di­bi­li­té. Quand le mar­ché du trail a émer­gé en 2003- 2004, on dé­te­nait le bon pro­duit au bon mo­ment et dé­jà dix ans d’ex­pé­rience. On pen­sait vendre 60000 paires d’XA Pro. On en a ven­du 200000 la pre­mière an­née, 500000 la deuxième et 750000 en­suite. Au­jourd’hui, on est à un mil­lion de ventes sur ce mo­dèle. »

Ma­riage heu­reux

De­puis tou­jours, Sa­lo­mon bi­chonne ses spor­tifs avec une per­sonne 100 % dé­diée pour ré­pondre à leurs be­soins et réa­li­ser des pro­to­types. L’image de Sa­lo­mon dans le run­ning s’est construite dans le trail grâce à leur icône Ki­lian Jor­net : « On a gran­di avec lui et il a gran­di avec nous, té­moigne Del­phine Veilleux, res­pon­sable mar­ke­ting chaus­sures chez Sa­lo­mon de­puis six ans. L’image de Ki­lian en trail run­ning est di­rec­te­ment liée à celle de Sa­lo­mon. C’est une chance unique pour nous et même dans nos rêves les plus fous, on n’au­rait ja­mais pen­sé que ça se pas­se­rait ain­si. Mais l’im­pact mar­ke­ting de Ki­lian n’est rien à cô­té de ce qu’il nous ap­porte au ni­veau de l’in­no­va­tion de nos pro­duits, de la vision du sport, de l’évo­lu­tion des pra­tiques… Ki­lian est un ath­lète hors­norme mais sur­tout un vi­sion­naire. À 12 ans, il des­si­nait les pro­duits que l’on com­mer­cia­lise au­jourd’hui. Par rap­port à tout ce qu’il amène, Ki­lian ne coûte pas cher en com­pa­rai­son d’un skieur ou d’un ten­nis­man. De toute fa­çon, Ki­lian ne se voit pas du tout comme un pro­duit mar­ke­ting. Sa­lo­mon ac­com­pagne ses pro­jets et la re­la­tion va bien au- de­là d’un chèque en fin de mois. » Dès le dé­but, Ki­lian s’est énor­mé­ment in­ves­ti dans la concep­tion des pro­duits. Fré­dé­ric se sou­vient : « Les pre­miers mo­dèles qu’on lui pro­po­sait étaient struc­tu­rés et pro­tec­teurs. Il n’en vou­lait pas. Il a de­man­dé une chaus­sure qui don­nait l’im­pres­sion de cou­rir pieds nus. Une

« 59999 PER­SONNES SE PRENNENT POUR KI­LIAN JOR­NET. »

FRÉ­DÉ­RIC CRÉTINON

sorte de paire de chaus­settes avec juste un peu d’amor­ti. On avait des croyances sur ce que de­vait être une bonne chaus­sure de trail et lui a tout re­mis en ques­tion. Sur la cin­quan­taine d’ath­lètes qu’on avait, il était le pre­mier à nous dire qu’une chaus­sure de 320 grammes était bien trop lourde

pour cou­rir en mon­tagne. Il nous a bous­cu­lés et for­cés à conce­voir des mo­dèles avec les­quels on pen­sait qu’il al­lait se bles­ser. Au dé­part, il ne vou­lait même pas de cram­pons sous la se­melle pour pou­voir glis­ser dans les des­centes. Ki­lian a une tech­nique à part. Il court beau­coup sur l’avant pied et n’a pas be­soin d’amor­ti à l’ar­rière. On a com­pris avec lui qu’il n’y avait pas qu’une tech­nique de course en mon­tagne. »

La chasse aux grammes

Il a fal­lu un an pour conce­voir une chaus­sure qui lui donne sa­tis­fac­tion : « Le pro­duit fi­nal pe­sait 178 grammes alors que la masse cou­rait avec des chaus­sures de 300 grammes, rap­pelle Fré­dé­ric. Faire un pro­duit aus­si lé­ger qui ré­siste à l’abra­sion était un sa­cré chal­lenge. On a dû chan­ger les ma­tières, re­pen­ser com­plè­te­ment la chaus­sure. Un mil­li­mètre cube de colle pèse moins lourd qu’un mil­li­mètre cube de fil. On s’est donc mis à sou­der les com­po­sants plu­tôt que les coudre. On a dé­ve­lop­pé des ou­tils spé­ciaux pour ça. » Et en cher­chant à ré­pondre aux be­soins très spé­ci­fiques de leur ath­lète hors- norme, Sa­lo­mon a fait évo­luer ses pro­duits pour la clien­tèle : « 178 grammes pour une chaus­sure de trail, c’est ex­trême mais 300, ça l’est peut- être aus­si pour des gens un peu aguer­ris. La vé­ri­té se trouve au­tour de 230 et 240 grammes. On a donc réa­li­sé des dé­cli­nai­sons du mo­dèle de Ki­lian pour nos clients, la S Lab. Cette chaus­sure se vend à 60000 uni­tés parce que 59 999 per­sonnes se prennent pour Ki­lian. » La tac­tique de Sa­lo­mon pour don­ner sa­tis­fac­tion à la masse est tou­jours de s’in­té­res­ser d’abord à l’Élite. C’est ce qu’ils font au­jourd’hui en ac­com­pa­gnant Ki­lian dans son projet de re­cord d’as­cen­sion de l’Eve­rest : « On est en train de tra­vailler sur sa chaus­sure pour ce dé­fi, ra­conte Fred. Ça va être un truc ré­vo­lu­tion­naire. Ki­lian veut par­tir de Kat­man­dou et mon­ter jus­qu’à

