Ar­tu­ria Ma­trixB­rute Au top !

Ar­tu­ria pour­suit sa lan­cée dans l'in­dus­trie des ins­tru­ments de mu­sique, avec le Ma­trixB­rute, vais­seau ami­ral de la marque, qui en­tend bien s'im­po­ser comme l'un des meilleurs syn­thé­ti­seurs mo­no / duals ac­tuels.

Keyboards Recording - - TESTS - par Mi­ka Stol­kien

Dès l’ar­ri­vée du Ma­trixB­rute dans les ma­ga­sins puis chez les nou­veaux uti­li­sa­teurs, l’avis a sem­blé una­nime : ce syn­thé­ti­seur hisse la qua­li­té et le design so­nore vers le haut. Le fait qu’il soit conçu par une so­cié­té fran­çaise nous ren­voie à la grande époque de RSF, où les syn­thé­ti­seurs hexa­go­naux ri­va­li­saient sans pro­blème avec les pro­duc­tions nip­pones et amé­ri­caines. Ar­tu­ria per­siste et signe avec ce syn­thé­ti­seur mo­no et duo­pho­nique, do­té d’une mo­du­la­tion ma­tri­cielle et d’un ar­pé­gia­teur/sé­quen­ceur ser­vis par une ma­trice 16 x 16 et une face avant com­plète et claire. L’in­cli­nai­son de la face avant est un clin d’oeil sans am­bi­guï­té au Mi­ni­moog, mais quitte à choi­sir une ré­fé­rence, au­tant prendre celle-ci !

Pre­mière ap­proche

Un cla­vier de 49 touches se­mi-les­tées avec vé­lo­ci­té et af­ter­touch sert le Ma­trixB­rute. La face avant, orien­table, est ex­pli­cite : nous sommes en pré­sence d’un « gros » syn­thé ! Pas moins de trois VCO (+ un VCO gé­né­ra­teur de bruit et un sub-os­cil­la­teur), nous y re­vien­drons plus loin. La part belle est quand même lais­sée aux deux prin­ci­paux VCO si­tués sur la gauche de la face avant. La sec­tion mixeur sé­pare les VCO de la sec­tion filtres. Plus bas, nous trouvons l’Au­dio Mod qui est sui­vi des ré­glages de mo­lettes et du mode Voice (Mo­no, Duo-Split, Pa­ra­pho­nic), deux LFO as­sez com­plets. Le cla­vier est com­plé­té par une pla­tine re­grou­pant, sur sa gauche, les tra­di­tion­nelles mo­lettes de pitch bend et de mo­du­la­tion, de la trans­po­si­tion d’oc­tave (bien pla­cée). Sur la par­tie droite, on trouve les ré­glages de jeu du cla­vier ( Glide…) et quatre po­ten­tio­mètres de ré­glage Ma­cro. En haut à gauche de la ma­trice im­po­sante, sont si­tués les ac­cès aux pré­sé­lec­tions ain­si que les trois en­ve­loppes (VCF, VCA et as­si­gnable) de type ADSR. L’as­pect le plus ori­gi­nal de cette face avant est sans contexte la ma­trice de mo­du­la­tion ( qui sert aus­si pour le sé­quen­ceur/ar­pé­gia­teur et la sé­lec­tion de pré­sé­lec­tion). Les 16 x 16 points, ma­té­ria­li­sés par des pe­tits switchs à led d’ac­ti­va­tion, sont sur­mon­tés de trois gros bou­tons de sé­lec­tion de mode (Pre­set, Seq, Mod), ain­si que d’un gros po­ten­tio­mètre de cou­pure de filtre. À sa droite, se si­tue un écran de rap­pel des nu­mé­ros (pour as­si­gna­tion libre des destinations de mo­du­la­tions) de pa­ra­mètres dont les ca­rac­tères nous pa­raissent d’em­blée as­sez pe­tits, mal­gré le prin­cipe de l’écran E Ink. En­fin, la par­tie droite de la face avant est dé­diée aux ré­glages de fine tune, vo­lume casque et vo­lume au­dio, des ef­fets ana­lo­giques in­té­grés et de la par­tie sé­quen­ceur (af­fi­chage du tem­po, com­mandes de trans­port, choix des pas de pro­gram­ma­tion, etc.). La face ar­rière (fi­gure 1) est as­sez sur­pre­nante, et riche de nom­breuses connexions pos­sibles. Outre les sor­ties sté­réo L/R, nous trouvons une prise pour in­ser­tion d’ef­fet ex­terne, douze CV/Gate, une en­trée pour ins­tru­ment ex­terne avec ré­glage de gain et sé­lec­teur de ni­veau (ligne ou ins­tru­ment) et un Au­dio Gate. Puis Ar­tu­ria a pen­sé à un Gate In/Out et une Syn­chro In/Out (pour boîtes à rythmes vin­tage) en mi­ni-jacks, trois prises pour pé­dales (deux d’ex­pres­sion et une sus­tain), un in­ter- rup­teur de pro­tec­tion mé­moire ( à l’an­cienne !), le MI­DI In/Out/Th­ru, une prise USB type B, un in­ter­rup­teur de mise en et hors ten­sion et en­fin la prise pour ali­men­ta­tion à trois broches ! On a ra­re­ment vu une face ar­rière aus­si com­plète et il faut sa­luer le tra­vail des équipes d’Ar­tu­ria dans ce do­maine, car c’est sou­vent un as­pect par trop né­gli­gé, et celle du Ma­trixB­rute pour­rait ser­vir d’exemple.

