L’homme qui a ar­rê­té le temps

Ré­tro-run­ning

Jogging International - - Sommaire - J. Sor­del­lo, pho­to É. La­mu­gnière/ Pho­tos­sport.com

Rien ne pré­dis­po­sait le pe­tit Mar­co Ol­mo, is­su d’une fa­mille de fer­miers, à de­ve­nir une icône de l’ul­tra-trail. Il quitte les champs à 20 ans pour de­ve­nir chauf­feur rou­tier, puis ou­vrier dans une car­rière de ci­ment d’un pe­tit vil­lage du Pié­mont ita­lien. Il vient à la course à pied sur le tard, à 27 ans, « quand les autres se sont ar­rê­tés » , comme il aime le dire. Il goûte à la com­pé­ti­tion lors d’une course de vil­lage, où il fi­nit de peu avant le der­nier, et ne com­mence réel­le­ment à s’en­traî­ner qu’à 33 ans. Tra­vaillant de 6 h à 14 h, il court tous les après- mi­di pen­dant 1 h 30 à 2 h. Les courses de mon­tagne n’exis­tant pas, il par­ti­cipe aux courses sur route et pro­gresse dans les clas­se­ments, en aug­men­tant la dis­tance : « Je me rap­pelle d’une course sur route, en 1977, qui par­tait de 600 m d’al­ti­tude et ar­ri­vait à 1 600 m après plus de 40 km. Je crois que c’est une des pre­mières courses où je me suis bien clas­sé. »

DES PRE­MIERS SUC­CÈS À LA LÉ­GENDE

Si cer­tains sont nés avec une tête bien faite, lui se dit « né avec des pieds bien faits » , qui vont l’ame­ner à par­cou­rir le monde, en com­men­çant par le Ma­ra­thon des Sables 1996, sur le­quel il fi ni­ra troi­sième. Pour pré­pa­rer cette pre­mière, il court tous les jours au moins deux heures et jus­qu’à six heures lors des sor­ties longues, le tout avec un sac de cinq ki­los sur le dos un jour sur deux. Les courses s’en­chaînent, tout comme les voyages, les po­diums et les vic­toires. En un peu plus d’une dé­cen­nie, il étend son règne du dé­sert afri­cain aux mon­tagnes al­pines, en ga­gnant no­tam­ment le De­sert Ma­ra­thon (1998, 1999, 2000), la De­sert Cup ( 2000, 2001, 2002 et 2003), l’Ul­tra-Trail du Mont- Blanc ( 2006, 2007) ain­si que la Trans­gran­ca­na­ria (2008). 2007 fut sa meilleure an­née, avec des vic­toires sur l’UTMB, le Gran Trail Val­digne, la Via Ma­ren­ca, Le Porte di Pie­tra, le Cha­ber­ton Ma­ra­thon… Ses dif­fé­rents suc­cès, il ne les doit pas à des plans d’en­traî­ne­ment ( il n’en a ja­mais sui­vi) ou à un en­traî­neur ( hors de ques­tion qu’on lui dise ce qu’il a à faire). Il s’en­traîne de fa­çon simple mais ter­ri­ble­ment ef­fi­cace en se fiant à sa « pe­tite mu­sique in­terne » , cher­chant à dé­pen­ser le moins d’éner­gie pos­sible. Et avec une lo­gique tou­jours im­pla­cable : « Quand je pré­pare une course en mon­tagne, je fais plus de mon­tées et de des­cente. » Dif­fi­cile de faire plus simple… En termes d’équi­pe­ment, Mar­co Ol­mo est tout aus­si prag­ma­tique : il n’a ja­mais uti­li­sé de car­dio ou de GPS, court avec des chaus­sures de route, plus confor­tables à son sens, et opte pour des vê­te­ments lé­gers et fonc­tion­nels au dé­tri­ment, par­fois, de l’es­thé­tique, comme quand on le voit avec un col­lant long fuch­sia lors de l’UTMB. Lors­qu’il était au som­met, son hy­giène de vie était qua­si mo­na­cale. Et elle le reste en­core au­jourd’hui : « Je me lève à 6 heures, je cours pen­dant une ou deux heures. Pe­tite sieste et ran­don­née l’après-mi­di. Et le soir, je suis au lit à 21 heures. » Le trans­al­pin est éga­le­ment vé­gé­ta­rien de­puis plus de 30 ans, mais da­van­tage par phi­lo­so­phie que pour la per­for­mance. À bien­tôt 69 ans, Mar­co Ol­mo court tou­jours, même s’il s’aligne sur moins de courses. Et gagne en­core, comme lors de l’Ul­tra Bo­li­via Race 2016. Lui qui se com­pare « aux ani­maux qui ne s’ar­rêtent de cou­rir que quand ils meurent » , qui a par­cou­ru plus de 8 000 km en course dans le sable et fait plus de quatre fois le tour de la pla­nète run­nings aux pieds, a bel et bien ar­rê­té le temps…

En haut : Mar­co Ol­mo (àdroite) s’offre un sel­fie avec notre en­voyé spé­cial, Jé­rôme Sor­del­lo. Ci-des­sus : Entre 1998 et 2003, Mar­co Ol­mo (icien2014 sur­leMDS) a rem­por­té au moins une course par an dans le dé­sert…

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