6000 mètres en bas­kets. Pour at­teindre le som­met, il chan­ge­ra pour un mo­dèle ul­tra- tech­nique. Au­jourd’hui, une chaus­sure pour mon­ter sur l’Eve­rest pèse 1,7 kg. Lui nous a de­man­dé un mo­dèle à 600 grammes étanche qui per­met de ré­sis­ter à des tem­pé­ra­tures de - 50 et qui dé­roule bien. On est en train de mettre au point une tige spé­ci­fique, une se­melle par­ti­cu­lière, des cram­pons et des at­taches in­édites pour ga­gner du poids. Ce pro­to que l’on est en train de conce­voir pour lui per­mettre d’al­ler ra­pi­de­ment en haut de l’Eve­rest va sans doute ai­der plus tard M. Tout le monde à al­ler au som­met du MontB­lanc. Les pra­tiques évo­luent. On ne court pas en 2014 comme on cou­rait en 2000 et l’on ne cour­ra pas en 2020 comme on court au­jourd’hui. »

« ON NE COUR­RA PAS EN 2020 COMME ON COURT AU­JOURD’HUI. »

FRÉ­DÉ­RIC CRÉTINON

Des che­mins rou­tiers

Dé­sor­mais bien an­cré dans le trail, Sa­lo­mon s’in­té­resse de plus en plus aux pra­tiques ur­baines en lan­çant une nouvelle pra­tique et les pro­duits qui vont avec. Grâce à l’ap­pli­ca­tion smart­phone, le City Trail consiste à re­pro­duire en ville la lo­gique du trail avec des iti­né­raires lu­diques qui per­mettent en plus de dé­cou­vrir des lieux tou­ris­tiques. « Notre stra­té­gie est d’ame­ner toutes les in­no­va­tions de­ve­nues in­con­tour­nables en trail en mi­lieu ur­bain, re­prend Del­phine. Pour nous im­plan­ter sur le bi­tume, on a choi­si de dé­ve­lop­per une pra­tique qui nous cor­res­pond. Avec le City Trail, on touche un consom­ma­teur qui a des as­pi­ra­tions par­ti­cu­lières. Ce n’est pas ce­lui qui fait du ma­ra­thon mais ce­lui qui a en­vie de s’éva­der de la ville, qui part à la mon­tagne et qui va se créer un nou­veau terrain de jeu en ville. On pour­rait pen­ser que le City Trail est un pre­mier pas vers le ma­ra­thon. Il est lé­gi­time que l’on se pose la ques­tion. » Alors que la ma­jo­ri­té des marques run­ning sont ar­ri­vées au trail en com­men­çant par la route, Sa­lo­mon suit le che­min in­verse.

Georges Sa­lo­mon, le créa­teur de la cé­lé­bris­sime marque d’équi­pe­ments de mon­tagne. Après les scies, les carres et les skis, le trail run­ning dé­barque en 2000…

Vé­ri­table em­blème de la marque, Ki­lian Jor­net est un mo­teur pour le dé­ve­lop­pe­ment et la re­cherche de pro­duits tou­jours plus poin­tus.

Chaque ath­lète Sa­lo­mon

pos­sède son moule soi­gneu­se­ment ran­gé au ser­vice R & D de la marque où oeuvrent cou­tu­rières, ex­perts

en col­lage, etc.

Voi­là à quoi res­semble

une paire de chaus­sures de Ki­lian Jor­net à l’ar­ri­vée d’un UTMB. De quoi don­ner un peu de tra­vail aux

tech­ni­ciens… !

Vous voi­là dans le la­bo­ra­toire de bio­mé­ca­nique. Les im­pacts du pied qui touche le sol sont pho­to­gra­phiés et me­su­rés. Sa­lo­mon fait va­rier l’épais­seur sur l’avant et l’ar­rière de la chaus­sure pour réa­li­ser en­suite la paire de chaus­sures idéale.

Tout un ou­tillage pour tes­ter la bonne ré­sis­tance des chaus­sures. Ça gratte, ça ponce, ça po­lit dur pour tes­ter la fia­bi­li­té des mo­dèles.

Les tech­ni­ciens

peau­finent la réa­li­sa­tion des pro­tos

qui se­ront en­suite « pas­sés à ta­bac » sur

des ap­pa­reils de tor­ture avant d’être

por­tés.

Ski et chaus­sures de ran­don­nées, deux ac­ti­vi­tés ma­jeures chez Sa­lo­mon qui est pas­sé de­puis 2005 sous le contrôle du groupe fin­lan­dais Amersport.

Un en­tre­pôt im­mense abrite les ac­ti­vi­tés de Sa­lo­mon à An­ne­cy

où la com­pa­gnie a ins­tal­lé son centre de re­cherche et de

de­si­gn.

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