Run Eco Team, quand l’écologie mo­tive la course

LA MEUTE DU COU­REUR ÉCO­LO

Jogging International - - Jogging Sommaire -

Bon nombre de cou­reurs ne per­çoivent pas l'en­vi­ron­ne­ment pol­luant ou pol­lué qui les en­toure. Il y a un an, Ni­co­las Le­mon­nier a dé­ci­dé de créer l'as­so­cia­tion Run Eco Team pour sen­si­bi­li­ser les pra­ti­quants à la col­lecte des dé­chets. Simple et ef­fi­cace, le mou­ve­ment a pris de l'am­pleur grâce à Fa­ce­book et à son P.-D.G., Mark Zu­cker­berg. NI­CO­LAS MILLET, PHO­TOS LU­DO­VIC FAILLER

N antes, 9 h du ma­tin. 0° C. En ce ven­dre­di hi­ver­nal, la ci­té des ducs de Bre­tagne se ré­veille tout juste. Mal­gré le froid, les membres de la « Run Eco Team » sont tel­le­ment po­si­tifs qu'ils frôlent l'hys­té­rie ! « On est chauds bouil

lants » , s'ex­cite l'un d'eux en se ta­pant dans les mains. Pre­mier ar­ri­vé au ren­dez-vous et l'un des pre­miers à avoir adhé­ré au mou­ve­ment, Syl­vain, un pe­tit sac à la main, a le sou­rire : « J’aime l’écologie, j’aime cou­rir… Là, on com­bine les deux, donc c’est su­per ! » Au fil des mi­nutes, la place se rem­plit. Une ving­taine de cou­reurs se sont don­né ren­dez-vous par l'in­ter­mé­diaire du ré­seau so­cial Fa­ce­book.

LE MONDE POUR TÉ­MOIN

Il faut dire que le monde les re­garde. Non, pas seule­ment les pas­sants in­tri­gués de voir cette bande s'amu­ser à ra­mas­ser des dé­chets. Non ! Le monde en­tier. En­fin, les quelque 85 millions d'abon­nés à la page de Mark Zu­cker­berg. Le créa­teur et pa­tron de Fa­ce­book en per­sonne a été sé­duit par l'ini­tia­tive « 1 run = 1 dé­chet ». Au point qu'il a dé­ci­dé de dé­pê­cher une équipe de tour­nage sur place pour ra­con­ter ce nou­veau phé­no­mène. Ni­co­las Le­mon­nier, l'ins­ti­ga­teur du pro­jet, peine à y croire : « C’est dingue quand même ! Je connais­sais sa pas­sion pour la course à pied et son as­so­cia­tion [NDLR : 365 miles, a year of run­ning] qui lutte contre l’obé­si­té aux États-Unis. Je me suis dit qu’il pour­rait sans doute être sen­sible aux pro­blèmes éco­lo­giques, alors je l’ai ta­gué à chaque fois que je pos­tais un sel­fie de moi avec un dé­chet. » Et ça a payé. Du­rant deux heures, Fa­ce­book va fil­mer des sé­quences des jog­geurs nan­tais en face du châ­teau. Tout ex­ci­té, Ni­co­las, cas­quette à l'en­vers bien vis­sée sur la tête, dis­tri­bue aux par­ti­ci­pants le nou­veau tee-shirt « 1 run = 1 dé­chet ». « Pen­sez bien à me re­mettre l’éti­quette dans le sac » , pré­cise-t-il d'em­blée. Comme si le ré­flexe éco­lo était de­ve­nu pour lui une se­conde na­ture. Pour­tant, comme bien d'autres cou­reurs, il n'avait pas une sen­si­bi­li­té verte plus af­fir­mée que ce­la au dé­part. « C’est vrai­ment quand j’ai com­men­cé à cou­rir, il y a un an et de­mi, que je me suis ren­du compte à quel point les che­mins sur les­quels je cou­rais étaient sales, et ça m’éner­vait ! » L'os­téo­pathe se dé­cide alors à pos­ter sur Fa­ce­book des sel­fies de lui avec un dé­chet à la main.

« J’ai vu pas mal de gens ré­agir à mes posts, je me suis dit qu’on pou­vait mettre des choses en place. » Run Eco était né.

UN SUCCÈS CROIS­SANT

Avec la créa­tion de la page Fa­ce­book, la com­mu­nau­té s'est agran­die et a vu son nombre ex­plo­ser lorsque, le soir du 24 dé­cembre 2016, Mark Zu­cker­berg pos­ta le re­por­tage sur son pro­fil Fa­ce­book. Près de deux millions de vues, le re­ten­tis­se­ment est énorme. De TF1 à M6

en pas­sant par Eu­rope 1 et RMC, les mé­dias fran­çais se sont ar­ra­ché le su­jet la se­maine sui­vante, pour le plus grand bon­heur du Nan­tais, qui ne s’at­ten­dait pas à un aus­si beau ca­deau de Noël. « Fran­che­ment, c’est as­sez in­croyable, les pro­por­tions que ça prend ! Au­jourd’hui, j’ai des cou­reurs d’Aus­tra­lie, du Ca­na­da… qui font par­tie de la Run Eco Team. »

COU­RIR UTILE

S’ils re­con­naissent vo­lon­tiers ne pas ra­mas­ser des dé­tri­tus à chaque sor­tie (en par­ti­cu­lier sur les séances de frac­tion­né), nom­breux sont les cou­reurs qui pro­fitent des longues sor­ties pour rendre leur ter­rain de jeu plus propre. Or, pas be­soin de faire beau­coup de ki­lo­mètres. À deux pas de chez vous se trouvent sans doute des mé­gots et des ca­nettes qui ne de­mandent qu’à être mis à la pou­belle. Les sur­prises sont par­fois de taille : « Je ra­masse souvent des pa­quets de ci­ga­rettes, mais on peut trou­ver aus­si des roues, des en­jo­li­veurs… » , ra­conte Ke­vin, 2 h 36 au der­nier ma­ra­thon de Nantes. Ce der­nier s’ac­tive pour créer, chaque mois, une sor­tie col­lec­tive dans l’ag­glo­mé­ra­tion nan­taise. L’utile se mêle aus­si à l’agréable pour se fixer des chal­lenges et cas­ser la mo­no­to­nie :

« Ça donne un ob­jec­tif, es­time Claire. Si, des fois, on n’est pas trop mo­ti­vé à cou­rir pour soi, sa­voir qu’on le fait aus­si pour une cause aide à ne pas lâ­cher. » Même son de cloche pour Guil

laume : « Ça pousse à conti­nuer un peu la course, tant que le sac n’est pas plein, et à y re­tour­ner quand il est vide ! » La Run Eco Team ne de­vrait pas s’ar­rê­ter en si bon che­min. Une course à son nom pour­rait même voir le jour pro­chai­ne­ment. « Un mé­got ra­mas­sé, c’est 500 litres d’eau pol­luée en moins, sou­ligne Ni­co­las Le­mon­nier. Donc, si cha­cun s’y met, ça vaut le coup ! Mon rêve, c’est que les cou­reurs du monde en­tier ra­massent des dé­chets ! »

La Run Eco Team n’est pas un groupe fer­mé. Elle compte dans ses rangs des Aus­tra­liens, des Ca­na­diens… et vous, bien­tôt ?

Ni­co­las Lem­mo­nier (à droite) en com­pa­gnie du créa­teur de Fa­ce­book, Mark Zu­cker­berg.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.