Ki­né ou os­téo ?

Joggeur - - Sommaire - Par A. Jos­se­lin - Pho­tos Bo­ris Re­jou

Gros plan sur « l’art » de l’os­téo­pa­thie.

Par­fois dé­criés par le mi­lieu mé­di­cal, les os­téo­pathes jouissent au­jourd’hui d’un cer­tain suc­cès. Dé­sor­mais bien re­con­nue, cette pra­tique est de­ve­nue aus­si cou­rante que d’al­ler chez son mé­de­cin ou son ki­né. Est- ce vrai­ment utile et in­dis­pen­sable pour se sen­tir bien? Les os­téos peuvent- ils ré­soudre nos pro­blèmes et nous ai­der à mieux cou­rir ? Nous avons in­ter­ro­gé De­nis Vincent, os­téo­pathe sur Pa­ris et an­cien ki­né de l’équipe de France d’Ath­lé­tisme.

Qui sont les os­téo­pathes ?

« Il existe plu­sieurs so­lu­tions pour de­ve­nir os­téo­pathe. La pre­mière consiste à s’ins­crire dans une école spé­cia­li­sée. La for­ma­tion dure cinq ou six ans et dé­bouche sur un di­plôme. Les per­sonnes qui suivent ce cur­sus al­ternent sou­vent les cours théo­riques avec la pra­tique dans des cli­niques pour avoir une vé­ri­table ap­proche avec le pa­tient. La se­conde so­lu­tion concerne les per­sonnes ayant dé­jà sui­vi une for­ma­tion dans le mi­lieu mé­di­cal ( mé­de­cin, ki­né). Ils peuvent prendre part à des stages du­rant plu­sieurs an­nées qui dé­bouchent sur l’ob­ten­tion d’un titre d’os­téo­pathe dé­li­vré par la DRASS ( Di­rec­tion Ré­gio­nale des Af­faires Sa­ni­taires et So­ciales). »

Quelles sont les dif­fé­rentes mé­thodes ?

« L’os­téo­pa­thie pro­pose plu­sieurs tech­niques qu’il est né­ces­saire de sa­voir maî­tri­ser et uti­li­ser. Chaque pa­tient étant dif­fé­rent, il faut pou­voir s’adap­ter. Cer­tains d’entre eux ne sup­portent pas la mé­thode structurelle, aus­si ap­pe­lée « cra­cking » de par le bruit de cla­que­ment qu’elle pro­voque du­rant la ma­ni­pu­la­tion. Nous pou­vons donc avoir re­cours aux tech­niques fonc­tion­nelles, crâ­niennes ou viscérales. Un os­téo doit être po­ly­va­lent et sa­voir s’adap­ter au pa­tient et à ses symp­tômes pour être le plus ef­fi­cace pos­sible. Il n’y a pas de re­cette mi­racle que l’on peut ap­pli­quer sur tout le monde. Chaque cas est dif­fé­rent. De même, on peut ar­ri­ver au même ré­sul­tat avec cha­cune de ces tech­niques. Le but prin­ci­pal reste de trou­ver le symp­tôme ori­gi­nel ( zone de ten­sion anor­male) qui dé­clenche la dou­leur ou la gêne. »

Quelle est la dif­fé­rence entre un ki­né et un os­téo ?

« Un ki­né a une ap­proche plus seg­men­taire. Il va se fo­ca­li­ser sur une zone bien pré­cise ( genoux, che­villes, dos…) et tra­vailler des­sus à base de ren­for­ce­ment mus­cu­laire ou d’éti­re­ments pour re­trou­ver de la mo­bi­li­té ou de la sta­bi­li­té. De son cô­té, l’os­téo­pathe va don­ner une im­pul­sion au corps pour re­trou­ver son équi­libre et mieux fonc­tion­ner en li­bé­rant cer­taines zones. Tout ce­la est as­sez com­plé­men­taire. »

Quelle est la bonne dé­marche en cas de dou­leur ?

« On peut tout à fait se di­ri­ger en pre­mière in­ten­tion vers un os­téo­pathe. Nous avons sui­vi une for­ma­tion pour ça. Grâce à des tests, nous sa­vons si nous sommes à même de trai­ter cette dou­leur ou s’il faut di­ri­ger le pa­tient vers un mé­de­cin pour ef­fec­tuer des exa­mens com­plé­men­taires. In­ver­se­ment, de plus en plus de mé­de­cins n’hé­sitent pas à en­voyer cer­tains pa­tients souf­frant de troubles mus­cu­los­que­let­tiques vers des os­téo­pathes. Notre ac­tion peut par exemple être très ef­fi­cace en cas de dé­pro­gram­ma­tion du sys­tème mus­cu­laire. Pre­nons l’exemple d’un mal de dos. C’est un pro­blème ré­cur­rent qui pro­vient sou­vent d’une mau­vaise pos­ture et qui peut ne pas être vi­sible sur des ra­dios ou un scan­ner. Les muscles ne tra­vaillent pas as­sez et ce­la peut dé­bou­cher sur des in­flam­ma­tions, des rai­deurs ou des sur­pres­sions au ni­veau des disques ( voire même des her­nies). Il est pré­fé­rable de trou­ver et de trai­ter l’ori­gine de ce pro­blème plu­tôt que d’in­ter­ve­nir sur ses consé­quences. En­core une fois, c’est un tra­vail d’équipe. »

