Course et yo­ga, duo ga­gnant

Mul­ti­forme, pra­ti­qué aus­si bien au som­met d’une mon­tagne que sous les néons d’une salle de fit­ness, le yo­ga, avant d’être une mode, est une tra­di­tion millénaire. Et une pra­tique qui n’a que des avan­tages pour le cou­reur.

Jogging International - - Sommaire - Ma­rie Pa­tu­rel, pho­tos Thinkstock

Le yo­ga, très peu pour vous. C’est une ac­ti­vi­té de vieux, sta­tique et so­po­ri­fique au pos­sible. Alors, les pos­tures du lo­tus ou de la ci­gogne, vous ne les ima­gi­nez même pas en rêve ! Pour­tant, à force de fu­re­ter sur les réseaux so­ciaux, vous consta­tez qu’une cer­taine fo­lie du yo­ga s’est em­pa­rée de la com­mu­nau­té des cou­reurs à pied. Tan­dis que cer­tains mul­ti­plient les sel­fies en po­si­tion de l’arbre au som­met d’une mon­tagne, d’autres aban­donnent tout pour par­tir en Inde avec l’es­poir d’en re­ve­nir prof de yo­ga. Pour­tant, les choses ne sont pas si simples…

UNE TRA­DI­TION MILLÉNAIRE

Acroyo­ga, Po­wer Yo­ga, Bi­kram… Les plus ré­centes mou­vances qui se disent is­sues du yo­ga pul­lulent, sou­vent créées aux États-Unis, vé­ri­table fief contem­po­rain de cet art millénaire. « Quand on parle de yo­ga sans autre pré­ci­sion, c’est un peu comme lorsque l’on parle d’athlétisme. L’athlétisme re­couvre une grande di­ver­si­té de dis­ci­plines, de la course aux lan­cers. Pour le yo­ga, c’est la même chose » , af­firme At­ma Singh, enseignant de Kun­da­li­ni Yo­ga. « Avant de dé­cou­vrir cet art de vivre à Ba­li, je croyais que le yo­ga était une ac­ti­vi­té de mé­mère » , s’amuse Ka­ryne Nguyen, pro­fes­seur de yo­ga ana­to­mique. Is­sue du Pa­kis­tan et de l’Inde, cette phi­lo­so­phie a été dé­cli­née en une mul­ti­pli­ci­té de mou­vances, des plus calmes aux plus dy­na­miques. « Le yo­ga est de­ve­nu une né­bu­leuse in­croyable dans la­quelle beau­coup de pra­tiques ont, à mes yeux, trop dé­vié des fon­de­ments an­ces­traux » , pour­suit Ka­ryne Nguyen. En théo­rie, tous les yo­gas de­vraient re­po­ser sur cinq pi­liers : la maî­trise du souffle (ou pra­naya­ma), les pos­tures (ou asa­nas), la re­laxa­tion, la mé­di­ta­tion et la nu­tri­tion. « Éton­nam­ment, en France, la di­men­sion ali­men­taire est ou­bliée, re­grette Ka­ryne. Le yo­ga cultive la bien­veillance en­vers tous les êtres vi­vant sur terre, donc il in­cite à de­ve­nir végétalien. Il in­vite à prendre conscience de ce que l’on mange, de la fa­çon dont on res­pire, de la ma­nière dont on se tient… En­suite, cha­cun est libre de faire ses propres choix. »

Ré­ponse au stress om­ni­pré­sent, vo­lon­té de re­nouer avec un cer­tain bien-être, moyen de s’ac­cor­der quelques ins­tants rien que pour soi ou en­core ou­til d’amé­lio­ra­tion des per­for­mances, le yo­ga est au­jourd’hui pa­ré de mul­tiples ver­tus et, d’ac­ti­vi­té de « mé­mé », il est de­ve­nu fran­che­ment ten­dance. Les tu­to­riels se mul­ti­plient sur le web, les cours et pro­fes­seurs foi­sonnent et même les édi­teurs s’en­gouffrent dans la brèche en pu­bliant des ou­vrages pra­tiques, comme le ré­cent Yo­ga pour run­ner (voir en­ca­dré). Néan­moins, le yo­ga ne sau­rait se li­mi­ter à une sé­rie d’exer­cices, telle une boîte à ou­tils qui se met­trait au ser­vice de la course à pied et en se­rait un simple com­plé­ment. Il s’af­firme avant tout comme une phi­lo­so­phie en­glo­bant non seule­ment le corps, mais aus­si le men­tal et un cer­tain rap­port au monde.

