Re­mi­sez les chaus­sures au pla­card !

Au bord de l’océan ou sur une pe­louse fraîche de ro­sée, l’été est in­dé­nia­ble­ment la pé­riode idéale pour tes­ter l’ex­pé­rience de la course sans chaus­sures. Le temps d’un mi­ni­foo­ting, re­lé­guez les bas­kets au pla­card et lais­sez-vous por­ter par un ins­tinct pri

Jogging International - - Entrainement - Ma­rie Pa­tu­rel, pho­tos Think­stock et DR

L ’ob­jec­tif de cet ar­ticle n’est pas de faire l’éloge du mi­ni­ma­lisme (même si vous êtes tout à fait sus­cep­tible d’avoir une vé­ri­table ré­vé­la­tion en ten­tant l’ex­pé­rience !), mais plu­tôt de vous in­vi­ter à pro­fi­ter de la pé­riode es­ti­vale pour oser vous af­fran­chir de vos chaus­sures, in­ter­ro­ger votre tech­nique de course et ti­tiller vos sen­sa­tions.

PIEDS NUS, OUI, MAIS PAS N’IM­PORTE OÙ…

Il y a fort à parier que la pre­mière fois que vous par­ti­rez cou­rir sans rien aux pieds, vous éprou­ve­rez une im­pres­sion sur­pre­nante. Il faut dire que nous ne mar­chons plus sans chaus­sures de­puis des gé­né­ra­tions et que notre épi­derme s’est, en toute lo­gique, adap­té : la corne que pos­sé­daient nos an­cêtres sur la plante des pieds n’ayant plus de rai­son d’être, c’est une peau plus fine qui l’a rem­pla­cée. Nos « pe­tons » sont donc beau­coup plus fra­giles et sen­sibles qu’au­tre­fois. Au­tant dire que vous n’al­lez pas vous mettre à cou­rir du jour au len­de­main sur des cailloux ou du bi­tume sur­chauf­fé ! Pour échap­per aux dou­leurs et cou­pures, choisissez un ter­rain sans risques. Fuyez les es­paces caillou­teux ou sus­cep­tibles d’être pol­lués (dé­chets,

mor­ceaux de verre…). Évi­tez les plages riches en co­quillages ou co­rail bri­sés. Les sur­faces les plus adap­tées à une pre­mière ex­pé­rience pieds nus sont l’herbe et le sable. Dans le pre­mier cas, plu­sieurs op­tions : un ter­rain de foot, la zone centrale d’un stade d’ath­lé­tisme, un parc en­ga­zon­né… Dans le se­cond, op­ter pour la par­tie d’une plage lé­chée par les vagues, plus stable, est pré­fé­rable.

… ET PAS TROP LONG­TEMPS !

Comme pour toute ac­ti­vi­té que l’on dé­bute, le maître mot est la pro­gres­si­vi­té. Ce n’est pas parce que vous avez l’ha­bi­tude de cou­rir une, deux ou cinq heures d’af­fi­lée que vous pou­vez vous lan­cer aus­si long­temps dans un foo­ting sans chaus­sures. Pour­quoi ? Car votre peau n’est pas ha­bi­tuée à être aus­si ex­po­sée, mais éga­le­ment parce que la course ba­re­foot a de mul­tiples consé­quences bio­mé­ca­niques. Com­men­cez par trot­ti­ner pieds nus quelques mi­nutes seule­ment (une di­zaine de mi­nutes peut suf­fi re le pre­mier jour, mais Blaise Du­bois, ex­pert ca­na­dien du mi­ni­ma­lisme, pré­co­nise de com­men­cer avec… une mi­nute !). Vous pour­rez aug­men­ter pe­tit à pe­tit la du­rée (quelques mi­nutes sup­plé­men­taires à chaque fois). Pour­quoi tant de pré­cau­tions ? Parce que cou­rir pieds nus bou­le­verse réel­le­ment la pos­ture et in­duit un stress mé­ca­nique in­édit pour votre corps. Au lieu d’être ab­sor­bés par la se­melle des bas­kets, les chocs et vi­bra­tions pro­vo­qués par chaque im­pact au sol sont di­rec­te­ment trans­mis aux os et ten­dons, pas fran­che­ment ha­bi­tués à ce genre de sol­li­ci­ta­tions.

