Pia­niste / chef d’or­chestre ex­plo­ra­teur mu­si­cal

Keyboards Recording - - REPORTAGES LES MÉTIERS DE LA MUSIQUE -

On ne pré­sente plus De­nis Ba­dault, an­cien di­rec­teur de l’ONJ. Sa car­rière de pia­niste / chef d’or­chestre ex­plore sans cesse de nou­veaux ho­ri­zons avec poé­sie et créa­ti­vi­té !

KR:Quelques mots sur les an­nées ONJ… De­nis Ba­dault : Ex­cel­lents mu­si­ciens, trois beaux CD, beau­coup de concerts dans toute l’Eu­rope, des condi­tions de tra­vail qua­si idéales avec, entre autres, un très per­for­mant bi­nôme ad­mi­nis­tra­teur – Jean-Ch­ris­tophe Bon­neau – et di­rec­teur mu­si­cal, moi-même. Un re­gret ? J’étais trop jeune ! Avec un peu trop de cer­ti­tudes et un goût fort pro­non­cé pour le « jar­din à la fran­çaise ». Tout ce­la manque un peu de… ronces ! … et au­jourd’hui ? L’évo­lu­tion de votre car­rière de pia­niste / chef d’or­chestre ?

J’ai tou­jours eu la chance d’avoir beau­coup de com­mandes pour grands or­chestres – de l’Har­mo­nie Mu­ni­ci­pale de Se­clin à l’Or­chestre Na­tio­nal de Mont­pel­lier. Du coup, je n’ai plus éprou­vé le be­soin d’avoir mon propre or­chestre. En tant que pia­niste, j’ai tou­jours eu la chance de jouer avec de mer­veilleux mu­si­ciens : trio avec Oli­vier Sens et Fran­çois Mer­ville, trois cla­viers avec An­dy Em­ler et Em­ma­nuel Bex, duo avec Oli­vier Sens et son lo­gi­ciel Usine, ré­si­dence avec les Per­cus­sions Cla­viers de Lyon. Je ne peux pas tous les nom­mer ici ! Le quar­tet H3B ?

Une de mes plus belles aven­tures mu­si­cales. Trois mu­si­ciens ex­cep­tion­nels : Tom Ar­thurs à la trom­pette, Ré­gis Hu­by au vio­lon et Sé­bas­tien Bois­seau à la contre­basse. Deux CD que j’adore ! Un beau « com­pa­gnon­nage » avec la Scène Na­tio­nale de Sète et quelques chouettes concerts en Eu­rope dont le der­nier au fes­ti­val Jazz­dor à Ber­lin en juin 2014. De­puis, plus rien parce qu’il au­rait fal­lu que je passe deux heures par jour au té­lé­phone pour ce­la, et en même temps écrire un nou­veau ré­per­toire – il faut tou­jours du neuf ! – puis en­re­gis­trer un nou­veau CD, et mon­ter et re­mon­ter des dos­siers de sub­ven­tions pour la com­pa­gnie que j’ai re­fu­sé de créer il y a dé­jà trente ans ! L’ex­pé­rience in­ti­miste et poé­tique de Mé­lo­di­tions…

Mé­lo­di­tions est une com­mande de l’as­so­cia­tion TMF – Tou­louse Mé­lo­die Fran­çaise – et de La Cave Poé­sie, mer­veilleux lieu de dif­fu­sion au coeur de Tou­louse. Leur idée sau­gre­nue était de de­man­der à Éric La­reine, chan­teur is­su du rock, et à moi-même, pia­niste is­su du jazz et de l’im­pro libre, d’in­ter­pré­ter à notre ma­nière les « tubes » de ce genre mu­si­cal ap­pe­lé « mé­lo­die fran­çaise ». Un pur ré­gal. Le disque sort très bien­tôt sur le la­bel Aba­lone. (Ac­cé­dez à plus d’in­fos en sui­vant le lien in­ter­net en fin d’ar­ticle.) Comment conci­lier en jazz la no­tion de per­pé­tuelle mou­vance et celle de trans­mis­sion ?

Ça ne concerne pas que le jazz ! Une in­ter­pré­ta­tion clas­sique est-elle fi­gée ? Com­pa­rez la ver­sion des Va­ria­tions Gold­berg de Glenn Gould avec celle d’Alexandre Tha­raud ! Et pour­tant c’est le même texte ! La mu­sique est un lan­gage qui ex­prime des émo­tions et des ré­flexions. On peut donc com­men­cer par trans­mettre les élé­ments du lan­gage et les moyens pour par­ve­nir à mieux s’ex­pri­mer de fa­çon sin­gu­lière. Il faut juste avoir conscience que dans l’ap­pren­tis­sage du lan­gage, il est presque im­pos­sible de TOUT trans­mettre car c’est in­fi­ni et en per­pé­tuelle évo­lu­tion. Il n’em­pêche ! On peut quand même à la fois par­ta­ger ses connais­sances avec l’étu­diant et lui don­ner quelques pistes pour qu’il crée lui-même ses propres élé­ments de vo­ca­bu­laire et trouve le che­min pour s’ex­pri­mer. Im­pro­vi­sa­tion et en­sei­gne­ment…

Bien sûr que l’im­pro­vi­sa­tion s’en­seigne ! On ap­prend à la fois à en­ri­chir son vo­ca­bu­laire per­son­nel – je suis plus libre pour m’ex­pri­mer avec 2 000 mots qu’avec 200 – et on en­ri­chit ses ca­pa­ci­tés de ré­ac­tion aux pro­po­si­tions mu­si­cales de l’autre. Mon voi­sin joue un Do mé­dium ma­gni­fique au vio­lon en va­leur longue avec un son très doux. Je suis au pia­no. Je joue quoi ?

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.