Smart Ci­ty : Du rêve à la réa­li­té, quel che­min pour y par­ve­nir ?

Journal des Télécoms - - VILLE INTELLIGENTE - Par Fran­çois Tes­se­raud, di­rec­teur tech­nique de Sys­te­mis

La smart ci­ty ou ville in­tel­li­gente consiste glo­ba­le­ment en l’op­ti­mi­sa­tion des coûts, de l’or­ga­ni­sa­tion, du bien-être des ha­bi­tants à tra­vers l’uti­li­sa­tion des nou­velles tech­no­lo­gies. En fi­li­grane de ce concept, ce qui va per­mettre d’in­ven­ter la smart ci­ty, ce sont les connexions entre ces ré­seaux, le croi­se­ment et l’ex­ploi­ta­tion des don­nées.

Pre­nons l’exemple des dé­mé­na­ge­ments. En France, 10% de la po­pu­la­tion dé­mé­nage chaque an­née. Soit 3 mil­lions de dé­mé­na­ge­ments par an. Pour une fa­mille avec 2 en­fants sco­la­ri­sés, un dé­mé­na­ge­ment, c’est des di­zaines de ser­vices dif­fé­rents à contac­ter pour ef­fec­tuer dif­fé­rentes dé­marches.

LA RÉA­LI­TÉ D’Au­jOuRD’HUI : DES DÉ­MARCHES RÉPÉTITIVES ET DES AC­CÈS MUL­TIPLES

La smart ci­ty de de­main : un por­tail et une au­then­ti­fi­ca­tion uniques et sûres, mais aus­si un par­tage de don­nées entre les dif­fé­rents ser­vices. Dans notre ville « nu­mé­rique », ce jeune couple ne per­dra pas de temps en dé­marches, dé­pla­ce­ments, files d’at­tente. Il ira di­rec­te­ment se connec­ter au por­tail de la ville pour s’y in­for­mer et y ef­fec­tuer en ligne toutes les dé­marches né­ces­saires à son in­té­gra­tion et celles des en­fants : il pour­ra ain­si les ins­crire à l’école, contrac­ter ou ré­si­lier leurs an­ciens abon­ne­ments, ef­fec­tuer ses dé­marches de chan­ge­ment d’adresse pour la carte grise, la Caisse d’Al­lo­ca­tions Fa­mi­liales, la Sé­cu­ri­té So­ciale, ou l’ac­cès à l’éner­gie.

Dans cette nou­velle ville nu­mé­rique, ces ins­crip­tions, et ré­ser­va­tions prennent en moyenne une ving­taine de mi­nutes. Toutes les don­nées pri­vées se­ront sto­ckées dans un es­pace per­son­nel dont le pro­prié­taire est l’uti­li­sa­teur. Il pour­ra les contrô­ler, les mo­di­fier ou les sup­pri­mer le cas échéant. Ces don­nées se­ront en­suite par­ta­gées par les dif­fé­rents ser­vices pri­vés ou pu­blics.

En­fin, les réelles condi­tions de suc­cès ré­sident dans l’in­ter­opé­ra­bi­li­té des don­nées, à sa­voir l’ac­cès et le par­tage de toutes les don­nées via des for­mats stan­dards. L’en­jeu consiste à rendre les don­nées dis­po­nibles dans un for­mat li­sible et ex­ploi­table par les ac­teurs.

Il va de soi que l’ac­cès aux in­for­ma­tions de cet es­pace de­vra être hau­te­ment sé­cu­ri­sé par un iden­ti­fiant unique et un mé­ca­nisme d’au­then­ti­fi­ca­tion fort, mais simple d’uti­li­sa­tion, et une sur­veillance stricte per­met­tant au pro­prié­taire de sa­voir qui ac­cède à ces don­nées. Mais ce­la ne s’ar­rête pas là. La ville nu­mé­rique, c’est aus­si un por­tail per­son­na­li­sable par l’uti­li­sa­teur.