Com­ment se dé­roule une séance

« Lors de la pre­mière séance, nous ac­cor­dons beau­coup de temps pour connaître au mieux le pa­tient via des ques­tions et des tests. Quels sont ses an­té­cé­dents mé­di­caux et chi­rur­gi­caux, les rai­sons qui l’amènent, son mode de vie, son ni­veau de stress, ses ha­bi­tudes, son pas­sé ou non de spor­tif ( sports pra­ti­qués, in­ten­si­té, fré­quence…)? En­suite, la séance consiste à ef­fec­tuer des tests pal­pa­toires spé­ci­fiques pour “écou­ter” les tis­sus et trou­ver la ou les zones de res­tric­tions de mo­bi­li­té qui peuvent al­té­rer l’or­ga­nisme. Nous ef­fec­tuons éga­le­ment des tests de mo­bi­li­té ( flexion, in­cli­nai­son et ro­ta­tion) pour voir si le corps fonc­tionne “nor­ma­le­ment”. Une fois la ou les lé­sions pri­maires lo­ca­li­sées, dif­fé­rentes tech­niques ou mou­ve­ments nous per­mettent de ré­har­mo­ni­ser et de ré­équi­li­brer le corps. »

Com­ment choi­sir un os­téo ?

« Le bouche- à- oreille fonc­tionne gé­né­ra­le­ment as­sez bien dans cette pro­fes­sion. Chaque os­téo­pathe est à même de trai­ter les dif­fé­rentes lé­sions mais nous avons for­cé­ment des sen­si­bi­li­tés dif­fé­rentes. Ce­la ne change pas ra­di­ca­le­ment la donne mais un os­téo­pathe qui fait du sport au­ra peut- être une meilleure com­pré­hen­sion face à un pa­tient

spor­tif. Tout dé­pend de son ré­seau et des cas. Le plus im­por­tant reste de se di­ri­ger vers un os­téo­pathe ré­fé­ren­cé au­près de la DRASS qui prouve qu’il a la for­ma­tion, le titre ou le di­plôme qui lui per­met d’exer­cer. Vous pou­vez éga­le­ment chan­ger d’os­téo­pathe à cha­cune de vos consul­ta­tions mais le tra­vail sur le long terme per­met de com­prendre plus fa­ci­le­ment le mode de fonc­tion­ne­ment de la per­sonne et donc de ré­pondre ef­fi­ca­ce­ment à ses maux.

Quand al­ler consul­ter un os­téo ?

« Tout dé­pend du pa­tient et de la dou­leur qu’il res­sent. En règle gé­né­rale, il ne faut pas at­tendre. Le corps hu­main à une énorme fa­cul­té de com­pen­sa­tion. Une gêne ou une dou­leur qui dis­pa­raît avec le temps ne veut pas dire qu’elle ne re­vien­dra ja­mais. Au contraire, ce­la dé­bouche sou­vent sur une bles­sure ou une lé­sion plus im­por­tante. Avant, consul­ter un os­téo­pathe re­ve­nait à in­ter­ve­nir en bout de course. Au­jourd’hui, ce­la de­vient de plus en plus un ré­flexe d’y al­ler en pre­mière in­ten­tion. »

Quels sont les maux les plus fré­quents ?

« Au­jourd’hui, le mal de dos re­pré­sente le gros de la troupe. Toutes les dou­leurs en “gie” ont éga­le­ment la cote : lom­bal­gie, cer­vi­co- dor­sal­gie, scia­tal­gie… Il faut en­suite dé­ter­mi­ner si ce sont des dou­leurs ponc­tuelles ou ch­ro­niques. Cer­tains pa­tients viennent aus­si pour des pro­blèmes digestifs ou des ten­sions ab­do­mi­nales. »

Et ça coûte cher ?

« En moyenne, une séance d’os­téo­pa­thie coûte entre 50 et 80 eu­ros. Ce ta­rif n’est pas pris en charge par la sé­cu­ri­té so­ciale mais cer­taines mu­tuelles per­mettent d’être rem­bour­sé en par­tie ou en to­ta­li­té. Ce sont des ba­rèmes an­nuels en fonc­tion du prix ou du nombre de séances. »

« DES ÉTUDES MONTRENT QUE, PAS­SÉ 45 À 50 MI­NUTES DE FOO­TING, LE CORPS COM­MENCE À MOINS BIEN AB­SOR­BER LES CHOCS. »

L’os­téo­pa­thie est- elle très ef­fi­cace pour les spor­tifs ?

