On a cou­ru l’Ur­ban Snow Trail

- 7° C, des som­mets en­nei­gés, un grand soleil… Idéal pour dé­va­ler à ski les pentes qui sur­plombent Saint-Paul-sur-Ubaye. Pour­tant, lorsque je baisse les yeux, je ne vois que mes chaus­sures de trail. Er­reur de ma­té­riel ? Pas du tout. En fait, je m’ap­prête

Jogging International - - Jogging Sommaire - CLÉ­MENT EXCOFFIER, PHO­TOS VINCENT LYKY

Di­manche 19 fé­vrier 2017. Saint-Paul-surU­baye, pe­tit vil­lage de la haute val­lée de l’Ubaye si­tué à quelques en­ca­blures du Pié­mont ita­lien, vient de qua­dru­pler sa po­pu­la­tion. Quelque 691 cou­reurs tré­pignent d’im­pa­tience, vi­si­ble­ment pres­sés de s’élan­cer. De se ré­chauf­fer, éga­le­ment ! Le soleil pointe jus­te­ment le bout de son nez pour éclai­rer le fond de la val­lée, alors que le spea­ker dé­compte les mi­nutes qui pré­cèdent le dé­part. Les trai­lers, tels des man­chots em­pe­reurs sur la ban­quise, convergent tous vers ce pe­tit car­ré de neige en­so­leillé, pro­fi­tant de cette douce cha­leur qui ra­nime les corps en­core en­gour­dis par le froid. Mais, pas le temps de lé­zar­der au soleil. 22 km et 1 100 m de dé­ni­ve­lé po­si­tif sont au menu. Top dé­part à 10 h 30 pour les 371 concur­rents de ce par­cours long, dont je fais par­tie. Les moins gour­mands de­vront pa­tien­ter une de­mi­heure de plus pour s’élan­cer sur le 9 km, beau­coup plus plat et qui se can­tonne aux pistes de ski nor­dique de la val­lée.

Un air de ki­lo­mètre ver­ti­cal

Les pré­ten­dants à la vic­toire s’échappent dès les pre­miers hec­to­mètres, adop­tant le même rythme que s’ils cou­raient sur route… Der­rière, la pru­dence l’em­porte et on mo­dère son ar­deur en vue de l’as­cen­sion qui se pro­file ! Pour ma part, je pro­fite de ces six ki­lo­mètres re­la­ti­ve­ment plats sur les pistes de

ski de fond pour dé­cou­vrir les sen­sa­tions de la course sur neige. Les ap­puis sont par­fois fuyants sur cette sur­face bien da­mée, mais rien à voir avec ce qui nous at­tend. En ef­fet, après 35 mi­nutes de course en­vi­ron, la piste ré­tré­cit et s’élance à l’as­saut des cimes. Avec 900 m de D+ en seule­ment 6 km, on ne peut pas faire plus simple. « Dré dans l’pen­tu », comme disent les mon­ta­gnards ! Et, avec la pente, ar­rive la neige pro­fonde. Pas ques­tion de da­mage sur ce sen­tier mo­no­trace qui ser­pente entre les sa­pins. Le souffle se fait court et le rythme car­diaque at­teint les mêmes som­mets que ceux qui nous en­tourent. Certes, la vraie dif­fi­cul­té était an­non­cée dans le nom de l’épreuve : la neige. Un pas en avant, deux pas en ar­rière ! Sur cer­taines por­tions, on au­rait presque l’im­pres­sion de re­cu­ler. As­sez frus­trant quand on constate que l’on na­vigue dé­jà seule­ment entre 3 et 4 km/ h. Heu­reu­se­ment, en le­vant les yeux (pas trop souvent tout de même, pour évi­ter la chute), la beau­té des pay­sages en­vi­ron­nants ef­face cette pro­gres­sion la­bo­rieuse. Seul ou presque au coeur des Alpes de Haute-Pro­vence, avouez qu’il y a pire pour pas­ser son di­manche ma­tin ! Au­tour de moi, les dis­cus­sions se sont ta­ries, cha­cun éco­no­mise son air. Seul le cris­se­ment des chaus­sures sur la neige vient trou­bler ce si­lence. À moins que... Des vaches ?! À cette al­ti­tude ? En cette sai­son ? C’est pour­tant bien le tin­te­ment de leurs cloches qui nous ac­cueille quelques mètres plus haut. Tou­te­fois, pas de ru­mi­nant à l’ho­ri­zon. Rien qu’un groupe de spec­ta­teurs per­chés sur une cor­niche, qui… se­couent bien plus éner­gi­que­ment cet ins­tru­ment de mu­sique lo­cal que les pro­duc­trices de lait. Des en­cou­ra­ge­ments bien­ve­nus pour ava­ler cette grim­pette fi­na­le­ment plus proche du ki­lo­mètre ver­ti­cal que de la ba­lade do­mi­ni­cale.

