L’oreille ab­so­lue, un don ou un han­di­cap ?

Keyboards Recording - - CRÉER -

L’oreille ab­so­lue fait par­tie de ces « ta­lents sur­na­tu­rels » dont se vantent cer­tains mu­si­ciens. L’ap­ti­tude à iden­ti­fier im­mé­dia­te­ment, sans ré­fé­rence de contrôle ex­té­rieure, une note ou un son pour­ra en ef­fet ap­por­ter à ce­lui qui en est « do­té » une pos­si­bi­li­té de contrô­ler la jus­tesse de son jeu à l’ins­tru­ment, lui per­mettre d’an­ti­ci­per men­ta­le­ment et ges­tuel­le­ment l’évo­lu­tion vers la note ou l’ac­cord, quand il s’agit, en plus, d’une ap­ti­tude har­mo­nique, ce qui lui évi­te­ra en prin­cipe de faire des « fausses notes », et il pour­ra aus­si com­prendre plus ai­sé­ment le dé­ve­lop­pe­ment mu­si­cal d’une oeuvre. On pour­rait ima­gi­ner que tout « bon » com­po­si­teur ou chef d’or­chestre doive être do­té de ce don, qu’il as­so­cie­ra à une mé­moire tim­brale lui per­met­tant de res­ti­tuer men­ta­le­ment les so­no­ri­tés des ins­tru­ments… On pour­rait aus­si sou­hai­ter qu’un in­gé­nieur du son « au top » en dis­pose, afin de pou­voir im­mé­dia­te­ment iden­ti­fier la fré­quence d’un « dé­part » de lar­sen en so­no­ri­sa­tion ! On ne sait pas trop bien, sur le plan neu­ro­lo­gique, ce qui fa­vo­rise l’oreille ab­so­lue na­tu­relle ou tra­vaillée et il semble qu’il ne faille pas at­tendre dans ce do­maine de fac­teur hé­ré­di­taire, dans un sens ou un autre ! Ce­pen­dant, il pour­rait s’agir d’une ca­pa­ci­té à ana­ly­ser plus fi­ne­ment la sol­li­ci­ta­tion des cel­lules de Cor­ti (or­gane de l’au­di­tion). Mais ce­la reste à vé­ri­fier ! D’au­tant que pour iden­ti­fier une note « ab­so­lu­ment », il faut avoir construit son édu­ca­tion mu­si­cale sur les sys­tèmes oc­ci­den­taux, qui sont les seuls à avoir adop­té d’une part une échelle mé­lo­dique à douze sons et d’autre part un diapason fixant une ré­fé­rence !

À bien y ré­flé­chir, il n’est pas cer­tain qu’il ne faille pas pré­fé­rer être « doué d’une bonne oreille re­la­tive » ! Celle-ci peut se tra­vailler sur des cri­tères mu­si­caux plus… co­hé­rents et moins sur­réa­listes, elle « n’han­di­ca­pe­ra » pas le spé­cia­liste de mu­sique ba­roque qui pré­fère uti­li­ser son diapason à 415 Hz plu­tôt que le mo­derne à 440 Hz, et en­fin ne trau­ma­ti­se­ra pas à vie les mu­si­ciens jouant des ins­tru­ments trans­po­si­teurs (saxo­phone, trom­pette, cla­ri­nette, cor…) pour qui la no­tion de ré­fé­rence par rap­port à un « La » est quelque chose de bien étran­ger… L’oreille re­la­tive se­ra en­traî­née pour re­con­naître des in­ter­valles… re­la­tifs et c’est, en gé­né­ral, très lar­ge­ment suf­fi­sant !

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