IoT : les opé­ra­teurs jouent-ils la carte “Par­te­naires” ?

Les opé­ra­teurs té­lé­com sou­haitent tous dé­ve­lop­per des pro­jets d’en­tre­prise au­tour des ob­jets connec­tés. Comment s’y prennent-ils avec leur éco­sys­tème pour fa­vo­ri­ser l’éclo­sion et le dé­ploie­ment de so­lu­tions IoT ?

Journal des Télécoms - - DOSSIER - PIERRE MANGIN

Les en­jeux de l’IoT sont im­por­tants pour les opé­ra­teurs. Dans son plan stra­té­gique Es­sen­tiels2020, Orange a ins­crit un ob­jec­tif de 600M€ sur le mar­ché de l’In­ter­net des ob­jets d’ici à 2018. Mais comment réus­sir ? Chez Ob­je­nious (fi­liale de Bouygues Te­le­com), on re­con­naît avoir fait une er­reur au dé­but : « Nous avons cher­ché à pous­ser des spé­cia­listes de LoRa à réa­li­ser des cap­teurs. En réa­li­té, mieux vaut par­tir de cap­teurs qui fonc­tionnent dé­jà et y gref­fer de la connec­ti­vi­té LoRa », constate Sté­phane Al­laire, pré­sident d’Ob­je­nious. La mise au point des cap­teurs n’est pas une tâche fa­cile. D’où l’im­por­tance pour les opé­ra­teurs de bâ­tir un éco­sys­tème de spé­cia­listes. Ils se po­si­tionnent sur l’in­ter­opé­ra­bi­li­té des ser­vices et des pla­te­formes en co­opé­rant avec des pres­ta­taires ou amé­na­geurs

« Aux par­te­naires, no­tam­ment fa­bri­cants, dé­jà ma­tures dans leur do­maine - mo­né­tique, té­lé­sur­veillance, ho­ro­da­teurs, etc. - nous ap­por­tons des so­lu­tions de diag­nos­tic, de ges­tion de parc, des ou­tils de su­per­vi­sion et d’ad­mi­nis­tra­tion ». Ber­nar­do Ca­bre­ra, di­rec­teur de la di­vi­sion M2M, Bouygues Te­le­com

de dif­fé­rents do­maines : in­dus­trie, villes in­tel­li­gentes, au­to­mo­bile et trans­port…

PRiO­Ri­TÉ Au BOn FONC­TION­NE­MENT

Pour sou­te­nir son éco­sys­tème, OBS (Orange Bu­si­ness Ser­vices) a créé sur son cam­pus Orange Gar­dens un la­bo dé­dié à l’IoT : il teste des so­lu­tions ou des pro­to­types. L’op­tion stra­té­gique en fa­veur de la tech­no­lo­gie LoRa n’in­ter­dit pas de s’in­té­res­ser au stan­dard NBIoT (Nar­row band-In­ter­net of Things), sou­te­nu no­tam­ment par Hua­wei. L’opé­ra­teur his­to­rique ac­com­pagne éga­le­ment les dé­ve­lop­pe­ments au­tour du stan­dard LTE-M, qui tire par­ti de la 4G et de­main de la 5G.

De­puis mai 2015, avec plus d’une tren­taine de par­te­naires, OBS va­lide,

au­tour d’un pro­gramme pi­lote à Gre­noble, l’in­ter­opé­ra­bi­li­té entre cap­teurs de dif­fé­rents four­nis­seurs. Et dans le cadre de son offre de ser­vices Da­ta­ve­nue, le nou­veau ca­ta­logue « IoT De­vice » re­cense plus de 50 ob­jets tes­tés sur le ré­seau LoRa d’Orange. Les ob­jets sont cer­ti­fiés « LoRa Al­liance », ou « ré­seau Orange ba­sé sur la tech­no­lo­gie LoRa » ou « ré­seau Orange » (2G/3G/4G/ LTEM). La vé­ri­fi­ca­tion porte sur la confor­mi­té à la ré­gle­men­ta­tion, l’au­to­no­mie, la fia­bi­li­té (ré­sis­tance à l’eau, aux tem­pé­ra­tures...), le coût, la connec­ti­vi­té ou en­core la sé­cu­ri­té.

OBS pro­pose éga­le­ment un « guide du dé­ve­lop­peur d’ob­jets connec­tés LoRa » et un fo­rum des dé­ve­lop­peurs IoT.

BOuYGuES TE­LE­COM : OU­VER­TURE AGNOSTIQUE

Chez Bouygues Te­le­com, Ber­nar­do Ca­bre­ra, di­rec­teur de la di­vi­sion M2M, in­siste sur le po­si­tion­ne­ment de « fa­ci­li­ta­teur, tra­vaillant étroi­te­ment avec les fa­bri­cants, sans pous­ser une op­tion tech­no­lo­gique plu­tôt qu’une autre en ma­tière de connec­ti­vi­té ».

« Aux par­te­naires, no­tam­ment fa­bri­cants, dé­jà ma­tures dans leur do­maine - mo­né­tique, té­lé­sur­veillance, ho­ro­da­teurs, etc. - nous ap­por­tons des so­lu­tions de diag­nos­tic, de ges­tion de parc, des ou­tils de su­per­vi­sion et d’ad­mi­nis­tra­tion. Nous voyons deux ty­po­lo­gies d’ac­teurs : d’une part, les in­té­gra­teurs qui “pa­ckagent” dans un mé­tier par­ti­cu­lier et re­vendent à un tiers avec une so­lu­tion de connec­ti­vi­té dé­jà prête. Et d’autre part, les en­tre­prises uti­li­sa­trices, comme JCDe­caux, qui ont dé­jà iden­ti­fié leurs be­soins en ma­tière d’IoT (Vé­lib, pan­neaux d’af­fi­chage, ar­rêts de bus...) », ex­plique Ber­nar­do Ca­bre­ra.