« Le sport est bon pour la san­té à condi­tion de le faire dans de bonnes condi­tions et avec une bonne préparation. Il faut donc du temps mais la vie mo­derne n’en offre pas beau­coup. Ce­la dé­coule par­fois sur des abus ou une mau­vaise pra­tique. Cer­tains sports comme le rugby, le foot ou le ten­nis sont très vio­lents avec beau­coup d’ac­cé­lé­ra­tions. Les gens ne font gé­né­ra­le­ment pas as­sez d’éti­re­ments, de gai­nage ou de PPG ( Préparation Phy­sique Gé­né­rale). Ce­la dé­bouche sur un manque de sou­plesse ou crée des zones de sur­ten­sion et peut pro­vo­quer des bles­sures. Il faut être à l’écoute de son corps. »

Quels avan­tages pour les Jog­geurs ?

« Pour com­men­cer, il faut s’ôter cer­tains cli­chés de la tête. Le run­ning n’est pas mau­vais pour le dos. Il per­met de faire va­rier la pres­sion in­tra­dis­cale, de ren­for­cer les muscles et donc d’avoir un im­pact bé­né­fique pour notre dos. Sti­mu­ler reste mieux que de ne rien faire. Tout est en­suite ques­tion de do­sage. Des études ont mon­tré que pas­sé 45 à 50 mi­nutes de foo­ting, le corps com­mence à moins bien ab­sor­ber les chocs et que les vi­bra­tions re­montent plus fa­ci­le­ment dans notre dos. Il faut donc bien dis­so­cier le sport “san­té” du sport “com­pé­ti­tion”. D’autres fac­teurs entrent éga­le­ment en compte : son ga­ba­rit ( le sur­poids ac­cen­tue les contraintes), la qua­li­té de sa fou­lée, sa pos­ture, la po­si­tion de sa tête, de son cou, de ses épaules, sa mus­cu­la­ture ( gai­nage)… C’est pour ce­la qu’il ne faut pas se li­mi­ter à la course à pied. Les ab­dos, les lom­baires, les fes­siers, les ad­duc­teurs, les mol­lets… Plus on va en­tre­te­nir sa mus­cu­la­ture en la fai­sant tra­vailler d’une ma­nière dif­fé­rente de la course à pied et mieux ce se­ra. Idem au ni­veau de la ré­cu­pé­ra­tion ou des éti­re­ments ( ac­tifs et pas­sifs). Une séance spé­ci­fique par se­maine pour lutter contre les ten­sions pro­vo­quées par l’en­traî­ne­ment n’est pas de trop. »

Quelles sont les dou­leurs ré­cur­rentes en foo­ting ?

« Les per­sonnes qui courent peuvent souf­frir de ten­di­nites, d’apo­né­vro­sites, de pé­ri­os­tites, de lé­sions mus­cu­laires ( élon­ga­tion ou dé­chi­rure) ou de frac­tures de fa­tigue. Ce­la dé­coule sou­vent d’un sur­do­sage ou d’une mau­vaise pra­tique. Si l’on res­sent une gêne in­ha­bi­tuelle et/ ou ré­cur­rente, ce n’est pas ano­din. Il ne faut pas for­cé­ment at­tendre d’avoir mal pour consul­ter un os­téo­pathe. Sur­tout pour ceux qui font une grosse préparation ou qui courent sur de longues dis­tances. Le bas­sin, les che­villes, le sys­tème di­ges­tif… Les longues sor­ties ne sont pas neutres pour l’or­ga­nisme. Les gens qui se connaissent bien savent quand al­ler consul­ter. Un bi­lan pré­ven­tif pour cor­ri­ger une éven­tuelle res­tric­tion de mo­bi­li­té per­met au corps d’avoir un meilleur équi­libre et donc de mieux en­cais­ser les doses de tra­vail. Pour les débutants, je leur conseille de ne pas hé­si­ter à se rap­pro­cher d’un coach pour tra­vailler sur des bases so­lides et dé­ve­lop­per leur fou­lée. Avoir un bon “pied” per­met de mieux ab­sor­ber les chocs et les vi­bra­tions. »

« IL FAUT S’ÔTER CER­TAINS CLI­CHÉS DE LA TÊTE. LE RUN­NING N’EST PAS MAU­VAIS POUR LE DOS. »

À chaque os­téo ses mé­thodes, ses tech­niques, mais sur­tout à chaque pa­tient la na­ture du trai­te­ment à ap­pli­quer. L’idée gé­né­rale est de ré­équi­li­brer le corps.

La course à pied a la mau­vaise ré­pu­ta­tion d’in­duire des pro­blèmes de dos. C’est à la fois vrai et faux. Tout dé­pend en ef­fet de la pos­ture adop­tée, de la ges­tuelle, voire du matériel uti­li­sé. Une cer­ti­tude,

n’at­ten­dez pas trop long­temps avant de voir un

os­téo en cas de dou­leur.

Ki­nés et os­téos sont sou­vent pré­sents à l’ar­ri­vée des courses. Un bon moyen de faire le point sur les pe­tites dou­leurs em­ma­ga­si­nées au cours de vos der­niers ef­forts.

Si vous en avez plein le dos ou plein les jambes, il peut

être bon aus­si de s’in­té­res­ser aux pieds qui in­tègrent pas mal de points

sen­sibles.

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