EX­PÉ­RIENCE MUL­TI­SEN­SO­RIELLE

Pour pro­fi­ter plei­ne­ment de l’ex­pé­rience, cou­rez seul afin d’être ex­trê­me­ment at­ten­tif à vos sen­sa­tions. Con­cen­trez-vous sur tous vos sens : soyez at­ten­tifs à la tex­ture et la tem­pé­ra­ture du sol sous vos pieds, à la ma­nière dont ces der­niers se posent, à la contrac­tion de vos mol­lets et cuisses, à la po­si­tion de votre bas­sin… Bref, pas­sez toutes les par­ties de votre corps en re­vue et ob­ser­vez ce qui se passe.

TOUT EN DOU­CEUR

Dès les pre­miers pas, le si­lence est frap­pant : les pieds ne « tapent » plus le sol, car la force d’im­pact est consi­dé­ra­ble­ment ré­duite. L’at­taque se fait na­tu­rel­le­ment au ni­veau du mé­dio-pied ou de l’avant-pied. Le ta­lon n’est plus le point d’ap­pui pri­vi­lé­gié : n’étant plus pro­té­gé par une se­melle, il n’en­caisse plus l’im­pact (ce qui se­rait dou­lou­reux) qui est plu­tôt re­por­té vers l’avant. Le temps d’ap­pui au sol se voit rac­cour­ci et la puis­sance dé­ve­lop­pée à chaque pas est plus im­por­tante.

SEN­SA­TION DE LI­BER­TÉ IN­ÉDITE

La sen­sa­tion de li­ber­té et de lé­gè­re­té se ré­vèle fran­che­ment jouis­sive. Même si la plu­part des mo­dèles de chaus­sures pèsent au­jourd’hui moins de 300 g – ce qui peut sem­bler ri­di­cule au re­gard du poids de nos chaus­sures de ville –, le fait de se dé­bar­ras­ser de ce lest donne l’im­pres­sion d’être hy­per­lé­ger. De fait, l’ab­sence de poids aux pieds en­traîne une im­por­tante éco­no­mie d’éner­gie.

DES SOL­LI­CI­TA­TIONS MUS­CU­LAIRES RA­DI­CA­LE­MENT DIF­FÉ­RENTES

Parce que les ap­puis sont mo­di­fiés, le mol­let est beau­coup plus sol­li­ci­té. Par ailleurs, les fou­lées sont à la fois plus courtes (am­pli­tude ré­duite) plus fré­quentes (vé­lo­ci­té ac­crue). Le pied dans sa glo­ba­li­té s’épa­nouit : li­bé­rés du car­can de la chaus­sure, les or­teils jouent plei­ne­ment leur rôle. Quel que soit le ter­rain – mais en­core plus dans le sable, bien en­ten­du –, le pied et la che­ville tra­vaillent beau­coup afi n de se sta­bi­li­ser. Cou­rir pieds nus est donc un ex­cellent exer­cice de pro­prio­cep­tion. Ain­si, à condi­tion d’être réa­li­sée de ma­nière rai­son­nable, l’ex­pé­rience de la course pieds nus ne pour­ra vous pro­cu­rer que du bon­heur : nou­velles sen­sa­tions et sol­li­ci­ta­tions ten­di­no-mus­cu­laires, tech­nique de course dif­fé­rente, sen­ti­ment de li­ber­té ren­for­cé… Sans for­cé­ment tom­ber dans le mi­ni­ma­lisme, vous avez donc tout in­té­rêt à pro­fi­ter de l’été pour in­tro­duire cette pra­tique dans votre entraînement, par exemple en phase de ré­cu­pé­ra­tion, après une séance de frac­tion­né.

Vos mol­lets se sou­vien­dront de vos pre­mières ex­pé­riences de course pieds nus. Pas de pa­nique : les muscles vont ra­pi­de­ment s’adap­ter à cette nou­velle pra­tique !

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.