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Keyboards Recording - - VINTAGE -

n mot suf­fit ra­re­ment à dé­si­gner un homme, en­core moins à ré­su­mer la vie. Et pour­tant. L’his­toire ra­conte qu’il était in­di­qué, sur le pre­mier pas­se­port de Pierre Ba­rouh (1934-2016), à la case pro­fes­sion : « pro­me­neur ». Un mot simple comme bon­jour, au sens dé­fi­ni ain­si par le La­rousse en ligne : « Per­sonne qui aime à se pro­me­ner, qui se pro­mène, en gé­né­ral à pied, dans les rues, les bois, etc. » Le « etc. » a ici, bien sûr, son im­por­tance. Car tout Pierre Ba­rouh pour­rait bien se trou­ver dans ces trois lettres. « Etc. » : « et tout le reste. » « Les rues, les bois, et tout le reste du monde » au­rait ain­si pu com­plé­ter le fa­meux dic­tion­naire, dé­si­gnant cet étrange flâ­neur que fut Ba­rouh, ce sin­gu­lier créa­teur, drôle de pas­seur de flamme.

Un peu d’en­fance, d’abord. Mi­not de Le­val­lois-Per­ret, Pierre Ba­rouh est ven­déen d’adop­tion : du­rant la Se­conde Guerre mon­diale, Elie, pe­tit gar­çon juif ré­fu­gié à Mon­tour­nais, dans le Bo­cage – comme son frère et sa soeur –, de­vient Pierre. Ce­la n’a rien d’une anec­dote : sur cette pierre se construisent des sou­ve­nirs. De ces sou­ve­nirs, Ba­rouh ti­re­ra la ma­tière pour construire ses chan­sons les plus connues : « La Bi­cy­clette » (oui, celle de Mon­tand), « Des Ronds Dans L’eau ». Des mer­veilles. Mais c’est une autre ri­tour­nelle qui se­ra son sé­same, si­non vers la cé­lé­bri­té, du moins vers une vie sans pa­reille : « Un Homme Et Une Femme », le fa­meux « tube » du film du même nom, en 1966. « Cha­ba­da­ba­da », donc, et pour le jeune ar­tiste-co­mé­dien (il joue dans le film de Le­louch) l’ob­ten­tion d’une pre­mière re­con­nais­sance, dis­crète. Ac­com­pa­gnée de quelques sub­sides.

Hi­ge­lin, Fon­taine, Wi­len et les autres

Cer­tains en au­raient pro­fi­té pour flam­ber, lui pour­suit un bon­homme de che­min en­ta­mé pa­ral­lè­le­ment avec la créa­tion d’une mai­son d’édi­tion, Sa­ra­vah, qui existe tou­jours, et est de ce fait le plus vieux la­bel in­dé­pen­dant fran­çais. Le pas­seur de flamme se tient là : il aime la mu­sique, aime la faire dé­cou­vrir. Chan­son, jazz, bos­sa no­va – qu’il fait connaître en France –, mu­siques du monde avant la lettre… peu im­portent les genres. Pierre Ba­rouh n’ap­pré­cie vi­si­ble­ment pas les prés car­rés, ni les fron­tières. Il ac­com­pagne ain­si les dé­buts dis­co­gra­phiques de Jacques Hi­ge­lin et de Bri­gitte Fon­taine. Les dé­cou­vrant dans un spec­tacle ( Ma­man j’ai peur), il tombe sous le charme d’un mor­ceau : « Il y avait une chan­son ma­gni­fique, “Cet En­fant Que Je T’avais

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