L’offre “fibre” aux en­tre­prises pose tou­jours ques­tion

Où en est-on en France sur le dé­ploie­ment de la fibre op­tique ? Que pré­voit-on pour mieux ré­pondre aux be­soins des pe­tites en­tre­prises, sur­tout dans les zones moins fa­vo­ri­sées ? Si le pré­sident Em­ma­nuel Ma­cron a été ras­su­rant sur la pour­suite du plan THD

Journal des Télécoms - - DOSSIER - PIERRE MANGIN

L’ avan­ce­ment des ré­seaux sur fibre op­tique en France a plu­tôt bien pro­gres­sé ces deux der­nières an­nées. Il se­rait re­gret­table de s’ar­rê­ter au mi­lieu du gué. Di­verses so­lu­tions tech­niques existent, avec ou sans le FTTX. Mais cer­tains mo­dèles éco­no­miques, chez les opé­ra­teurs al­ter­na­tifs ou les RIP no­tam­ment, sont en­core fra­giles. Le pré­sident Em­ma­nuel Ma­cron, lors d’un ré­cent évé­ne­ment “high tech”, a confir­mé que le THD (Très haut dé­bit) res­tait une prio­ri­té, mais que toute la France ne se­rait pas « fi­brée » à 100% du jour au len­de­main. Cer­tains croient sa­voir que des so­lu­tions al­ter­na­tives pour­raient être pro­chai­ne­ment an­non­cées, suite à une com­mu­ni­ca­tion de l’Ar­cep, le 22 juin, sur l’ou­ver­ture en 2017 de la bande pas­sante des 3,5 GHz pour le « THD ra­dio et des ex­pé­ri­men­ta­tions de la 5G ». Ce­ci per­met­trait des ac­cès In­ter­net à très haut dé­bit sur le der­nier ki­lo­mètre, là où le FTTH n’est pas en­core dé­ployé. L’ARCHITECTURE FTTX EN QUES­TION Pour rap­pel, la France a choi­si l’op­tion “PON” (point - mul­ti­point) pour dé­ployer la fibre op­tique sur tout le ter­ri­toire - et non pas une architecture point à point. Avec cette der­nière, non re­te­nue, on tire de­puis le cen­tral au­tant de fibres qu’il y a d’abon­nés. Avec l’architecture PON, plus prag­ma­tique, on part de­puis le cen­tral, ty­pi­que­ment avec un en­semble de 720 fibres (OLT, op­ti­cal line ter­mi­nai­son), que l’on éclate en­suite à tra­vers des “split­ters”

de 144 fibres, vers des ODN (op­ti­cal dis­tri­bu­tion net­work) jus­qu’aux noeuds de dis­tri­bu­tion lo­caux (quar­tier, groupe d’im­meubles) - les ONU (op­ti­cal net­work units) : là viennent se connec­ter les fibres in­di­vi­duelles (ONT, op­ti­cal net­work ter­mi­nai­son), fibre ou adap­ta­teurs vers du câble non fibre (co­axial ou cuivre). Une même fibre ar­ri­vant du cen­tral sur un noeud ONT peut des­ser­vir plu­sieurs abon­nés (ty­pi­que­ment jus­qu’à 16, 32 ou 64) grâce à un cou­pleur de mul­ti­plexage.

RAT­TRA­PAGE FRAN­ÇAIS ET RÉGLEMENTATION Ces dif­fé­rentes dé­si­gna­tions ne sont pas neutres : sur elles s’est construite la réglementation. La France a mis un point d’hon­neur à sta­tuer sur les règles du jeu entre les opé­ra­teurs (par exemple sur les offres de co-in­ves­tis­se­ment ou sur le « point de mu­tua­li­sa­tion » confié à un « opé­ra­teur d’im­meuble », etc.). Ce qui ex­plique une grande par­tie du re­tard (re­la­tif, car le Royaume-Uni s’est ac­cro­ché au VDSL et l’Al­le­magne au câble co­axial…). Les pro­fes­sion­nels re­con­naissent que cette réglementation “fibre”, la­bo­rieu­se­ment fixée en dé­cembre 2010 par l’Ar­cep, a fi­na­le­ment per­mis de bien avan­cer, per­met­tant des mon­tages de co­fi­nan­ce­ments pu­blics-pri­vés, au­tour d’ac­teurs nou­veaux (dont les RIP), en s’in­quié­tant de leur pé­ren­ni­té éco­no­mique, en sou­te­nant les zones déshé­ri­tées, etc.

FIBRE MU­TUA­LI­SÉE OU DÉ­DIÉE, DÉ­Bit Ga­RaN­ti ou NoN… La fibre pré­sente le grand avan­tage de sup­por­ter plu­sieurs gi­ga­bits/s, en étant in­sen­sible aux rayon­ne­ments élec­tro­ma­gné­tiques, à la cor­ro­sion, etc., donc viable pour plu­sieurs dé­cen­nies – à condi­tion que les com­po­sants ac­tifs suivent. Il est clair que dans le cas d’une « fibre dé­diée » (en­tre­prise), le dé­bit mon­tant et des­cen­dant peut être ga­ran­ti. De même, les ser­vices de GTI ou GTR (ga­ran­tie de temps d’in­ter­ven­tion ou de ré­ta­blis­se­ment) ne s’ap­pliquent qu’aux offres “en­tre­prises” - et sont donc at­ten­dues pour le FTTE.

DÉ­BAT AU­TOUR DU DER­NIER KI­LO­MÈTRE

Le chan­tier est loin d’être ter­mi­né. La preuve ? Ce sont les dis­cus­sions sur le FTTE : quelle concur­rence, quels ser­vices ? Cer­tains opé­ra­teurs, dont Ce­leste, Axione, sont très in­quiets du main­tien pos­sible de mo­no­poles sur l’infrastructure FTTH « pu­blique ». Et quelles al­ter­na­tives : “mo­bile fixe”, voire sa­tel­lite ? « Le FTTH n’est pas adap­té à tous les be­soins », es­time Alain Gé­rar­din, di­rec­teur du Ca­bi­net

Con­jonc­tion Nu­mé­rique, conseiller à

l’Afutt. « Avec le FTTH, du fait de la mu­tua­li­sa­tion, une cen­taine de clients se par­tagent ty­pi­que­ment 2,5 Gbp/s équi­ta­ble­ment - sauf si de très gros uti­li­sa­teurs viennent per­tur­ber ce fra­gile équi­libre. C’est pour­quoi, vers les pro­fes­sion­nels, le FTTE va être mis en place ».

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