EDITO # 24

Joggeur - - Actus - BERTRAND SANLAVILLE - DI­REC­TEUR DE LA RÉ­DAC­TION

« L’OBS­CU­RI­TÉ ET LE SI­LENCE ONT DES VER­TUS EUPHORISANTES EN PLEIN EF­FORT. »

Achaque époque ses dé­cou­vertes, à chaque jour son ex­pé­rience. Par­ti fes­toyer dans les Alpes lors des fêtes de Noël, à la re­cherche du grand blanc et des sen­sa­tions de glisse qu’on guette en hi­ver, j’ai vite dé­chan­té face à des al­pages ver­doyants et une tem­pé­ra­ture au­tom­nale. La loose… Pas de neige, pas de ski, pas de nez rouge, pas drôle quoi... Plu­tôt que de res­ter les yeux fixés sur le verre à moi­tié vide, j’ai lor­gné sur la par­tie à moi­tié pleine. Vous me di­rez, c’est fa­cile et ten­tant au mo­ment des fêtes ! Sé­rieu­se­ment, l’op­por­tu­ni­té est de­ve­nue trop belle pour ne pas me lan­cer dans une ex­pé­rience « trail » plus ap­pro­fon­die que quelques ex­cur­sions dans les bois val­lon­nés d’Île-de-France. Mais sur­tout, pour al­ler plus loin, à l’in­vi­ta­tion de mon « cha­moix d’or » pré­fé­ré, notre col­la­bo­ra­teur à Jog­geur Laurent Re­vi­ron, je me suis ini­tié au trail de nuit, à la fron­tale, ce qui n’est pas fon­ciè­re­ment idiot lorsque les jour­nées sont rac­cour­cies et qu’on a en­vie de pro­fi­ter d’autres choses sous le so­leil. Ter­rain hu­mide, des ra­cines, des pierres, des feuilles, un peu de givre, l’idéal pour dé­bu­ter. Si les pre­miers pas ont été plu­tôt hé­si­tants avec des ap­puis in­cer­tains, je me suis vite pris au jeu et j’ai eu ten­dance à lâ­cher ra­pi­de­ment les che­vaux dans un en­vi­ron­ne­ment in­édit (en­fin, les che­vaux…). Le froid est vite gom­mé par un éveil des sens dé­cu­plé en plus des ef­forts à four­nir pour trou­ver la ca­dence et les bonnes tra­jec­toires en mon­tée. On souffle, on écoute, on se laisse sur­prendre par un arbre ou un ro­cher qui sur­git de nulle part, on se perd aus­si pas mal, même si le sen­tier semble évident à suivre. Sur­tout avec un « cha­moix » qui trotte sans fai­blir de­vant vous jus­qu’à ne plus aper­ce­voir sa lou­piotte, sa trace, et res­ter fi­gé pour ten­ter d’en­tendre un bruit ras­su­rant. Et quand le bruit n’est plus là, il n’y a plus qu’à es­pé­rer que la bat­te­rie de la lampe fron­tale qu’on vous a prê­tée pour l’oc­ca­sion soit gor­gée de vi­gueur. On agite la tête dans tous les sens, on règle sur « plein phare », on se laisse por­ter par un mé­lange de crainte et de per­plexi­té, on ima­gine l’ar­ri­vée d’un our­son ou d’un loup at­ti­ré par votre mor­ceau de barre de cé­réales (sans se prendre pour Mike Horn, n’abu­sons pas !) pour fi­na­le­ment être em­por­té par le cô­té gri­sant de l’ex­pé­di­tion. C’est re­par­ti pour une as­cen­sion sur les hau­teurs de La Clu­saz jus­qu’au som­met du pe­tit col où mon ca­bri a eu la gen­tillesse de m’at­tendre. S’en est sui­vie une es­ca­pade sur un ter­rain mi-plat, mi-val­lon­né où j’ai trou­vé du plai­sir à en­voyer un peu plus les jambes sur un che­min rou­lant mais pié­geux. Et là, le pied. L’obs­cu­ri­té et le si­lence ont des ver­tus euphorisantes en plein ef­fort, c’est cer­tain. Si vous n’en étiez pas convain­cu (avec une paire de run­ning !), ten­tez ra­pi­de­ment l’aven­ture, ça en vaut la peine. Une fron­tale ne coûte pas grand-chose et les sen­sa­tions éprou­vées ap­portent une vue dif­fé­rente de la course à pied. Deux, trois conseils : évi­tez de par­tir seul, sur­tout en pleine mon­tagne. Un ac­ci­dent peut tou­jours ar­ri­ver. Ram­pez dans les feuilles mortes le nez dans la boue avec une che­ville en quatre n’est pas un exer­cice in­dis­pen­sable mal­gré la mode des courses à obs­tacles… Équi­pez-vous sé­rieu­se­ment. Un té­lé­phone por­table char­gé (choi­sis­sez une zone où il y a du ré­seau) et sur­tout des vê­te­ments chauds et lé­gers, fa­ciles à por­ter et à en­le­ver sont in­dis­pen­sables. Cou­rez sans mu­sique, ce se­rait dom­mage pour l’am­biance unique et puis sou­riez, même si vous avez l’as­su­rance de ne pas être fil­mé ! Je ne sais plus qui a dit (je crois que c’est moi… ah, ah !) : « Une jour­née, c’est 24 heures ! Pour­quoi ne pas

cou­rir au bout de la nuit ? »

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