La chute des corps

Après un ra­pide pas­sage par le vil­lage de Fouillouse et un pe­tit ra­vi­taille­ment, l’as­cen­sion se pour­suit jus­qu’au point culmi­nant du par­cours, à 2 400 m. Le pa­no­ra­ma est à cou­per le souffle (il n’en res­tait dé­jà plus beau­coup…), mais je n’aper­çois au­cune trace d’éter­lou (le nom lo­cal du cha­mois)… Au­cune trace des pre­miers non plus, qui ont sans doute dé­jà tro­qué leurs cram­pons contre des après-ski (Na­than Jo­vet rem­porte le 22 km en 1 h 45 seule­ment)… C’est tout juste si nous aper­ce­vons les concur­rents qui nous pré­cèdent dans la des­cente, pe­tites four­mis en fond de val­lée. Une des­cente que beau­coup at­ten­daient après cette mon­tée éprou­vante, pour se dé­gour­dir les jambes. Une gor­gée d’eau et je m’élance à mon tour pour les 10 ki­lo­mètres res­tants qui doivent nous ra­me­ner jus­qu’à la ligne d’ar­ri­vée. Confiant, j’al­longe la fou­lée… et je m’étale tête la pre­mière dans la neige, bien plus pro­fonde que ce à quoi je m’at­ten­dais ! Pas de pa­nique, on as­sure ses ap­puis et on y re­tourne. 10 mètres plus loin, je re­prends une bouf­fée de pou­dreuse ! Je com­mence à me de­man­der com­ment je vais ve­nir à bout de ce vé­ri­table to­bog­gan. Pas le choix, il va fal­loir bais­ser le rythme si je veux pas­ser plus de temps de­bout que sur les fesses ! Si les pre­miers bé­né­fi­ciaient d’un che­min da­mé et donc d’une neige plus dure, le gros du pe­lo­ton fait face à un « champ de mines ». Ça râle au­tour de moi, cer­tains n’ap­pré­cient que moyen­ne­ment de de­voir adopter une al­lure de ran­don­neur, alors que l’on s’en­fonce par­fois jus­qu’à mi-mol­let dans la neige fraîche. Pas d’autre so­lu­tion que de prendre son mal en pa­tience et de pous­ser sur les cuisses pour dé­grin­go­ler ca­hin-ca­ha. Après un der­nier ki­lo­mètre et de­mi plus plat et rou­lant, l’arche d’ar­ri­vée se pro­file à l’ho­ri­zon. Je la fran­chis alors que les re­mises des prix ont dé­jà com­men­cé… Une pen­sée pour les 72 concur­rents der­rière moi qui se battent en­core avec la neige ! Des pay­sages splen­dides, une or­ga­ni­sa­tion aux pe­tits oi­gnons et des bé­né­voles on ne peut plus souriants, l’Ubaye Snow Trail mé­rite le dé­tour. Si cou­rir dans la neige pro­cure des sen­sa­tions vrai­ment dif­fé­rentes, ce­la demande éga­le­ment un ef­fort mus­cu­laire bien plus im­por­tant. Si vous ne vou­lez pas que cette belle ba­lade en Ubaye se trans­forme en cal­vaire, pen­sez à ar­ri­ver bien af­fû­té l’an­née pro­chaine ! •

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