Ro­land Mon­tagne, “prin­ci­pal ana­lyst” à l’IDATE, di­rec­teur du Di­giWorld Ins­ti­tute (UK), ré­ca­pi­tule ici les atouts de la France et alerte sur les points de vi­gi­lance concer­nant le dé­ploie­ment de la fibre op­tique et l’offre très haut dé­bit.

Journal des Télécoms - - DOSSIER - PIERRE MANGIN

« Le prin­ci­pal chal­lenge en France est la concur­rence entre le cuivre et la fibre » « Une fois que le ré­seau neutre est construit, il faut at­ti­rer les of­freurs de ser­vices, il faut que le ré­seau soit uti­li­sé et do­té de ser­vices in­no­vants. Les grands opé­ra­teurs aus­si doivent s’y re­trou­ver ».

jDt : la France a-t-elle ef­fec­ti­ve­ment mar­qué des points ces trois ou quatre der­nières an­nées en ma­tière de dé­ploie­ment de la fibre ?

Ro­land Mon­tagne : Oui, le dy­na­misme de la France est in­dé­niable. La crois­sance, en nombre de foyers rac­cor­dables, est bien là. L’Es­pagne pré­sente la plus forte pro­gres­sion et la Rus­sie est le lea­der in­con­tes­té en vo­lume. La France est 3ème en vo­lume avec une crois­sance de +27% pour les foyers rac­cor­dables (et +32% en nombre d’abon­nés).

les rai­sons ?

La France a su se do­ter de la réglementation la plus fine, qui per­met à la fois une réelle concur­rence -avec, par exemple, la dis­tinc­tion entre im­meuble col­lec­tif et pa­villon ré­si­den­tiel - et une cer­taine mu­tua­li­sa­tion sur le der­nier ki­lo­mètre, évi­tant de dou­bler les in­fra­struc­tures ré­seau op­tique coû­teuses.

La France a mis du temps à peau­fi­ner sa réglementation sur la fibre, mais ces règles illus­trent au­jourd’hui une réelle preuve de bon sens. C’est as­sez rare ; car dans beau­coup d’autres pays, c’est le prag­ma­tisme qui compte : on lance et on cor­rige, on ajuste. Le ré­sul­tat est là : nous avons des ac­teurs qui dé­ploient, y com­pris sur les zones moyen­ne­ment denses. Et même Al­tice (Nu­mé­ri­cable - SFR) ré­clame une part plus large du gâ­teau face à Orange.

Il faut que le dé­ploie­ment conti­nue, dans un cadre maî­tri­sé et sta­bi­li­sé. Pour les zones très denses, il existe un plan de marche à 5 ans. Cer­tains ac­teurs dé­noncent un pos­sible écré­mage sur les rac­cor­de­ments de prises les plus fa­ciles - ce qui existe un peu par­tout ; pour la zone peu dense (col­lec­ti­vi­tés pu­bliques), le plan na­tio­nal Très Haut Dé­bit (THD) per­met aux col­lec­ti­vi­tés de choi­sir un consor­tium qui va opé­rer un ré­seau neutre, ou­vert aux of­freurs de ser­vices lo­caux ou na­tio­naux. C’est un mo­dèle stable. Dans les zones ru­rales, la bonne échelle, c’est le dé­par­te­ment. Mais cer­taines col­lec­ti­vi­tés, comme le Grand Est ont dé­ci­dé de s’unir afin de mieux pe­ser, avec un plus gros vo­lume.

la vente en gros du FttH, est-ce un vrai su­jet ?

Une fois que le ré­seau neutre est construit, il faut at­ti­rer les of­freurs de ser­vices, il faut que le ré­seau soit uti­li­sé et do­té de ser­vices in­no­vants. Les grands opé­ra­teurs aus­si doivent s’y re­trou­ver. Le sou­ci de l’Ar­cep était de par­ve­nir au bon prix, sans cas­ser le mar­ché, sans ré­duire la concur­rence. Il faut donc res­ter vi­gi­lant : l’ac­teur pu­blic ne doit pas in­ves­tir à fonds (pu­blics) per­dus. Il existe des mo­dèles de conces­sion per­met­tant au ré­seau d’être ac­tif et viable à long terme.

L’échelle géo­gra­phique est un élé­ment clé : plus l’ac­teur est pe­tit, plus il sou­haite que la marche à fran­chir ne soit pas haute. Mais il ne faut pas tom­ber dans le dum­ping. Il est pro­bable que le nou­veau gou­ver­ne­ment confir­me­ra ces avan­cées.

la France n’a-t-elle pas été cou­pée en deux (en trois en fait) ?

Oui, le pays a été cou­pé en deux. En mé­tro­pole,ona­dé­fi­ni­des­zones“AMII” où les opé­ra­teurs pri­vés dé­ploient et où le mo­dèle éco­no­mique est le plus fa­cile, car on une forte den­si­té de po­pu­la­tion et un pour­cen­tage im­por­tant de ré­si­dents dans des im­meubles col­lec­tifs. On compte 3400 com­munes sur ces zones “AMII”.

le nombre de foyers éli­gibles pro­gresse vite ; mais le nombre d’abon­ne­ments fi­naux n’est-il pas dé­ce­vant ?

Le prin­ci­pal chal­lenge en France est la concur­rence avec le cuivre et le “triple play” sur ADSL ; ce qui n’est pas le cas en Eu­rope de l’Est par exemple où le cuivre est de basse qua­li­té voire in­exis­tant. Les opé­ra­teurs doivent donc se mon­trer in­no­vants en France pour sé­duire les clients sur FTTH.

la France a-t-elle rat­tra­pé son re­tard par rap­port à d’autres pays eu­ro­péens ?

Le choix FTTH (Fi­ber to the Home) est ce­lui de la tech­no­lo­gie la plus chère, mais la plus sûre à long terme. Le VSDL s’ar­rête au coin de la rue. Nu­me­ri­cable avait choi­si d’ap­por­ter la fibre jus­qu’au pied des im­meubles et pro­lon­ger par du co­axial. Ce n’est pas très im­por­tant.

Le FTTH et le FTTB (Buil­ding), proches, consti­tuent la même fa­mille.

D’autre pays, comme le Royau­meU­ni ont mas­si­ve­ment re­te­nu le VDSL. En Al­le­magne, c’est aus­si le câble à cô­té du VDSL qui oc­cupe une large place. Pour des dé­bits de 100Mbp/s, ces pays sont au­jourd’hui en avance, car ce sont des tech­no­lo­gies plus fa­ciles et moins coû­teuses à dé­ployer. Mais en termes de ca­pa­ci­té à long terme et dans la course au Gi­ga­bit, la France est loin de­vant.

Nous avons deux ex­pli­ca­tions au re­tard fran­çais : d’une part, nous avons mis du temps à dé­fi­nir puis dé­ployer le cadre ré­gle­men­taire - qui s’avère être le bon. Et nous avons choi­si la bonne tech­no (le FTTH) : elle est plus dif­fi­cile à dé­ployer, mais les per­for­mances sont là pour les 50 ans à ve­nir, voire plus. PRO­POS RE­CUEILLIS PAR

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