Pré­ser­ver son pé­ri­née, l’af­faire de tous

En­traî­ne­ment ré­gu­lier pas for­cé­ment bien coa­ché, mais aus­si séances d’ab­dos mal conduites, les muscles pel­viens des cou­reurs sont sou­mis à rude épreuve. No­tam­ment ceux des femmes, mais pas seule­ment. Avec, à la clef, des troubles de la conti­nence et de la

Jogging International - - Jogging Sommaire - FUITES URINAIRES, TROUBLES SEXUELS…

FAITES CONNAIS­SANCE AVEC VOTRE PÉ­RI­NÉE

Non, le pé­ri­née n’est pas uni­que­ment mis à mal par la gros­sesse et l’ac­cou­che­ment. Le sport – et par­ti­cu­liè­re­ment le jog­ging, clas­sé comme ac­ti­vi­té à fort im­pact périnéal – peut éga­le­ment nuire à son in­té­gri­té. No­tez que si les femmes sont da­van­tage concer­nées, les hommes, une fois la cin­quan­taine pas­sée, ne sont pas épar­gnés.

LE MUSCLE « ANTIFUITE »

Le pé­ri­née est un en­semble de muscles qui s’étend du pu­bis au coc­cyx et sur les deux is­chions en par­tie la­té­rale, fer­mant la par­tie in­fé­rieure du pe­tit bas­sin. C’est une sangle dy­na­mique, un « ha­mac » jouant le rôle d’amor­tis­seur de pres­sion. En rai­son de sa po­si­tion stra­té­gique et de sa fa­cul­té à se contrac­ter, il joue donc un rôle pri­mor­dial dans la conti­nence et la sexua­li­té. Chez la femme, il se res­sent en re­te­nant si­mul­ta­né­ment un gaz et une goutte d’urine ; chez l’homme, en contrac­tant la zone com­prise entre le sphinc­ter anal et la verge.

UNE QUES­TION DE TONICITÉ

Si le run­ning est l’un des sports les plus ris­qués pour le pé­ri­née, c’est parce qu’il se pra­tique sous l’ef­fet de la pe­san­teur et oc­ca- sionne, de fait, des im­pacts forts et ré­pé­tés. Il im­plique aus­si une contrac­tion pro­lon­gée des muscles ab­do­mi­naux, mais par­fois avec une in­suf­fi­sance du trans­verse de l’ab­do­men. Le tout en­gendre une hy­per­pres­sion sur le pé­ri­née, ain­si que sur les or­ganes, ce qui mul­ti­plie la force de pe­san­teur ap­pli­quée vers le bas. Plus en­core lorsque la pos­ture au quo­ti­dien comme en course laisse clai­re­ment ap­pa­raître une hy­per­lor­dose ( forte cam­brure, no­tam­ment chez les femmes, qui mo­di­fie la lo­ca­li­sa­tion des im­pacts vers la fente va­gi­nale). Ou en­core un dés­équi­libre gauche-droit de la fou­lée

(dés­équi­libre pos­tu­ral sous-ja­cent) en­glo­bant les muscles pé­ri­néaux de ma­nière asy­mé­trique. Bonne pâte, le pé­ri­née en­caisse ces pres­sions jus­qu’au jour où il n’en peut plus. Il de­vient alors hy­po­to­nique et c’est là que les pro­blèmes com­mencent.

En cas de for­fait du pé­ri­née, toute la sphère in­time en pâ­tit. De ma­nière ima­gée, la femme a une sen­sa­tion de « joint de ro­bi­net usé », des fuites urinaires à l’ef­fort (perte in­vo­lon­taire d’urine non pré­cé­dée d’un be­soin) ap­pa­raissent. Dé­clen­chées par l’ef­fort phy­sique ou la toux, elles tra­duisent une pres­sion in­tra-ab­do­mi­nale que le sys­tème mus­cu­lo­li­ga­men­taire de la zone pé­ri­néale n’est plus en me­sure de conte­nir. Avec pour consé­quences, à terme, un risque d’in­con­ti­nence uri­naire et/ou fé­cale, des dou­leurs lom­baires et, spé­ci­fi­que­ment, chez les femmes, un risque de pro­lap­sus (des­cente d’or­ganes). Chez les hommes, une mau­vaise ges­tion des hy­per­pres­sions ab­do­mi­nales a des ré­per­cus­sions sur la pros­tate et sur la sur­ve­nue d’her­nies in­gui­nales, ab­do­mi­nales... De part et d’autre, un re­lâ­che­ment de cet en­semble de muscles a aus­si un im­pact sur la vie sexuelle, car les contrac­tions pé­ri- néales ryth­mées s’in­ten­si­fient jus­qu’à l’or­gasme. Par ailleurs, chez la femme, le to­nus du pé­ri­née par­ti­cipe à la sti­mu­la­tion sen­so­rielle du va­gin pen­dant le rap­port sexuel, tan­dis que chez l’homme, plus le pé­ri­née se ré­vèle to­nique, meilleur est le contrôle de l’érec­tion et de l’éja­cu­la­tion. Bref, les rai­sons ne manquent pas pour en­fin dai­gner prendre soin de son pé­ri­née !

