LYDIA BOUAICH

Joggeur - - Entrainement Motiver Les Ados -

Élève de ter­mi­nale en 2016/2017 en Seine-Saint-De­nis « J’ai com­men­cé en club en 2010 pour faire de l’ath­lé­tisme, mais c’était uni­que­ment par es­prit de com­pé­ti­tion avec l’ob­jec­tif de ga­gner des mé­dailles, sans plus. Je n’ai­mais pas l’en­du­rance et, sur­tout, je me per­sua­dais que je ne tien­drais pas les dis­tances. C’est par la suite avec Mon­sieur Dheu, mon pro­fes­seur d’EPS, que j’ai com­men­cé à faire des courses un peu plus longues. Je fai­sais de mon mieux mais c’était uni­que­ment un moyen d’avoir des bonnes notes car je n’y voyais pas de réel plai­sir. Fi­na­le­ment, c’est lorsque j’ai ef­fec­tué mon pre­mier 10 km qui avait pour but de ré­col­ter des fonds pour les per­sonnes dia­bé­tiques que j’ai éprou­vé un vrai plai­sir à cou­rir. Je voyais autre chose que ma propre per­sonne et mes propres per­for­mances. C’est ce pro­jet pro­po­sé par mon pro­fes­seur d’EPS qui a chan­gé ma vi­sion de la course à pied. On peut cou­rir pas for­cé­ment pour soi. L’exemple de mon en­sei­gnant qui a cou­ru près de moi pour m’ac­com­pa­gner et m’en­cou­ra­ger est si­gni­fi­ca­tif. Nous avons mis une heure pour par­cou­rir ces 10 km ! Ja­mais il n’a pen­sé à ses per­for­mances car il court ha­bi­tuel­le­ment en moins de 32 min cette dis­tance. Ce sont des mo­ments de par­tage in­ou­bliables. De­puis, cou­rir est de­ve­nu pour moi un moyen d’éva­cuer, de dé­com­pres­ser et de s’aé­rer l’es­prit. Cer­taines per­sonnes n’ont ja­mais es­sayé, c’est bien dom­mage, car on éprouve une sen­sa­tion de li­ber­té et de lé­gè­re­té. Pour convaincre mes amis, je mets en avant prin­ci­pa­le­ment l’ar­gu­ment de la san­té, car de nos jours beau­coup de per­sonnes sont at­ta­chées à leur as­pect phy­sique, et la course est un moyen de gar­der la forme, en l’as­so­ciant à une bonne nu­tri­tion bien évi­dem­ment ». col­lège ou au ly­cée. À ce titre, nous avons ren­con­tré des pro­fes­seurs d’EPS pra­ti­quant la course à pied afin qu’ils nous donnent leur point de vue. Phi­lippe Dheu, pro­fes­seur dans le 93, est na­tif de Saint-Di­zier (52). Phi­lippe se met d’abord à jouer au foot­ball avec le rêve d’évo­luer au plus haut ni­veau. Doué, il est ra­pi­de­ment re­pé­ré par des clubs qui l’in­vitent à re­joindre leur centre de for­ma­tion. Mais à 15 ans, ses pa­rents le trouvent trop jeune pour re­joindre ce type de struc­ture. Il se conten­te­ra de jouer en Di­vi­sion d’Hon­neur et en CFA. De­ve­nu pro­fes­seur d’EPS, Phi­lippe se met à cou­rir à 30 ans. Ce qui le mo­tive de­puis ses dé­buts, c’est le plai­sir pro­cu­ré et la sen­sa­tion de li­ber­té. « De­puis le ly­cée, je sa­vais que je cou­rais bien, mais j’étais trop pas­sion­né par le foot. Un jour, mon pro­fes­seur d’EPS a in­sis­té pour que je par­ti­cipe aux 10 km or­ga­ni­sés dans la ville. J’avais 16/17 ans et je jouais en Di­vi­sion d’Hon­neur au foot. J’ai dû men­tir à l’en­traî­neur pour pou­voir cou­rir, pour faire plai­sir à mon pro­fes­seur. À ma grande sur­prise, j’ai ga­gné dans ma ca­té­go­rie en moins de 36 mi­nutes, avec en prime ma pho­to dans le jour­nal. Je ne vous ra­conte pas la souf­flante que j’ai prise par mon en­traî­neur de foot quand il a ap­pris mon men­songe ! » 32 mi­nutes au 10 km, 1 h 11 au Se­mi de Pa­ris, Phi­lippe Dheu touche aus­si au trail, aux courses d’obs­tacles, mais il a sur­tout un fort at­ta­che­ment aux courses so­li­daires. C’est dans cet es­prit que cet en­sei­gnant aborde la course à pied avec ses élèves. « Il faut ex­pli­quer et don­ner du sens à ce que l’on fait ! Quand on parle d’en­du­rance ou de de­mi-fond aux élèves en dé­but de cycle, il y a sou­vent une forte ré­ti­cence. Ils se plaignent, ils ont des dou­leurs, ils disent qu’ils sont vrai­ment mau­vais... ou tout sim­ple­ment qu’ils n’aiment pas. Les bons cou­reurs sont tou­jours mo­ti­vés. Il ne faut pas ba­ser l’ap­pren­tis­sage sur ces élèves et rendre trop éli­tistes les séances. » Il s’agit de trou­ver des re­cettes : « Ra­pi­de­ment, je leur ex­plique ce que peut ap­por­ter la course à pied dans des do­maines comme l’es­time de soi, la confiance, la co­hé­sion so­ciale et sur­tout la san­té. Pour don­ner du sens à l’ac­ti­vi­té, je mets en évi­dence les sen­sa­tions (souffle, pul­sa­tions, concen­tra­tion…). Pour mon­trer l’im­por­tance de la concen­tra­tion et le rôle pré­cis des gestes du cou­reur, je n’hé­site pas à les pro­vo­quer un peu. J’ai l’exemple d’une élève qui ne vou­lait pas cou­rir. Elle vou­lait res­ter au bord du ter­rain avec son por­table. Je lui ai in­ter­dit et j’ai au­to­ri­sé cer­taines élèves à écou­ter de la mu­sique en cou­rant. En réac­tion, elle a vou­lu cou­rir aus­si si on lui per­met­tait d’écou­ter de la mu­sique. Au fil de la séance, j’ai joué sur les al­lures. Prise dans l’ac­ti­vi­té, elle s’est as­sez ra­pi­de­ment dé­bar­ras­sée de son mo­bile et de ses oreillettes en avouant : “Je n’ar­rive pas à cou­rir, à me concen­trer et à écou­ter de la mu­sique en même temps !” ». Phi­lippe tente éga­le­ment de mon­trer com­ment ce qui est tra­vaillé en course à pied (et dans tout autre sport) peut être ré­in­ves­ti dans la vie de tous les jours : « Pour faire cou­rir les ado­les­cents, il faut leur don­ner des ob­jec­tifs ou leur pro­po­ser des dé­fis. Par exemple, sur une séance d’en­du­rance, si on leur de­mande de cou­rir 30 mi­nutes au­tour d’un stade, on risque vite de les perdre. Il m’ar­rive de lan­cer un dé­fi ou de faire des pa­ral­lèles avec ce qu’ils font dans d’autres ma­tières. Je re­bon­dis par exemple sur l’his­toire du marathon. Après avoir dis­cu­té sur l’ori­gine de cette course, je leur pro­pose de cou­rir un

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