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Keyboards Recording - - VINTAGE -

t une autre étoile qui s’éteint… Après une an­née 2016 par­ti­cu­liè­re­ment cruelle (pour mé­moire, RIP Prince, Da­vid Bo­wie, George Martin, Pierre Bou­lez, Mau­rice White, Sha­ron Jones, Paul Kant­ner, Mi­chel Del­pech…), le dé­cès de Leonard Cohen, le 7 no­vembre der­nier, au­ra été à la fois le moins sur­pre­nant et l’un des plus mar­quants. Pas de vé­ri­table éton­ne­ment, en ef­fet, tant l’al­bum sor­ti par l’ar­tiste ca­na­dien une pe­tite quin­zaine de jours avant sa mort son­nait dé­jà comme un tes­ta­ment : You Want It Dar­ker, beau disque triste, s’ou­vrait avec les choeurs de la sy­na­gogue Shaar Has­ho­mayim et cette phrase dé­fi­ni­tive di­sant « I’m rea­dy, my Lord. » Prêt donc à quit­ter ce pla­teau de mi­sère et à re­joindre, no­tam­ment, Ma­rianne Ih­len, sa belle amie dé­cé­dée l’été der­nier, ins­pi­ra­trice de « So Long Ma­rianne » (1967), amie qu’il se pro­met­tait de re­voir très bien­tôt dans une lettre de deuil ter­ri­ble­ment émou­vante.

Mar­quant, en­suite, tant Leonard Cohen, par sa tra­jec­toire, par son oeuvre, se ré­vèle un ar­tiste unique. Po­sons d’abord que sa dis­co­gra­phie, tous comptes faits, est des plus sobres : qua­torze al­bums stu­dio en presque un de­mi-siècle – même si com­pa­rai­son n’est pas rai­son : deux fois moins, au bas mot, qu’un Dy­lan. Ce qui rend son verbe rare, et d’au­tant plus pré­cieux. Car le verbe (psal­mo­dié, ré­ci­ta­tif), bien sûr, est au centre de l’oeuvre de Cohen ; comme de la Bible, ce­la dit en pas­sant.

La mu­sique – l’art for­mel de la mu­sique – pro­cède, elle, d’une autre dy­na­mique. Es­tam­pillé folk dès ses dé­buts (une voix grave, des chan­sons en mode mi­neur, une gui­tare non am­pli­fiée… que de­man­der de plus ?), ca­pable d’en­re­gis­trer une chan­son par­faite – tant sur la forme que sur le fond – avec des moyens éco­nomes (« Fa­mous Blue Rain­coat », en 1971, par exemple), le chan­teur/poète amorce, dans les an­nées 1980, après un pas­sage à vide, une mue ra­di­cale qui se tra­duit ul­ti­me­ment par l’al­bum I’m Your Man (1988). Un disque qui tient à la fois du chef-d’oeuvre et de l’ob­jet bi­zarre.

Mu­zak et pro­phé­tie

Plus pro­phète que ja­mais (« First We Take Man­hat­tan » pour lan­cer les hos­ti­li­tés), il s’ancre alors dans son époque, pour le meilleur… comme pour le moins convain­cant : on peut fol­le­ment ai­mer Cohen, et trou­ver qu’un titre comme « Jazz Po­lice » – du free funk ? – est à la li­mite de l’em­bar­ras­sant ; dif­fi­cile de trou­ver plus cheap en ma­tière de boîtes à rythmes et de sons de

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