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Keyboards Recording - - ARTISTES RENCONTRE -

Tu sembles plus orien­tée vers l’in­for­ma­tique mu­si­cale et les cla­viers qu’en di­rec­tion des gui­tares comme pré­cé­dem­ment ? Ka­tel : C’est vrai, c’est un al­bum que j’ai com­plè­te­ment en­re­gis­tré et mixé moi-même. C’est un pro­jet de la gé­né­ra­tion « home-stu­dio amé­lio­ré » même si j’ai tou­jours réa­li­sé des pré­ma­quettes chez moi avec Lo­gic Pro, mais dans des formes plus « rock tra­di­tion­nel » avec de vraies bat­te­ries, une basse et des gui­tares élec­triques. C’est as­sez dif­fi­cile d’échap­per aux quelques jours en stu­dio pour cette forme de pro­duc­tion et même si c’est une joie par ailleurs, dans la mu­sique d’Élé­gie, je sais que j’au­rais été frus­trée de le faire de cette ma­nière-là et de ne pas pou­voir re­ve­nir des­sus. C’est vrai­ment un disque que j’ai en­re­gis­tré comme on écrit un livre ou on peint une toile, c’est-à-dire toute seule, en train de re­prendre chaque mot avec un casque et un or­di­na­teur. Le cô­té vi­suel, ac­ces­sible, dis­po­nible de l’in­for­ma­tique mu­si­cale donne une li­ber­té in­croyable pour un com­po­si­teur. Qu’est-ce qui t’a in­ci­tée à pas­ser en au­to­prod com­plète ?

Dans le pre­mier huit-titres que j’avais sor­ti ( Raides À La Ville – NdlR), j’avais dé­jà en­re­gis­tré tout ce qui était gui­tare/voix et choeurs, mis à part les mor­ceaux en groupe. Dans le deuxième ( De­co­rum), on a fait les prises de son dans des condi­tions de stu­dio avec Do­mi­nique Blanc-Fran­card, mais il y a avait dé­jà plein de titres avan­cés aux­quels je m’étais ha­bi­tuée. Au­jourd’hui, je crois que les in­gés-son et les mixeurs sont confron­tés de plus en plus à des com­po­si­teurs qui ont dé­jà beau­coup ar­ran­gé leurs mor­ceaux et qui leur de­mandent de re­faire la même chose « en mieux » et on ne sait pas vrai­ment ce que ça veut dire « en mieux » ! C’est ce qui s’est pas­sé pour moi pour ce troi­sième disque. Je m’étais vrai­ment ré­so­lue à tout en­re­gis­trer, par contre je consi­dé­rais que je n’étais pas quel­qu’un qui pou­vait mixer, que c’était un mé­tier, mais au fi­nal, n’étant pas sa­tis­faite car ce n’était pas ce que j’avais en tête et à force d’être à cô­té de l’in­gé-son en lui di­sant de mon­ter un bou­ton ou d’en bais­ser un autre, c’est lui-même qui a fi­ni par me dire : « Écoute, fran­che­ment, mixe-le toi-même ! ». J’ai pris cer­tai­ne­ment plus de temps qu’un « vrai » mixeur, mais en re­vanche j’avais une idée très pré­cise de ce que je vou­lais, tout sim­ple­ment parce que, dès l’en­re­gis­tre­ment à l’in­té­rieur d’un lo­gi­ciel, on est dé­jà en train de choi­sir les pa­no­ra­miques, les ef­fets, les EQ, et les ar­ran­ge­ments se construisent avec le mixage. On n’est plus du tout dans la dé­marche d’une ma­quette sui­vie d’ar­ran­ge­ments en groupe, puis de l’en­re­gis­tre­ment et de la mise à plat en vue du mixage. Dans la mu­sique que je fais, ça n’a pas de sens de pro­cé­der de cette ma­nière et j’ai donc réa­li­sé l’al­bum en­tiè­re­ment en home-stu­dio, hor­mis quelques prises de pia­no acous­tique en stu­dio, et en­core, j’ai par­fois conser­vé les ver­sions VSTi, comme dans le titre « Échos » où j’ai fi­na­le­ment mis le Stein­way in­terne de Lo­gic avec sa ré­verb un peu « cheap », mais qui était re­lié en MI­DI à des Moog et ap­por­tait au fi­nal une plas­tique so­nore qui m’évo­quait quelque chose. Au­jourd’hui on peut se dé­mar­quer du but ini­tial des pre­mières mo­dé­li­sa­tions, qui était sim­ple­ment d’imi­ter les vrais ins­tru­ments. Tu es une in­con­di­tion­nelle de Lo­gic ?

Tout l’al­bum a été fait avec la ver­sion 9 du lo­gi­ciel. Par exemple je suis amou­reuse du faux son de trom­bone in­terne que j’uti­lise de­puis mon pre­mier disque. J’ai un peu de mal de­puis que je suis pas­sée à Lo­gic Pro X, à cause en par­ti­cu­lier de l’in­ter­face gra­phique, car, si j’aime l’idée que le lo­gi­ciel doive res­ter ac­ces­sible pour un mu­si­cien, je trouve que vi­suel­le­ment il y a trop de gad­gets qui pol­luent l’écran sur cette ver­sion. Comment as-tu en­re­gis­tré tes voix ?

J’ai en­re­gis­tré toutes les par­ties vo­cales avec un Neu­mann U 87 re­lié à un pré­am­pli UAD 610 sans com­pres­sion, en conver­tis­sant le si­gnal dans une RME Fi­re­face 800, avec des écoutes Dy­nau­dio et un HD 25. Pour deux titres, j’ai fait aus­si ap­pel aux quatre chan­teuses qui sont sur scène avec moi et on est al­lées faire nos prises à l’in­té­rieur d’une pe­tite cha­pelle. Tu as tes­té les ému­la­tions de pré­amp des Apol­lo ?

