L’en­traî­ne­ment pour les en­fants

Joggeur - - Sommaire - Par Laurent Cha­de­las - Pho­tos Bo­ris Re­jou, Laurent Re­vi­ron

Leur corps change, le sport doit être adap­té.

De l’en­fance à l’âge adulte, le corps su­bit des trans­for­ma­tions ma­jeures, no­tam­ment lors de la pu­ber­té. De la dé­cou­verte du sport à la spé­cia­li­sa­tion, l’ac­ti­vi­té phy­sique re­quiert pru­dence et adap­ta­tion pour per­mettre aux en­fants de dé­ve­lop­per leurs qua­li­tés phy­siques sans les abî­mer.

Qu’est- ce qui dif­fé­ren­cie les filles des gar­çons jus­qu’à la pu­ber­té ?

Avant la pu­ber­té, di­sons gros­siè­re­ment jus­qu’à la fin de l’école pri­maire, filles et gar­çons fonc­tionnent au plan phy­sio­lo­gique à peu près de la même fa­çon. Les hor­mones sexuelles n’ont pas en­core agi sur le mé­ta­bo­lisme. En édu­ca­tion phy­sique et en sport, on ne dif­fé­ren­cie alors pas en­core la pra­tique de ce point de vue.

Quels types d’ac­ti­vi­tés un en­fant peut- il pra­ti­quer ?

Dé­jà en 1937, le mé­de­cin et psy­cho­logue suisse Cla­pa­rède ( 18731940) sou­li­gnait que « l’en­fant n’est pas un adulte en mi­nia­ture […] l’en­fant n’est pas seu­le­ment plus petit, il est aus­si dif­fé­rent. » Ces dif­fé­rences psy­cho­lo­giques et phy­sio­lo­giques, no­tam­ment, doivent être connues et prises en compte par les entraîneurs spor­tifs. Avant la pu­ber­té, le mé­ta­bo­lisme anaé­ro­bie lac­tique est peu dé­ve­lop­pé. Ce­la si­gni­fie qu’un tra­vail au seuil n’a pas de sens, pas plus qu’un tra­vail d’en­du­rance lac­tique ( sprints longs). À cet âge, il faut leur faire dé­cou­vrir dif­fé­rentes ac­ti­vi­tés phy­siques, dont la course, sous forme de jeux ( re­lais, orien­ta­tion, jeux col­lec­tifs…).

On cherche à construire une motricité riche, com­plexe et po­ly­va­lente et non pas spé­cia­li­sée… Ce­ci plaide en fa­veur d’une pra­tique di­ver­si­fiée, par­ti­cu­liè­re­ment du­rant l’en­fance et au dé­but de la pu­ber­té.

Les en­fants peuvent- ils néan­moins être sou­mis à des ef­forts in­tenses ?

L’idée se­lon la­quelle les en­fants ne peuvent pas sup­por­ter d’ef­forts in­tenses est très an­crée, les risques sont plus liés à la du­rée et à la na­ture de l’ac­ti­vi­té ( mus­cu­la­tion avec charge…). D’eux- mêmes, comme on peut le voir dans les cours d’école, les en­fants frac­tionnent les ef­forts. Quand ils jouent à cou­rir après un bal­lon ou un ca­ma­rade, ils al­ternent ef­fort et ré­cu­pé­ra­tion. On peut tra­vailler le sprint très court, quoi qu’il en soit in­fé­rieur à 20 se­condes, si­non le fon­cier d’in­ten­si­té mo­dé­rée donc en ai­sance res­pi­ra­toire ( cross). Sé­cu­ri­té, pro­gres­si­vi­té et va­rié­té sont des prio­ri­tés à res­pec­ter.

Ça veut dire qu’on peut spé­cia­li­ser les en­fants très tôt ?

Dans toute dis­ci­pline spor­tive, l’édu­ca­teur doit pri­vi­lé­gier l’ap­pren­tis­sage des fon­da­men­taux tech­niques no­tam­ment. Si l’on parle d’ath­lé­tisme, on va ini­tier l’en­fant aux courses, aux lan­cers, aux sauts. Le temps de la spé­cia­li­sa­tion vien­dra plus tard.

À la pu­ber­té l’éga­li­té filles et gar­çons n’est plus d’ac­tua­li­té ?

À la pu­ber­té, les dif­fé­rences entre filles et gar­çons ap­pa­raissent d’un point de vue phy­sio­lo­gique et phy­sique. Les mor­pho­lo­gies se dif­fé­ren­cient. Chez les gar­çons, les hor­mones sexuelles vont ame­ner le dé­ve­lop­pe­ment des ca­pa­ci­tés aé­ro­bie et de la masse mus­cu­laire. Les filles vont da­van­tage dé­ve­lop­per leur masse grasse et, pro­por­tion­nel­le­ment, leur consom­ma­tion d’oxy­gène rap­por­té au poids de corps est moins éle­vée. Chez les gar­çons comme chez les filles, la VO2Max double entre 6 et 16 ans. Mais à par­tir de 12 ans, elle stagne chez la fille alors qu’elle aug­mente en­core plus chez le gar­çon. La spé­cia­li­sa­tion peut dé­bu­ter, mais pas avant le col­lège.

« AT­TEN­TION, L’EN­FANT N’EST PAS UN ADULTE EN MI­NIA­TURE. »

Sé­cu­ri­té, va­rié­té des ef­forts, pro­gres­si­vi­té sont des no­tions à res­pec­ter dans le tra­vail phy­sique chez l’en­fant. La com­pé­ti­tion ? S’il en ex­prime l’en­vie mais pas ques­tion de le for­cer ! Pas de doute, Loïc a le sens de la gagne et vi­si­ble­ment une cer­taine ha­bi­tude de fran­chir la ligne d’ar­ri­vée en tête. L’es­prit de com­pé­ti­tion se tra­vaille chez un en­fant mais cer­tains bé­né­fi­cient de pré­dis­po­si­tions. Pas de grosses dif­fé­rences en ma­tière de ca­pa­ci­té phy­sique chez les gar­çons et les filles jus­qu’à la pu­ber­té. Dès lors, les mor­pho­lo­gies vont évo­luer, la masse mus­cu­laire se dé­ve­lop­per chez le gar­çon…

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