Si l’en­tre­prise n’a pas iden­ti­fié de pres­ta­taires, le re­lais est pas­sé à la fi­liale Ob­je­nious qui peut four­nir ou­tils et so­lu­tions.

OB­jE­niOuS : PLu­SiEuRS FA­MILLES DE PAR­TE­NAIRES

Après un an et de­mi d’exis­tence, Ob­je­nious tra­vaille ré­gu­liè­re­ment avec une di­zaine de pres­ta­taires et re­ven­dique une cin­quan­taine de clients, grâce à une cou­ver­ture na­tio­nale qui comp­te­ra 4500 an­tennes LoRa à fin 2017. La so­cié­té contri­bue à près de 200 pla­te­formes IoT en France.

Sté­phane Al­laire, pré­sident d’Ob­je­nious, qua­li­fie son rôle de « fa­ci­li­ta­teur d’in­no­va­tion ». « En ap­por­tant les ou­tils adé­quats, nous pro­po­sons une pla­te­forme de ges­tion des ob­jets, qui op­ti­mise la col­lecte des in­for­ma­tions ».

En France, cet opé­ra­teur IoT re­cense 250 par­te­naires pos­sibles, « dont 40% dans les couches basses » (in­fra­struc­ture). Dans les « couches hautes » (ex­per­tise mé­tiers), Ob­je­nious s’ap­puie sur ses propres ex­perts pour faire des re­com­man­da­tions, en co­opé­ra­tion avec des spé­cia­listes comme Eve­ry Sens ou Si­len­ce­soft ou en­core Ener­gisme, Ru­bix, Smar­teo Wa­ter... « Cer­tains par­te­naires de­viennent des sortes de MVNO dans leur do­maine de ser­vices ». D’autres par­te­naires dé­tiennent des ob­jets connec­ta­bles­comme Te­ke­lec (bou­chons pour cuves) ou Sa­gem­com (gi­ro­scopes avec cap­teurs) : « Nous leur ap­por­tons la connec­ti­vi­té ». D’autres sont des spé­cia­listes de l’in­gé­nie­rie comme Se­tec. Et Ob­je­nious tra­vaille éga­le­ment avec les grands in­té­gra­teurs. Un 4ème pro­fil de par­te­naires se dé­ve­loppe : ceux qui ap­portent des briques d’in­fra­struc­ture cloud comme Ama­zon, Google ou Mi­cro­soft. Et au ni­veau in­ter­na­tio­nal (en “roa­ming”), Ob­je­nious s’in­ter­face avec 5 par­te­naires. En termes de mo­dèle éco­no­mique, la fi­liale de Bouygues Te­le­com vise le “win-win” (ga­gnant ga­gnant).

« Vis à vis de nos par­te­naires, nous four­nis­sons toute la so­lu­tion de ges­tion de la connec­ti­vi­té, de l’ac­ti­va­tion des liens jus­qu’à la ges­tion de la pla­te­forme. C’est notre ser­vice en mode Cloud: IoT Con­nect » Vincent Poul­bere, di­rec­teur mar­ke­ting et di­gi­tal de SFR Bu­si­ness

Avec cer­tains par­te­naires, comme Se­tec, un pour­cen­tage des re­cettes est per­çu (pour la connec­ti­vi­té).

SFR : PRiO­Ri­TÉ À LA CONNEC­TI­VI­TÉ ET À IOT PLACE

Chez SFR, le po­si­tion­ne­ment af­fi­ché est clai­re­ment ce­lui de la connec­ti­vi­té : « Vis-à-vis de nos par­te­naires, nous four­nis­sons toute la so­lu­tion de ges­tion de la connec­ti­vi­té, de l’ac­ti­va­tion des liens jus­qu’à la ges­tion de la pla­te­forme. C’est notre ser­vice en mode cloud : IoT Con­nect », ex­plique Vincent Poul­bere, di­rec­teur mar­ke­ting et di­gi­tal de SFR Bu­si­ness.

Cette connec­ti­vi­té ne se li­mite pas au choix stra­té­gique du ré­seau ra­dio na­tio­nal Sig­fox, concur­rent de la tech­no­lo­gie LoRa, mais in­clut des so­lu­tions en 2G, 3G, 4G et, à ve­nir, en 5G. On re­trouve aus­si la connec­ti­vi­té NB-IoT au­tour de Hua­wei et quelques grands comptes par­te­naires. À tous, SFR ouvre son hé­ber­ge­ment IoT Place qui s’ap­puie sur ses da­ta­cen­ters avec la pla­te­forme lo­gi­cielle ThingWorx (USA).

En dé­but d’an­née 2017, SFR a lan­cé de nou­veaux par­te­na­riats dans trois do­maines : ges­tion des équi­pe­ments (“as­set tra­cking”), ges­tion de flottes de vé­hi­cules (avec in­té­gra­tion dans le SI des en­tre­prises) et le se­cours ou as­sis­tance aux per­sonnes.

L’ob­jec­tif ici est ex­pli­cite : conce­voir des so­lu­tions pa­cka­gées avec des par­te­naires, no­tam­ment des in­té­gra­teurs. « Beau­coup d’en­tre­prises s’in­ter­rogent en­core sur l’in­dus­tria­li­sa­tion de telles so­lu­tions. Beau­coup de par­te­na­riats res­tent en­core à construire, no­tam­ment pour des so­lu­tions ver­ti­cales », conclut Vincent Poul­bere.

Un cap­teur connec­té d’Ob­je­nious

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