PRÉSERVEZ VOTRE PÉ­RI­NÉE

Évi­dem­ment, pas ques­tion d’ar­rê­ter de cou­rir ! En re­vanche, il faut prendre les de­vants pour to­ni­fier cor­rec­te­ment cette zone et cor­ri­ger les ha­bi­tudes dé­lé­tères.

AU QUO­TI­DIEN, AC­COM­PA­GNER LA CONTRAC­TION

Le pé­ri­née est un muscle sol­li­ci­té en per­ma­nence quand on bouge. Il tra­vaille donc au­to­ma­ti­que­ment, tant qu’il n’est pas ef­fon­dré. Pour le pré­ser­ver au quo­ti­dien, il est essentiel de ne ja­mais blo­quer sa res­pi­ra­tion en sou­le­vant une charge (en­fants, pa­quets...) ou en ef­fec­tuant un saut. Après avoir ré­pé­té le geste adap­té avec un ki­né, pro­fi­tez des files d’at­tentes ou des trans­ports en com­mun pour le to­ni­fier ni vu ni connu, en le contrac­tant de l’anus vers le pu­bis sans sol­li­ci­ter les ab­dos ( la sangle ab­do­mi­nale pro­fonde), et en pri­vi­lé­giant de pré­fé­rence l’ex­pi­ra­tion.

AVANT DE MON­TER EN CHARGE, PRÉ­VE­NIR LES FAC­TEURS AG­GRA­VANTS

Tant pour les ar­ti­cu­la­tions que pour les muscles pé­ri­néaux, cou­rir en sur­poids est to­ta­le­ment dé­con­seillé. Mieux vaut d’abord se dé­les­ter avec des sports por­tés (na­ta­tion, vé­lo) que de cou­rir pour mai­grir. Il est cru­cial, éga­le­ment, de ré­équi­li­brer sa pos­ture : cou­rir trop cam­bré ou fa­çon bande des­si­née (nez en avant, fesses en ar­rière) fra­gi­lise éga­le­ment le pé­ri­née. Idem lorsque la fou­lée est plus ap­puyée d’un cô­té que de l’autre et in­duit, de fait, une pres­sion dés­équi­li­brée sur la sangle pé­ri­néale. Après un bi­lan glo­bal, la pré­ven­tion passe par le choix des chaus­sures (et, éven­tuel­le­ment, par le port de se­melles adap­tées), le tra­vail du pied au sol et la bonne sta­bi­li­sa­tion du ge­nou à l’im­pact.

PEN­DANT LA COURSE : SYN­CHRO­NI­SER LA RES­PI­RA­TION

In­utile d’es­sayer de cou­rir tout en s’ef­for­çant de contrac­ter le pé­ri­née. Ce qui peut de­ve­nir ou re­de­ve­nir un ré­flexe après une ré­édu­ca­tion ci­blée ne fe­rait alors qu’em­brouiller la pra­tique. Il faut tou­te­fois es­sayer de basculer le bas­sin vers l’ar­rière et sur­tout co­or­don­ner sa res­pi­ra­tion pour ne pas être dans l’in­ver­sion de com­mande. En clair : il faut ex­pi­rer en ren­trant le ventre (par­ti­cu­liè­re­ment la ré­gion sous le nom­bril) et ins­pi­rer avec une re­mon­tée pas­sive du ventre Et pour fa­ci­li­ter l’opé­ra­tion, c’est en se gran­dis­sant qu’il faut cou­rir, et non en fai­sant le dos rond.

