Chau­chau n’aime pas le lun­di

À vivre in­ten­sé­ment leur course ou leur en­traî­ne­ment du di­manche, tous les cou­reurs s’ex­posent au coup de blues du lun­di ma­tin. Et Chau­chau n’y échappe pas.

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J’aime pas le lun­di ! Le lun­di, c’est le jog­ging de rien. Le foo­ting de ré­cu­pé­ra­tion, cou­rir pour cou­rir, l’hu­meur sans hu­mour, l’en­vie dans les chaus­settes, les couches de vê­te­ments pour la su­da­tion, l’éli­mi­na­tion des toxines, le cra­chat des ex­cès du week-end : dé­chets « lac­ta­ti­sés » d’une com­pé­ti­tion ou abus de la ré­cep­tion qui a sui­vi, ca­ca­huètes et pe­tits fours in­clus. Le lun­di vient après le di­manche, me dit La Pa­lice. Je pré­fère mon­sieur Hu­lot pour qui di­manche, c’est Jour de fête. Oui, le di­manche, ce sont les potes de course que l’on re­trouve à la même heure, au même en­droit pour le ri­tuel de la sor­tie longue, celle du « bran­chage », des fous rires, avant que l’al­lure aug­mente pro­gres­si­ve­ment et dé­gé­nère « à la Ke­nyane ». Le pre­mier ar­ri­vé, ac­cou­dé au coffre de la voi­ture, nargue les autres en pre­nant les écarts au ch­ro­no. Dans ce même coffre – c’était pré­mé­di­té –, tous les in­gré­dients de l’apé­ro du run­ner, am­biance cam­ping, bière ou pe­tit blanc sec ac­com­pa­gné du toast de rillettes. Le di­manche, c’est aus­si jour de com­pé­ti­tion. Le­vé tôt, pas en­vie d’y al­ler par­fois, mais y al­ler quand même, parce que, jus­te­ment, les potes y se­ront. Re­trait du dos­sard, échauf­fe­ment, stress du dé­part, gri­se­rie des sen­sa­tions… ou pas. Mais avec cette sa­tis­fac­tion, en­suite, de l’avoir fait et, fi­na­le­ment, de les par­ta­ger au bar du coin. En­core, me di­rez-vous ! Le di­manche, pour l’an­cien cham­pion que je suis, c’est en­core le moyen d’exis­ter par la re­con­nais­sance, de flat­ter mon ego. Je l’avoue. Les sel­fies rem­placent au­jourd’hui les au­to­graphes d’au­tre­fois. Res­tent les pe­tits mots, les conseils, les anec­dotes, les ap­proxi­ma­tions… En­tendre le fan dire à voix basse à un com­père : « Je le re­con­nais, c’est Mau­rice Che­va­lier. » Vé­ri­dique. Ma pomme ! C’est bien moi, cro­quant la vie soit in­ti­me­ment avec mes amis qui me larguent dé­sor­mais à l’en­traî­ne­ment, soit par­mi des cen­taines voire des mil­liers de run­ners, le temps d’une com­pé­ti­tion, d’un coa­ching, d’une con­fé­rence… Ce­pen­dant, que la vie me semble belle lors du re­tour à la mai­son, calme et dé­ten­du, le corps fa­ti­gué certes, mais lé­ger. Après avoir bra­vé les élé­ments, il est doux de sa­vou­rer ce re­pos. Zé­ni­tude d’un di­manche soir, je suis tout sim­ple­ment heu­reux. Et vous, ça vous fait ça aus­si ? Puis, il y a ce fou­tu lun­di qui ar­rive, sorte de dé­pres­sion obli­ga­toire. La bou­teille est à moi­tié vide, les cour­ba­tures sont plus cé­ré­brales que phy­siques... Bref, je n’ai pas en­core bu mon ca­fé ni par­lé à per­sonne qu’il me faut dé­jà payer l’ad­di­tion ! Pour en re­mettre une couche ou plu­tôt en ra­jou­ter une (ves­ti­men­taire), il pleut. Vio­lence ex­trême, je pars cou­rir pour ce qui me semble être le plus dur mo­ment de la se­maine. Pre­mières fou­lées ra­santes, en es­pé­rant que per­sonne ne me voie et que je ne croise pas le re­flet d’une vi­trine. Je me dé­teste. Mon es­prit va­ga­bonde. N’ai-je rien d’autre à faire de plus utile ? Un bon sau­na ou ham­mam n’au­rait-il pas le même ef­fet an­ti­toxines ? Le re­pos com­plet n’au­rait-il pas un ef­fet po­si­tif sur ma mo­ti­va­tion quelques jours plus tard ? Stop ! Une voix in­té­rieure me ser­monne : « Al­lez ! Per­sonne ne t’oblige à faire ce­la, pense po­si­tif en étant fier de ne pas avoir cra­qué, une heure, ce n’est rien dans une jour­née, va dou­ce­ment, tout sim­ple­ment, ou­blie ton corps, re­prends les com­mandes de ton cer­veau, or­ga­nise ta se­maine. » D’un coup, le monde m’ap­par­tient de nou­veau, je suis ce­lui qui a cou­ru et rem­pli son ob­jec­tif de la jour­née. Plus rien ne m’at­teint, pas même cette fac­ture dans la boîte aux lettres… Je suis pas­sé à mar­di !

DO­MI­NIQUE CHAUVELIER

60 ans, 4 fois cham­pion de France de ma­ra­thon, mé­daillé eu­ro­péen, sé­lec­tion­né olym­pique, re­cord 2 h 11 min 24 s.

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