Pour créer cet es­pace nu­mé­rique per­son­na­li­sé, l’élé­ment fé­dé­ra­teur est l’iden­ti­fiant unique. Ce der­nier doit per­mettre d’iden­ti­fier et d’au­then­ti­fier la per­sonne qui se connecte, de si­gner de fa­çon sûre et non ré­pu­diable les ins­crip­tions ou tout autre do­cu­ment ad­mi­nis­tra­tif im­po­sant la si­gna­ture de son dé­po­si­taire. Cet iden­ti­fiant avec ces com­po­santes sé­cu­ri­taires existent, il s’agit de la carte d’iden­ti­té nu­mé­rique conte­nant des élé­ments bio­mé­triques. Plu­sieurs pays, comme l’Es­to­nie, ont dé­jà mis en oeuvre ces mé­ca­nismes et l’uti­lisent pour ac­cé­der à de nom­breux ser­vices en ligne.

L’ad­mi­nis­tra­tion es­to­nienne pro­pose à ses ci­toyens une iden­ti­té nu­mé­rique unique pour toutes leurs dé­marches, ex­cep­tés le ma­riage, le di­vorce ou les prêts ban­caires. Cette iden­ti­té per­met de s’au­then­ti­fier sur les dif­fé­rents ser­vices, de si­gner des do­cu­ments ad­mi­nis­tra­tifs et des contrats ; d’ac­cé­der à des don­nées per­son­nelles comme celles de la san­té ou de la jus­tice. Afin d’as­su­rer la pro­tec­tion des don­nées de ses ha­bi­tants, l’Es­to­nie a mis en place un dis­po­si­tif ju­ri­dique ga­ran­tis­sant la pro­tec­tion des don­nées per­son­nelles. Mais pour que cet élé­ment soit fé­dé­ra­teur, il est né­ces­saire que l’en­semble des ser­vices en ligne puisse par­ta­ger, en toute sé­cu­ri­té, ces mé­ca­nismes et les don­nées no­mi­na­tives né­ces­saires.

unE PAS­SE­RELLE PER­SOn­nA­Li­SABLE POuR AC­CÉ­DER AuX SER­ViCES SOu­HAi­TÉS

La ville nu­mé­rique, c’est un en­semble de ser­vices pu­blics et pri­vés in­dé­pen­dants les uns des autres, uti­li­sant des mé­ca­nismes d’au­then­ti­fi­ca­tion spé­ci­fiques. Si cette in­dé­pen­dance est né­ces­saire et in­dis­pen­sable pour la pro­tec­tion de la vie pri­vée et pour la sé­cu­ri­té de l’en­semble, elle gé­nère une com­plexi­té pour créer cet es­pace per­son­na­li­sable et fonc­tion­nel­le­ment uni­fié.

Puisque nous ne pou­vons pas créer un sys­tème d’in­for­ma­tion uni­forme, il faut mettre un élé­ment per­met­tant de créer cette ho­mo­gé­néi­té. C’est le rôle du por­tail cap­tif. Ses fonc­tions doivent être mul­tiples. Tout d’abord, il as­sure les mé­ca­nismes d’au­then­ti­fi­ca­tion de l’uti­li­sa­teur pour ac­cé­der aux ser­vices de la « smart ci­ty ». Il doit pro­po­ser au tra­vers d’une bi­blio­thèque la liste des ser­vices dis­po­nibles et com­pa­tibles avec le por­tail, liste dans la­quelle l’uti­li­sa­teur choi­si­ra ses ser­vices utiles. Il per­met d’ac­cé­der aux don­nées no­mi­na­tives et pri­vées.

Pour que ce­la fonc­tionne, il faut rendre les ser­vices com­pa­tibles, c’est l’ob­jet de la bi­blio­thèque d’ap­pli­ca­tions. Si un ac­teur pu­blic ou pri­vé veut bé­né­fi­cier de ce por­tail, elle doit pro­po­ser un ser­vice com­pa­tible avec son fonc­tion­ne­ment. C’est le prin­cipe de tous les « apps store ». La « smart ci­ty » n’est pas un sys­tème d’in­for­ma­tion cen­tra­li­sé, mais un moyen d’ac­cès à de mul­tiples sys­tèmes d’in­for­ma­tion.

En ré­su­mé, la ville nu­mé­rique n’est pas un sys­tème cen­tra­li­sé re­grou­pant un cer­tain nombre de ser­vices, mais un en­semble de ser­vices in­dé­pen­dants les uns des autres fé­dé­rés au­tour d’un por­tail unique et per­son­na­li­sable par l’uti­li­sa­teur, ga­ran­tis­sant l’iden­ti­té de l’uti­li­sa­teur et per­met­tant d’ac­cé­der aux dif­fé­rents ser­vices quel que soit le moyen de con­nexion uti­li­sé.

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