Se­mi de Pa­ris

Après avoir bé­né­fi­cié de condi­tions fa­vo­rables, voire par­fois cha­leu­reuses ces der­nières an­nées, le Se­mi de Pa­ris est ren­tré dans le rang, rap­pe­lant que le prin­temps n’était pas en­core là. Une édi­tion hu­mide, gla­çante… et re­vi­go­rante !

Jogging International - - Jogging Sommaire - NI­CO­LAS GARDON, PHO­TOS VINCENT LYKY

Cette an­née, il suf­fi­sait de se rendre au dé­part du Se­mi de Pa­ris à Vé­lib’ pour s’of­frir une ma­ti­née de tri­ath­lon, le dé­luge s’abat­tant sur les cou­reurs étant pro­pice à une bonne séance de na­ta­tion ! C’est un peu avant 10 heures du ma­tin que les choses sé­rieuses com­mencent : alors que les fu­sées de tête ont été lâ­chées il y a presque une heure, dans les sas des moins vé­loces, l’at­tente du coup de feu se fait en mode aqua­tique. Et en­core, s’il ne s’agis­sait que d’eau : avec une tem­pé­ra­ture dé­pas­sant dif­fi­ci­le­ment les 5° C et un vent gla­cial pour ac­com­pa­gner le tout, les pon­chos et cou­ver­tures de sur­vie de­viennent des ac­ces­soires à la mode. Ça sau­tille sur place, ça se masse et il se mur­mure même que l’on au­rait vu un jour­na­liste et un ma­quet­tiste de Jog­ging In­ter­na­tio­nal blot­tis l’un contre l’autre sous une cou­ver­ture de sur­vie. Néan­moins, nous ne prê­te­rons pas, ici, le flanc aux ru­meurs les plus in­sen­sées.

OP­TION BRASSE COU­LÉE

Le dé­part don­né, c’est à peine mieux, mais bon, mouillé pour mouillé… Ce­pen­dant, cer­tains pré­fèrent conser­ver le pon­cho, quand d’autres font du sac-pou­belle leur nou­veau meilleur ami. Nou­veau, le par­cours l’est aus­si, du moins par­tiel­le­ment. Pas désa­gréable, cette pe­tite per­cée rive gauche après une des­cente pas vrai­ment at­trayante du bou­le­vard de Ber­cy. On est au km 4 et ça bou­chonne en­core un peu. C’est qu’il faut les faire avan­cer, les quelque 38 000 cou­reurs du jour ! La rive gauche, donc, re­jointe au ni­veau d’Aus­ter­litz et quit­tée à l’Institut du monde arabe après un pe­tit peu plus d’un ki­lo­mètre. Sur le pont de Sully, à droite, un coup d’oeil vers Notre-Dame qui sur­nage entre Seine et pluie. Une pen­sée, en pas­sant, pour l’ange de la Bas­tille, qui doit bien se ge­ler, là-haut. Le duo Saint-An­toine/ Ri­vo­li se fait au rythme des bour­rasques de vent. Mon dra­peau de me­neur en 2 heures n’y ré­siste d’ailleurs pas, pas plus que la fou­lée de nom­breux cou­reurs, mimes im­puis­sants ten­tant tant bien que mal d’avan­cer. C’est le dé­but des dé­faillances, des pre­mières hy­po­ther­mies. Avant que n’ar­rive le gros mor­ceau de la jour­née, cet en­chaî­ne­ment de tun­nels sur les quais de Seine. Une cou­reuse, près de moi, ne semble pas dé­ran­gée : « Au

moins, ici, on est au sec. » Dans les creux, ça pa­tauge joyeu­se­ment et sur les re­mon­tées, ça tire dans les mol­lets en­core gla­cés, mal­gré dé­jà plus de 10 km de course. Le re­tour sur le par­cours « his­to­rique » se fait au ni­veau de Ber­cy, avec la mon­tée de la rue de Cha­ren­ton. Pa­ra­doxa­le­ment, et alors que le nombre de

spec­ta­teurs se ré­vèle bien in­fé­rieur à ceux en­re­gis­trés les an­nées pré­cé­dentes (à moins qu’ils aient fondu sous la pluie !), on sent une éner­gie rare au sein du pe­lo­ton. Comme si, alors qu’il ne reste bien­tôt plus que cinq ki­lo­mètres, ces condi­tions dan­tesques, idéales pour un aban­don, ne fai­saient que ren­for­cer la vo­lon­té des cou­reurs.

LI­BÉ­RA­TION

Ja­mais, en tant que me­neur, je n’avais eu au­tant de monde der­rière moi du dé­but à la fin d’une course. Ja­mais, je n’avais vu au­tant de par­ti­ci­pants s’ac­cro­cher à tout prix dans le long faux plat de Gra­velle. Et ja­mais, dans la longue der­nière ligne droite, je n’avais été té­moin d’une telle en­vie d’en fi­nir. Non pas pour abré­ger les souf­frances, mais plu­tôt pour fi­nir de tout don­ner, se li­bé­rer, après 21 km épiques. Fi­nir un se­mi, pour nombre de cou­reurs, ne consti­tue pas for­cé­ment un ex­ploit. Mais ve­nir à bout de la ver­sion 2017 du Se­mi de Pa­ris est un fait d’armes à af­fi­cher sur son CV de spor­tif !

c’est une al­lure de foo­ting sou­te­nu » , nous ex­pli­quait-il, avant l’épreuve. Chris­tophe a sui­vi le cham­pion presque

de bout en bout. « Je suis res­té à moins de 10 mètres de lui du dé­part jus­qu’au 19e km, avant qu’il me lâche. C’est im­pres­sion­nant cette fa­ci­li­té, cette flui­di­té, cette per­fec­tion tech­nique. À la télé, on ne se rend pas compte de la vitesse dingue. Et en­core, il était sur la ré­serve ! En tout cas, très bonne idée des or­ga­ni­sa­teurs, ça per­met aus­si de mettre en lu­mière un sport trop mé­con­nu et caricaturé, sans doute à cause de la ges­tuelle qui peut prê­ter à sou­rire. Croyez-moi, quand vous êtes der­rière à es­sayer de vous ac­cro­cher, vous ne vous mo­quez plus du tout ! »

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