Sys­tème tem­pé­ré et… non !

Keyboards Recording - - CRÉER -

La construc­tion de l’échelle des notes a pas­sion­né les mu­si­ciens, mais aus­si les ma­thé­ma­ti­ciens de­puis la nuit des temps ! Si, de nos jours, nous dis­po­sons d’ap­pa­reils de me­sure ca­pables de nous in­di­quer la fré­quence d’un son au 1/1000e de hertz près, ce n’était pas le cas lorsque Py­tha­gore (entre autres) s’est pen­ché sur le su­jet, cinq siècles avant notre ère… La « me­sure » d’une note se fait alors en me­su­rant la taille du corps so­nore qui per­met de la pro­duire, par exemple, pour une corde, sa lon­gueur. On éva­lue en­suite le rap­port de lon­gueur entre deux cordes pro­dui­sant un in­ter­valle don­né pour en chif­frer la va­leur. Seul pro­blème, lors­qu’il pro­cède ain­si, Py­tha­gore ignore (ou né­glige, dans l’im­pos­si­bi­li­té de la me­su­rer !) que la rai­deur de la corde est une va­riable liée à sa lon­gueur et in­flue sur la fré­quence et, donc, sur la note pro­duite… Par consé­quent, les ré­sul­tats trou­vés sont faux ! C’est pour­tant à par­tir de ces tra­vaux que nous construi­rons nos sys­tèmes mu­si­caux mo­dernes. Tant que la mu­sique est prin­ci­pa­le­ment vo­cale, ça ne pose pas de vrais pro­blèmes, les chan­teurs com­pen­sant… « à l’oreille (!) » les faus­se­tés théo­riques. Mais lorsque ap­pa­raissent des ins­tru­ments à sons fixes, no­tam­ment l’orgue, ce­la de­vient plus com­pli­qué ! Il nous fau­dra plus de douze siècles pour qu’on fi­nisse par trou­ver une so­lu­tion aux pro­blèmes de… tem­pé­ra­ments in­égaux, en clair, au par­tage de l’oc­tave dans des pro­por­tions va­riables (nous y re­vien­drons dans des ren­dez-vous fu­turs !), qui pour­rissent la vie des com­po­si­teurs en leur in­ter­di­sant des mo­du­la­tions har­mo­niques : on adopte ain­si vers 1615 le tem­pé­ra­ment égal, qui par­tage l’oc­tave en douze de­mi-tons ma­thé­ma­ti­que­ment égaux per­met­tant une oc­tave tou­jours juste, au dé­tri­ment tou­te­fois de la va­leur de la quinte et de la quarte… On a donc alors « per­du » en sub­ti­li­té mé­lo­dique – nous sommes la seule ci­vi­li­sa­tion à avoir fait ce choix –, mais ga­gné en pos­si­bi­li­tés har­mo­niques ! L’évo­lu­tion de la mu­sique oc­ci­den­tale, entre le XVIIe siècle et nos jours, semble dé­mon­trer que cette op­tion n’était sans doute pas la plus mau­vaise… aux autres et ne dé­fi­nissent au­cune « va­leur ab­so­lue » d’un ni­veau so­nore ex­pri­mé en dé­ci­bels, par exemple ; ain­si, le pia­nis­si­mo d’une trom­pette por­te­ra tou­jours plus d’éner­gie que le for­tis­si­mo d’une flûte à bec ! De même, la no­tion de nuance dé­pend du groupe de mu­si­ciens qui in­ter­prète l’oeuvre : entre un qua­tuor de gui­tares clas­siques et une for­ma­tion sym­pho­nique, il est dif­fi­cile de dé­fi­nir la même échelle de ni­veaux so­nores ! Ce sont donc les évo­lu­tions de puis­sance dans le temps d’une ph­rase mu­si­cale qui in­di­que­ront quelle est, glo­ba­le­ment, la ten­dance… Les concep­teurs de la norme MI­DI ne s’y sont d’ailleurs, en leur temps, pas trom­pés, puis­qu’il n’y a pas de co­dage pré­cis de la va­leur des nuances ; tout au plus se borne-t-on à ca­li­brer un vo­lume de sor­tie et à « suivre » une in­for­ma­tion de cres­cen­do/de­cres­cen­do (qui in­dique la pro­gres­sion de ni­veau so­nore en aug­men­tant ou di­mi­nuant)… À no­ter pour fi­nir, d’ailleurs, le peu d’at­ten­tion ac­cor­dée pen­dant long­temps par les mu­si­ciens à ce su­jet et no­tam­ment à la no­tion de dy­na­mique (le rap­port entre le son le plus faible et le plus fort que peut jouer un ins­tru­ment).

Bonne mu­sique… Pa­trice Cre­veux

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