Red Bull 400

Gra­vir un trem­plin de saut à ski en cou­rant, il n’y avait que la marque au cé­lèbre tau­reau rouge pour ima­gi­ner un tel concept ! 400 mètres à par­cou­rir et 140 mètres de dé­ni­ve­lé po­si­tif, les cuisses et les pou­mons des cou­reurs s’en sou­vien­dront !

Jogging International - - Summaire - Clé­ment Excoffier, pho­tos Vincent Ly­ky

La pe­tite bête qui monte, qui monte...

Trop chaud. Les jambes qui brûlent. Le souffle court. Le goût du sang dans la bouche. Je re­lève la tête. Le pan­neau 200 mètres me toise. 200 mètres, une for­ma­li­té sur n’im­porte quelle course. Mais ce n’est pas n’im­porte quelle course. Je suis en train de gra­vir le grand trem­plin olym­pique de saut à ski de Cour­che­vel, en Sa­voie. Pour cette pre­mière édi­tion fran­çaise (il existe 13 autres épreuves de ce type à l’étran­ger), 720 doux dingues ont ré­pon­du pré­sent. De­puis 9 h 45, les vagues d’une qua­ran­taine de cou­reurs et cou­reuses s’en­chaînent avec le même but pour tous : at­teindre la pla­te­forme d’ar­ri­vée si­tuée 140 mètres plus haut, au bout des 400 mètres du trem­plin. Et Red Bull a beau don­ner des ailes comme le mar­tèle son cé­lèbre slo­gan, c’est bien à la force des cuisses qu’il faut ve­nir à bout de cette épreuve. Les mots de Thi­baut Baronian, fu­tur vain­queur, me re­viennent en tête : « Il va fal­loir dé­bran­cher le cer­veau et ac­cep­ter de se faire très mal ! »

36 DE­GRÉS… DE PENTE

Les mètres dé­filent plus len­te­ment que ja­mais sous mes pieds. La meilleure fa­çon de mar­cher, pa­raît-il, c’est de mettre un pied de­vant l’autre et de re­com­men­cer. Pliés en deux, mes com­pa­gnons de ga­lère du jour ap­pliquent la mé­thode. Car la pente est

telle qu’il faut avan­cer à quatre pattes, en s’agrip­pant comme on peut au fi­let qui qua­drille la pente. Je re­dresse la tête et aper­çois l’arche gon­flable qui sym­bo­lise les 100 der­niers mètres de course. Le re­cord du monde du 400 m sur piste du Sud-Afri­cain Wayde Van Nie­kerk (43 s 03) est sauf, tout comme ce­lui des trem­plins, dé­te­nu par le po­lo­nais To­mas Cel­ko, en 3 min 17 s ! Mon coeur bat la cha­made et mes pou­mons cherchent la moindre mo­lé­cule de di­oxy­gène dis­po­nible pour faire avan­cer la ma­chine. J’ai les cuisses en bé­ton et ma ca­dence, dé­jà peu éle­vée, ra­len­tit en­core… 40, 30, 15, 5, le spea­ker égrène les mètres res­tants. Sans doute les plus longs de ma vie de cou­reur. En­fin, la dé­li­vrance ! Je m’écroule sur la pla­te­forme d’ar­ri­vée, les yeux dans le vague, la bouche grande ou­verte, comme un pois­son rouge hors de son bo­cal. Les plus ra­pides ont bou­clé leur as­cen­sion en moins de quatre mi­nutes. Quant à moi, à trois se­condes près, je pas­sais en re­pê­chage !

DES EN­VIES DE RE­VANCHE

À peine le temps d’ad­mi­rer un peu la vue, per­ché à 140 mètres au-des­sus de Cour­che­vel, qu’il me faut dé­jà re­des­cendre. Et par les es­ca­liers qui bordent le trem­plin, s’il vous plaît, alors que le fu­ni­cu­laire voi­sin nous nargue. Une bonne ex­cuse pour s’ar­rê­ter toutes les dix marches et en­cou­ra­ger les concur­rents qui se suc­cèdent au gré des sé­ries. Avec pour cer­tains, dé­jà, l’en­vie d’y re­tour­ner. « Main­te­nant que j’ai com­pris le mode d’em­ploi, je re­mets ça l’an­née pro­chaine, avec un peu plus d’entraînement et un ob­jec­tif au chro­no ! » , me confie­ra un de mes com­pa­gnons de grim­pette du jour, mé­daille au­tour du cou et grand sou­rire aux lèvres.

En ar­ri­vant sur le trem­plin pour le sprint fi­nal (100 m), la piste passe de 30 m à seule­ment 2 m de large.

Red Bull donne des ailes mais coupe les jambes ! N'est-ce pas Clé­ment ?

La pente maxi­male, si­tuée sur la zone d'at­ter­ris­sage du K-120 ( le grand trem­plin), at­teint 36 de­grés.

De­puis sur le bord du trem­plin, les sup­por­ters ont pu en­cou­ra­ger les cou­reurs jus­qu'au bout.

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