L’iti­né­rance, un su­jet té­lé­com com­plexe pas tou­jours com­pris par les en­tre­prises

Journal des Télécoms - - TRIBUNES ITINÉRANCE -

A lors qu’est en­trée en vi­gueur, de­puis le 15 juin, la nou­velle réglementation Eu­ro­péenne sur l’iti­né­rance, il est fon­da­men­tal de re­ve­nir sur la per­cep­tion qu’en ont au­jourd’hui les en­tre­prises. Les im­pacts exacts sont loin d’être clairs et iden­tiques pour toutes les en­tre­prises. Et cette nou­velle réglementation ne règle qu’un pe­tit as­pect de la pro­blé­ma­tique.

L’ÉVO­LU­TION DES USAGES

L’iti­né­rance s’est lar­ge­ment ba­na­li­sée, à tra­vers de nom­breux usages dif­fé­rents, pour le meilleur comme pour le pire. For­faits « illi­mi­tés », connexions per­ma­nentes à des ré­seaux so­ciaux, consom­ma­tion de vi­déos… Les ha­bi­tudes ve­nues du mar­ché grand pu­blic entrent mas­si­ve­ment dans l’en­tre­prise et l’uti­li­sa­teur ne fait pas for­cé­ment at­ten­tion… L’en­tre­prise en paye sou­vent le prix fort.

LES ÉVO­LU­TIONS DES OFFRES DIS­PO­NIBLES POUR LES EN­TRE­PRISES

Les offres « illi­mi­tées », pour les­quelles il existe un fai­ruse au­quel suc­cèdent soit des frais sup­plé­men­taires, soit une li­mi­ta­tion de la bande pas­sante dis­po­nible, existent dé­jà de­puis quelques an­nées. Les opé­ra­teurs n’ont pas at­ten­du : ils ont an­ti­ci­pé pour faire évo­luer leur phi­lo­so­phie vers la pra­tique des frais sup­plé­men­taires. Pour les en­tre­prises, ce­la contri­bue à rendre le risque fi­nan­cier plus sen­sible. La mise en place des nou­velles règles eu­ro­péennes va en ce sens, sur­tout pour per­mettre un ef­fet mar­ke­ting du type « on vous ouvre la gra­tui­té à de

nou­veaux pays ». Les ap­pels « voix » vers l’in­ter­na­tio­nal (de­puis la France vers les pays Eu­ro­péens) ne sont pas concer­nés par ces évo­lu­tions ré­gle­men­taires et sont tou­jours su­jet à fac­tu­ra­tion. Sur le plan de la Da­ta, la nou­velle réglementation oblige à res­ter très vi­gi­lant car les risques de dé­pas­se­ment sont tou­jours pos­sibles. En­core des rai­sons de bien in­for­mer les uti­li­sa­teurs, pour que cha­cun com­prenne les li­mites de son for­fait.

QUELQUES RE­COM­MAN­DA­TIONS POUR LES COL­LA­BO­RA­TEURS D’UNE EN­TRE­PRISE

L’un des pre­miers faits à prendre en consi­dé­ra­tion est que les col­la­bo­ra­teurs qui voyagent peu sont plus prompts à ex­po­ser l’en­tre­prise à des frais d’iti­né­rance très éle­vés, car ils ne mo­di­fient pas leurs usages. Les sta­tis­tiques évoquent qu’un tiers des sur­coûts seule­ment pro­viennent tou­jours des mêmes uti­li­sa­teurs. Au­tre­ment dit, le su­jet ne concerne pas seule­ment les voya­geurs d’af­faires che­vron­nés. Les en­tre­prises peuvent pas­ser de nom­breuses re­com­man­da­tions et mettre en place des sys­tèmes pour maî­tri­ser les usages té­lé­coms à l’étran­ger. L’en­jeu prin­ci­pal est de trou­ver le bon équi­libre entre la li­ber­té que l’on peut lais­ser aux col­la­bo­ra­teurs et le contrôle.

leS SuR­CoûtS eNtRaÎNÉS SoNt-ilS au Fi­Nal Si iM­PoR­taNtS ?

Oui, il y a de nom­breux exemples de « bill shock » dont les mon­tants s’élèvent à des di­zaines de mil­liers d’eu­ros pour un seul col­la­bo­ra­teur. Mais au-de­là des mon­tants concer­nés, la ques­tion prio­ri­taire pour une en­tre­prise est celle de la trans­pa­rence et de la ca­pa­ci­té à pré­voir les va­ria­tions im­por­tantes que pro­voquent ces frais sup­plé­men­taires. Le pro­blème de­vient de plus en plus no­table parce que les vo­lumes et les usages se sont dé­mul­ti­pliés.

LE RÔLE DES DIRECTIONS DES SYS­TÈMES D’IN­FOR­MA­TION

Mal­heu­reu­se­ment, elles ne sont glo­ba­le­ment pas as­sez pré­pa­rées à ce­la. Les for­faits mis en place il y a dé­jà quelques an­nées, ne sont tout sim­ple­ment plus adap­tés aux nou­veaux usages de consom­ma­tion da­ta. Les DSI sont par ailleurs mal équi­pées pour dis­tin­guer les usages per­son­nels des usages pro­fes­sion­nels. Sans s’in­té­res­ser aux dé­tails des com­mu­ni­ca­tions, l’idée est de com­prendre la ré­par­ti­tion des « grands blocs » d’usage des col­la­bo­ra­teurs : est-ce qu’on est dans du 50/50 ou dans du 80% pour les usages per­son­nels ? La ca­pa­ci­té à être in­for­mé est es­sen­tielle pour pou­voir prendre les bonnes dé­ci­sions : ils en ont l’ha­bi­tude sur d’autres as­pects de leurs mé­tiers de DSI. Ce dé­faut d’in­for­ma­tion est de­ve­nu criant ces der­niers mois sur la par­tie des té­lé­coms.

IL S’AGIT DONC D’AL­LER PLUS LOIN QUE DE Seule­MeNt GÉ­ReR leS iM­PaCtS De l’iti­NÉ­RaNCe…

Les frais d’iti­né­rance sont sou­vent la par­tie la plus vi­sible du pro­blème, mais le fond du su­jet est bien la ca­pa­ci­té d’adap­ta­tion gé­né­rale de l’en­tre­prise aux nou­veaux usages té­lé­coms de ses col­la­bo­ra­teurs. Ces nou­veaux usages de mo­bi­li­tés ont aus­si des im­pacts bien réels au ni­veau na­tio­nal. En se pré­pa­rant à l’un, on se met en ordre de marche pour gé­rer l’autre.

« Les frais d’iti­né­rance sont sou­vent la par­tie la plus vi­sible du pro­blème, mais le fond du su­jet est bien la ca­pa­ci­té d’adap­ta­tion gé­né­rale de l’en­tre­prise aux nou­veaux usages té­lé­coms de ses col­la­bo­ra­teurs ».

Par Chris­tian

Cor, di­rec­teur as­so­cié de l’édi­teur fran­çais Saas­we­do

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