PEN­DANT LES SÉANCES D’AB­DOS : VI­GI­LANCE MAXI­MALE

Pour le pé­ri­née, les ab­dos peuvent être aus­si pro­tec­teurs que des­truc­teurs. Afin que la sangle pé­ri­néale n’ait pas à en­cais­ser à elle seule le poids du corps et les im­pacts au sol, il faut évi­dem­ment un pla­ce­ment pos­tu­ral ajus­té. De cette ma­nière, les muscles pro­fonds du corps, sangle ab­do­mi­nale cou­plée aux muscles érec­teurs du ra­chis, an­ti­cipent et ajustent la pos­ture. Il n’est donc pas né­ces­saire de for­cer sur les ab­dos ! C’est en les tra­vaillant en as­so­cia­tion avec la sangle pé­ri­néale, en exer­cice avec in­sta­bi­li­té (proprioception) et en sta­tique ( gai­nage) qu’ils don­ne­ront le meilleur. À condi­tion de tou­jours veiller à res­pi­rer dans le bon sens : lors d’une ex­pi­ra­tion, contrac­tez le pé­ri­née, qui fa­vo­rise la bas­cule ar­rière du bas­sin, et res­sen­tez le ser­rage ab­do­mi­nal, puis ins­pi­rez en re­lâ­chant le ventre. Dans ces condi­tions, le tra­vail se­ra aus­si ef­fi­cace que pro­tec­teur. En re­vanche, il faut ab­so­lu­ment ban­nir les crunchs (re­le­vés de buste les pieds coin­cés, par exemple) réa­li­sés à la chaîne et dans la dou­leur qui poussent tous les or­ganes du pe­tit bas­sin vers le bas, pé­ri­née com­pris. À ou­blier aus­si : la quête des ta­blettes de cho­co­lat. Une sangle ab­do­mi­nale en bé­ton n’est sur­tout pas l’ob­jec­tif pour­sui­vi, car lors de l’ex­pi­ra­tion, la mo­bi­li­té du dia­phragme ne peut plus se faire cor­rec­te­ment.

QUELS TRAI­TE­MENTS ?

Faute de pré­ven­tion ad hoc, après une gros­sesse chez la femme, l’ap­pa­ri­tion spon­ta­née d’une fuite, d’une pe­san­teur va­gi­nale ou suite à une opé­ra­tion de la pros­tate chez l’homme, il est in­dis­pen­sable de prendre en charge son pé­ri­née. En marge des conseils quo­ti­diens, c’est la clef pour conti­nuer à s’en­traî­ner avec plai­sir et per­for­mer l’es­prit lé­ger.

RÉ­ÉDU­CA­TION AVEC UN KI­NÉ

Elle consiste en une prise en charge glo­bale ba­sée sur un bi­lan com­plet, pos­tu­ral, périnéal... Même si elle fait ap­pel à l’élec­tro­sti­mu­la­tion et au bio­feed­back, il ne s’agit pas de res­ter al­lon­gé et d’at­tendre que tout se re­mette en place par ma­gie. Ba­sée sur un mi­ni­mum de dix séances, cette ré­édu­ca­tion spé­ci­fique exige de réa­li­ser ré­gu­liè­re­ment des exer­cices chez soi. Une im­pli­ca­tion in­dis­pen­sable pour par­ve­nir à res­tau­rer les ca­pa­ci­tés ré­flexes du pé­ri­née. Dans le cas d’une opé­ra­tion de la pros­tate, qui af­fai­blit plus ou moins du­ra­ble­ment ces muscles, le tra­vail doit se faire avant et après l’in­ter­ven­tion.

MÉ­DI­CA­MENTS, MICROCHIRURGIE

Contre les fuites urinaires d’ef­fort, il n’existe pas de mé­di­ca­ment spé­ci­fique. En re­vanche, en cas d’hy­per­ac­ti­vi­té vé­si­cale (contrac­tion anar­chique de la ves­sie), des trai­te­ments de trois mois per­mettent sou­vent de so­lu­tion­ner le pro­blème. Les femmes (ex­clu­si­ve­ment) peuvent aus­si bé­né­fi­cier de deux types d’in­ter­ven­tions chi­rur­gi­cales : la pose de ban­de­lettes sous-uré­trales pour un sou­tien de l’urètre ou des in­jec­tions pé­ri-uré­trales de col­la­gène ou si­li­cone pour res­ser­rer (tem­po­rai­re­ment) le ca­nal uri­naire.

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