L’en­fance de l’art

Jogging International - - Sommaire -

La course, c’est le mou­ve­ment per­pé­tuel. Ce­lui de la fou­lée, mais aus­si ce­lui des gé­né­ra­tions. Cette re­lève qui ar­rive par vagues in­ces­santes et ras­su­rantes pour ceux qui, les an­nées s’ac­cu­mu­lant, doivent mettre le frein à main. Ou sont obli­gés de com­plè­te­ment tour­ner le dos à un sport qui leur a tant ap­por­té. Alors, c’est au tour des ga­mins d’en­chaî­ner les tours de piste, de dé­cou­vrir les joies et les dou­leurs du cross, de se confron­ter, un peu plus tard, à leur pre­mier 10 km, à leur pre­mière course na­ture. Ou, tout sim­ple­ment, de suivre leurs pa­rents pour un pre­mier foo­ting, qui en ap­pel­le­ra bien d’autres. Au­pa­ra­vant, ils avaient goû­té, avec fai­néan­tise, aux joies de la pous­sette de course. Ado pon­giste en­fer­mé dans sa salle une di­zaine d’heures par se­maine, voire plus si af­fi­ni­tés, j’ai long­temps dé­tes­té la course. Le cross du col­lège sur le­quel je m’ar­ran­geais pour ne faire qu’une boucle sur les trois pré­vues, ces séances de sport avec le tour de stade en mètre éta­lon ter­rible et in­trai­table, ce sport py­ro­mane in­cen­diant un peu plus mes pou­mons à chaque fou­lée… Alors, quand je lis le dos­sier consa­cré par Vé­ro­nique Bu­ry aux jeunes cou­reuses et cou­reurs (pages 44 à 48), je res­sens comme un étrange mé­lange d’ad­mi­ra­tion et de ja­lou­sie. Eux ont bien vite com­pris ce que j’au­rai mis des an­nées à sai­sir. Ils voient joie et li­ber­té là où je ne dis­cer­nais que tor­ture et dou­leur. Ma­tu­ri­té éton­nante face à un sport exi­geant. Mais ils ne se posent au­cune ques­tion. Partent par­fois comme des dé­ra­tés sur leur 1 500 m. Ils s’en moquent, pré­fèrent vo­ler quelques ins­tants sans trop ré­flé­chir, avant l’in­évi­table crash. Sou­ve­nir pré­cis des courses jeunes du ma­ra­thon de Sfax, en Tu­ni­sie, il y a quelques an­nées. Peu de vé­ri­tables chaus­sures de course sur la ligne de dé­part, quelques pieds nus et beau­coup de bas­kets de for­tune, une or­ga­ni­sa­tion dé­pas­sée par l’en­thou­siasme d’ap­pren­tis cou­reurs ne con­nais­sant pas vrai­ment la dé­fi­ni­tion du mot « pa­tience », le dé­part en­fin don­né, la vague qui sub­merge les rues de la mé­di­na. Spec­tacle fas­ci­nant du bon­heur simple de cou­rir sans contraintes, sans ar­rière-pen­sées, sans au­cune re­te­nue. Ce jour-là, ils avaient tout com­pris. Ce jour-là, j’ai tout com­pris…

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