YO­GA ET COURSE, ANTINOMIQUES OU COM­PLÉ­MEN­TAIRES ?

Pour Ka­ryne Nguyen et At­ma Singh, il est évident que le yo­ga offre des tech­niques in­té­res­santes pour le spor­tif, à com­men­cer par la maî­trise de la res­pi­ra­tion. « On ré­ap­prend à res­pi­rer au cours des séances. On fait va­rier le souffle en fonc­tion des be­soins : re­lâche

ment, ré­cu­pé­ra­tion ac­tive, re­gain d’éner­gie… », pré­cise Ka­ryne. Une fois que l’on maî­trise les dif­fé­rents types de res­pi­ra­tion, il de­vient fa­cile de les uti­li­ser pen­dant la course, en fonc­tion de ses be­soins. Or, la res­pi­ra­tion est aus­si l’une des clefs pour contrô­ler ses émo­tions. Le cou­reur peut uti­li­ser un mode res­pi­ra­toire pour faire bais­ser le ni­veau de stress avant une course (sans pour au­tant tom­ber dans un état de

Le yo­ga ne sau­rait se li­mi­ter à une sé­rie d’exer­cices qui se met­trait au ser­vice de la course et en se­rait un simple com­plé­ment.

re­laxa­tion nui­sible à la per­for­mance), pour se dy­na­mi­ser sur une ligne de dé­part, pour aug­men­ter l’al­lure ou en­core pour mieux ré­cu­pé­rer après l’ef­fort. « Lors­qu’on court, on trouve pe­tit à pe­tit son rythme de croi­sière et une res­pi­ra­tion ré­gu­lière. Cette ré­gu­la­ri­té ap­porte une sta­bi­li­té men­tale, donc une cer­taine paix in­té­rieure, que l’on re­trouve en yo­ga » , es­time At­ma.

APAI­SE­MENT ET CONFIANCE

En ef­fet, le bien-être men­tal dé­cou­lant des asa­nas s’ex­plique par la du­rée de main­tien des pos­tures. « C’est da­van­tage le che­mi­ne­ment vers la pos­ture que la pos­ture elle-même qui im­porte, af­firme Ka­ryne. En yo­ga, on tra­vaille sur le res­sen­ti pro­fond, à la fois phy­sique et men­tal, et sur le re­cen­trage sur soi, qui ap­porte apai­se­ment et confiance. » Con­trai­re­ment aux éti­re­ments tra­di­tion­nels que pra­tiquent les spor­tifs, les asa­nas sont te­nues plu­sieurs mi­nutes. L’as­sou­plis­se­ment est ain­si beau­coup plus pro­fond et s’ac­com­pagne d’un lâ­cher-prise sal­va­teur. « Cette ap­proche est plus bien­veillante en­vers le corps que les éti­re­ments et on tra­vaille en même temps le gai­nage pro­fond,

ajoute Ka­ryne. La pos­ture ne va ja­mais jus­qu’à la dou­leur : elle est tou­jours un juste équi­libre entre confort et

in­con­fort… comme en sport ! » Pe­tit à pe­tit, on ac­cède à un état mé­di­ta­tif qui consiste à « lais­ser glis­ser les

pen­sées sans que l’on s’y agrippe » , in­dique At­ma. On re­la­ti­vise, on se dé­tache des sources de stress et de doute. On par­vient à être plei­ne­ment dans l’ins­tant pré­sent et à culti­ver le pré­cieux « ici et main­te­nant » prô­né par de nom­breux pré­pa­ra­teurs men­taux. À la clef : un men­tal plus fort, un plai­sir ac­cru et une op­ti­mi­sa­tion des per­for­mances. Quelle que soit la forme de yo­ga adop­tée, dès lors qu’elle res­pecte les cinq pi­liers fon­da­teurs, elle cultive une re­la­tion étroite entre le corps et l’es­prit. Une sym­biose qui est in­dé­nia­ble­ment le se­cret du plai­sir et de la per­for­mance en course à pied.

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