Pour tout ce qui est pré­am­pli, som­ma­tion, ef­fet de bande et de­lay, je reste très « hard­ware ». Ce qui m’in­té­resse dans le nu­mé­rique, c’est le geste de com­po­si­teur, la fa­ci­li­té de re­ve­nir sur les dé­tails, comme les bat­te­ries par exemple que j’ai toutes écrites au track­pad. Pour les ef­fets, j’ap­pré­cie ceux qui ont une in­ven­ti­vi­té liée au di­gi­tal et qui ne se­raient pas réa­li­sables en ana­lo­gique, j’adore les Sound­toys en par­ti­cu­lier qui sont ty­piques du son bi­naire. Par contre, je ne crois pas aux imi­ta­tions vin­tage. Je pré­fère avoir des sons très clai­re­ment faux, mais qui ap­portent du nou­veau et, pour le reste, je me suis ache­té une vraie chambre d’écho ana­lo­gique avec son bruit de fond in­imi­table. Si tout le mixage a été fait en nu­mé­rique, une fois ter­mi­né je suis re­tour­née voir le mixeur Yann Ar­naud avec mon ré­sul­tat sous le bras, pour re­pas­ser dans un som­ma­teur ana­lo­gique et je me suis poin­tée avec mon Tas­cam à bande quart de pouce. Il m’a re­gar­dée bi­zarre, mais quand on a écou­té le pre­mier mix, ça l’a scot­ché. Ce qui est in­croyable, c’est à quel point le son se mé­lange vrai­ment, en gom­mant cette es­pèce de di­vi­sion qui peut res­ter entre les ca­naux nu­mé­riques du fait de l’ab­sence de « re­pisse ». Je n’uti­lise au­cun com­pres­seur sur les tranches, mais cette dy­na­mique na­tu­relle, la com­pres­sion phy­sique de la bande m’ont vrai­ment in­té­res­sée. Fi­na­le­ment, j’ai lais­sé le Tas­cam chez lui et j’ai ap­pris qu’il avait pas­sé tout le nou­veau Co­coon sur mon vieux ma­gné­to ! D’où pro­viennent tes sons de bat­te­rie et de cla­viers ?

Pour les cla­viers hors VSTi, j’ai le Mi­niB­rute d’Ar­tu­ria qui sonne su­per dans le grave et un vieux Ca­sio­tone MT-65 avec des sons très émou­vants. Pour les bat­te­ries, j’ai par­fois réuti­li­sé des samples de mon al­bum pré­cé­dent, comme la caisse claire, j’ai aus­si dé­cou­pé beau­coup de bouts dans l’au­dio et pas mal de per­cus pro­viennent de Ma­schine de NI, comme les Tim­pa­ni dans le titre « Cy­clones » qui a un cô­té mu­sique de film. Donc une fois de plus, je mé­lange des samples et des so­no­ri­tés qu’on pour­rait ju­ger « cheap », mais j’aime bien cette idée qu’il n’y a pas for­cé­ment un « gros son » ou un « vrai son » sur tout. C’est pour ça que j’ai ado­ré le tout der­nier al­bum de The Dø où ils prennent par­fois des so­no­ri­tés d’usine mais ce qui compte, c’est d’avoir une te­nue es­thé­tique, c’est d’avoir un son, peu im­porte le­quel. Quid du mas­te­ring ?

Le mas­te­ring a été fait par Chab ( An­toine Cha­bert – NdlR) qui est l’un des meilleurs ( Daft Punk, Fauve, Mios­sec, Saïan Su­pa Crew), mais, c’est pa­reil, je n’ai fi­na­le­ment gar­dé que cinq titres et les cinq autres, c’était un mas­te­ring com­plè­te­ment à l’ar­rache réa­li­sé par Yann, juste pour faire écou­ter et en fait, son pre­mier geste a été le bon, on a ra­jou­té seule­ment un peu de vo­lume. Le mas­te­ring pour moi reste un pro­ces­sus am­bi­gu, j’ai tou­jours pen­sé que c’était l’ar­naque du siècle ! Ce qui me gêne, c’est cette es­pèce de lis­sage, de sur­com­pres­sion et de sur-vo­lume. Les al­bums que j’aime peuvent s’écou­ter très fort parce qu’il y a de la dy­na­mique. Je me sou­viens d’un bar où ils avaient pas­sé la mu­sique des Who à fond avec une éner­gie dingue mais qui ne fai­sait pas mal aux oreilles et, juste après, The Hives qu’on ne peut pas soup­çon­ner d’être les cham­pions de la com­pres­sion, mais qui étaient in­au­dibles tel­le­ment le mas­te­ring écra­sait tout. Au­jourd’hui, il faut faire at­ten­tion, par exemple sur un « gui­tare/voix » où toutes les fré­quences sont rem­plies, le cer­veau a du mal à prendre du plai­sir quand il n’y a pas de vide, c’est un non-sens. C’est pour ce­la qu’en de­hors de la com­pres­sion, je ne fais pas non plus de sui­vi de vo­lume ou d’au­to­ma­tion. D’une ma­nière gé­né­rale, je ne fais au­cune com­pen­sa­tion dy­na­mique, juste mon tra­vail de chan­teuse. Fran­çois Bou­che­ry Élé­gie [La­bel At(h)ome / À l’Aphé­lie]

Live au Di­van du Monde (MaMA Fes­ti­val).

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