EDI­TO # 22

Joggeur - - Edito - BER­TRAND SANLAVILLE - DI­REC­TEUR DE LA RÉ­DAC­TION

« UN SPORT QUI NE MET EN BRANLE QUE LES CA­PA­CI­TÉS PHY­SIQUES N’ÉTAIT POUR MOI PAS UN SPORT...»

Pour­quoi tu cours ? Sans for­cé­ment se po­ser la ques­tion, on a tous une mo­ti­va­tion gref­fée à la paire de bas­kets qui re­pose dans un coin de la pen­de­rie… Il y a l’en­vie in­trin­sèque de pra­ti­quer une ac­ti­vi­té pour se main­te­nir en forme, et quoi de plus simple que le run­ning pour trans­pi­rer un bon coup. Il y a aus­si le sens de la com­pé­ti­tion qu’on a ou pas dans les gênes et qui nous pousse à al­ler cher­cher la mé­daille et la per­for­mance. Les va­riantes au­tour de LA ques­tion sont rac­cor­dées à ces deux thèmes. Et puis il y a les iti­né­raires qui mènent à la pra­tique et le plai­sir de la course à pied. Là, ça peut être plus tor­tueux. Pre­nons égoïs­te­ment mon cas. Je vais vous faire un aveu. Alors que je pra­tique une mul­ti­tude de sports de­puis l’âge de 3 ans, j’ai dé­tes­té le jog­ging pen­dant plus de trente ans, al­lant jus­qu’à si­mu­ler des crampes ou dis­pa­raître de la vue de mes en­traî­neurs entre deux séances tech­niques de ten­nis ou de foot. Le sport a tou­jours été dans mon es­prit sy­no­nyme de jeu, de tac­tique, d’adresse. À quoi bon al­ler lan­cer les jambes les unes après autres pen­dant au moins trente mi­nutes le re­gard per­du sur un ho­ri­zon déses­pé­ré­ment plat et vide. Un sport qui ne met en branle que des ca­pa­ci­tés phy­siques n’était pour moi pas un sport. C’est con, un ado… ou lu­cide. Oui, c’est ça, je de­vais être lu­cide… Bref, comme tout change avec la pu­ber­té ou une forme de ma­tu­ri­té, j’ai évo­lué même si c’est sur le tard. Le dé­clic s’est pro­duit sur les 20 km de Pa­ris au­quel j’ai as­sis­té à l’aube des an­nées 2000 en tant que sup­por­ter de mon épouse, ex-ath­lète mon­dia­le­ment connue… dans son dé­par­te­ment. Son épa­nouis­se­ment à l’ar­ri­vée et fi­na­le­ment la perf d’avoir cou­ru pen­dant 20 bornes alors que la dis­tance me sem­blait sur­réa­liste, m’a convain­cu, moi “le grand spor­tif de­puis l’âge de 3 ans” que c’était for­cé­ment ac­ces­sible et que je ne pour­rais pas pas­ser une vie en­tière sans connaître, même une fois, les émois res­sen­tis par tous ces cou­reurs du di­manche. Et puis on a sa fier­té. Si elle l’avait fait, je pour­rais for­cé­ment y ar­ri­ver. C’est ain­si que je me suis dé­ci­dé un bel été à ache­ter les pompes qui vont bien, la te­nue fluo (dé­jà à l’époque, oui !) as­sor­tie avant d’al­ler “jog­ger” (sans car­dio ni plan quel­conque, faut pas exa­gé­rer). Ré­sul­tat, j’ai fait mes 20 km de Pa­ris sous les yeux de ma sup­por­trice de femme cette fois, dé­cou­vrant en­fin le plai­sir de ce sport si par­ti­cu­lier, sur­tout une fois la ligne fran­chie (!). Et bien sûr, une fois les cour­ba­tures dis­pa­rues et le sou­ve­nir de pen­sées noires (qui ne s’est ja­mais dit : “mais qu’est-ce que je fous là ?”) éva­po­rées, j’ai per­sé­vé­ré. Se­mi-ma­ra­thon, 15 km, achat d’un car­dio, plan d’en­traî­ne­ment jus­qu’au Graal, le ma­ra­thon Pa­ris en 2015. Et tou­jours cette même idée : ce se­rait idiot de ne pas en faire un au moins une fois, juste pour voir et com­prendre l’es­pèce d’état d’eu­pho­rie gé­né­ré par cette dis­tance my­thique. Et puis, vu le pro­fil de cer­tains cou­reurs, moi, “le grand spor­tif de­puis l’âge de 3 ans…”… 20 km me sem­blaient à l’époque im­pen­sable, alors 42… Mais c’était an­cré comme un dé­fi, LE dé­fi d’une vie. Le ré­sul­tat au­ra été un for­mi­dable voyage in­té­rieur, pas for­cé­ment beau, sû­re­ment pas plai­sant sur le coup mais vé­ri­ta­ble­ment unique et in­croya­ble­ment in­tense. Une ex­pé­rience qui me pa­rais­sait ab­surde il y a vingt ans. Une odys­sée que je re­com­mande plus que tout dé­sor­mais. Pour­quoi je cours au­jourd’hui ? Pour me main­te­nir en forme et pal­lier le stress de la vie quo­ti­dienne, c’est es­sen­tiel, mais sur­tout parce que j’aime ça et que, dé­fi­ni­ti­ve­ment, ce n’est pas plus con que beau­coup d’autres choses !

« Pour­quoi tu cours ? « Pour dé­cou­vrir aus­si des spots ma­giques à l’image du châ­teau de Che­ver­ny et son parc ma­gni­fique que tra­verse le ma­ra­thon or­ga­ni­sé par Lari­vière et... l’équipe de Jog­geur !

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