Pas­sion an­tique

Dans l’An­ti­qui­té, la course à pied était bien plus qu’un sport et re­le­vait presque de l’art de vivre.

Jogging International - - Portfolio - Texte et photos Vio­laine Va­noyeke, pro­fes­seur de lit­té­ra­ture et de ci­vi­li­sa­tions an­ciennes

La course à pied fai­sait par­tie in­té­grante de la vie des An­ciens. Même au pentathle, in­ven­té, se­lon la lé­gende, par Ja­son, pro­gram­mé aux jeux Olym­piques dès 708 avant J.-C. et rem­por­té pour la pre­mière fois par Lam­pis de La­co­nie, la course à pied est, avec la lutte, l’épreuve prin­ci­pale, la plus com­men­tée et la plus po­pu­laire. On n’hé­si­tait pas à pa­rier sur les vain­queurs aux abords des stades. Le phi­lo­sophe Aris­tote écrit que les pentath­lètes sont les plus par­faits des cou­reurs, car leur en­traî­ne­ment, com­plé­té par les lan­cers du disque et du ja­ve­lot, ain­si que par le saut en lon­gueur, dé­ve­loppe leur puis­sance et leur en­du­rance, leur per­met­tant alors de par­ti­ci­per à des courses de dif­fé­rentes lon­gueurs. Se­lon la lon­gueur par­cou­rue, l’ath­lète contourne au bout de la piste une borne ( ter­ma) et re­vient vers la ligne de dé­part au­tant de fois que né­ces­saire. La course à pied était liée à la vic­toire, qu’elle soit sportive ou guer­rière, le mot grec ath­los, qui a don­né « ath­lète », si­gni­fiant « la guerre ». C’est ain­si que le ma­ra­thon trouve son ori­gine dans l’An­ti­qui­té, puis­qu’il fait ré­férence à la course du hé­raut Phi­lip­pi­dès qui court de Ma­ra­thon à Athènes, en 490 avant J.- C., pour y an­non­cer la vic­toire des Grecs sur les Perses. Il en se­rait mort, tout comme Eu­chi­das, par­ti cher­cher un feu pur à Delphes pour cé­lé­brer la vic­toire de Pla­tées en 479 avant J.- C. Ces hé­mé­ro­dromes – cou­reurs mes­sa­gers cou­rant pen­dant une jour­née –, qui s’en­traî­naient chaque jour, pou­vaient cou­vrir plus de 200 km. Le cour­sier d’Alexandre le Grand, Phi­lo­ni­dès est connu comme l’un des plus en­du­rants de l’histoire. « TU PASSERAS TON TEMPS LIBRE SUR LES PISTES » Des cen­taines de mil­liers de spec­ta­teurs se dé­pla­çaient de tous les pays du monde connu pour as­sis­ter aux épreuves de course à pied, in­con­tour­nables dans toutes les com­pé­ti­tions grecques et très at­ten­dues dans les quatre concours prin­ci­paux : les jeux Py­thiques de Delphes, les jeux Isth­miques de

Co­rinthe, les jeux Né­méens de Né­mée (Pé­lo­pon­nèse) et les jeux Olym­piques. Nom­breux étaient les phi­lo­sophes, comme Pla­ton, qui in­ci­taient les jeunes à cou­rir pour « se sen­tir mieux dans leur corps

et pour avoir une vie équi­li­brée » , un es­prit sain dans un corps sain. Dès 632 avant J.- C., des jeunes de 17 ans s’ins­cri­vaient aux épreuves olym­piques de course à pied. Ceux qu’on ap­pel­le­ra les « en­fants isth­miques et py­thiques » se pré­sen­taient au dé­part de la course du stade dès l’âge de 12 ans à Co­rinthe, à Delphes ou à Athènes lors des Pa­na­thé­nées. Dans Les Nuées, le poète Aris­to­phane ne consacre que très peu de vers aux arts, alors qu’il fait lon­gue­ment l’éloge de la course à pied : « Tu passeras ton temps libre sur les pistes, brillant d’huile, le teint frais, te ren­dant à l’Aca­dé­mie où tu cour­ras sous les oli­viers sa­crés… Si tu t’ap­pliques ain­si, tu au­ras le poi­trail so­lide, les joues claires, les épaules ro­bustes, la langue courte, les fesses mus­clées et le sexe pe­tit. Mais si tu restes loin des pistes, tu au­ras le teint ma­lade, la poi­trine étri­quée, les épaules af­fais­sées, la langue ac­tive, les fesses plates et le sexe long. »

À droite, l’en­trée des cou­reurs sur le stade d’Olym­pie avec, au mi­lieu, la ligne de dé­part des courses.

Après la course, les ath­lètes s’en­dui­saient avec le conte­nu des pots à huile. Le stri­gile, sorte de ra­cloir en fer, ser­vait en­suite à net­toyer le corps.

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