On a ra­re­ment vu une face ar­rière aus­si com­plète et il faut sa­luer le tra­vail des équipes d’Ar­tu­ria dans ce do­maine, car c’est sou­vent un as­pect par trop né­gli­gé, et celle du Ma­trixB­rute pour­rait ser­vir d’exemple.

Struc­ture de syn­thèse

Le Ma­trixB­rute est un syn­thé­ti­seur ana­lo­gique à com­mande nu­mé­rique. Ce­la im­plique que les ré­glages via les cur­seurs et autres po­ten­tio­mètres ne sont pas en re­la­tion di­recte avec la couche ana­lo­gique mais avec un circuit nu­mé­rique qui trans­met­tra… Avan­tage in­dé­niable, nous pro­fi­tons des bien­faits du nu­mé­rique (sta­bi­li­té, mémoires…). L’ar­chi­tec­ture est la sui­vante

(fi­gure 2) : les VCO passent à tra­vers le mixeur puis vers les filtres et en­fin les en­ve­loppes (as­so­ciées aux mo­dules). Les LFO (Mo­di­fier) viennent mo­du­ler le si­gnal, puis on se di­rige vers la par­tie Ana­log FX et le Mas­ter Vo­lume (et Tune). Chaque mo­dule peut se van­ter d’être au top et com­men­çons par les VCO. Les deux VCO prin­ci­paux sont iden­tiques à ce­ci près que le rou­tage per­met au VCO 1 de mo­du­ler le VCO 2 (de la FM). La syn­chro peut s’ef­fec­teur de VCO 2 vers VCO 1 (le VCO suit la hau­teur de note du VCO 2). Les formes d’onde gé­né­rées sont de type tri­angle, dent de scie et car­rée et elles sont mixables entre elles. Un gain de si­gnal est dis­po­nible et peut prendre trois formes : Ul­tra­saw, Pulse Width et Me­ta­li­zer. Un sub-os­cil­la­teur est pré­sent et sa course va d’une forme si­nu­soï­dale à une forme d’onde plus ac­cen­tuée (de type vi­bra­tion). Le VCO 3 s’avère être un mo­dule mul­ti­fonc­tion puis­qu’il peut être à la fois source, comme un VCO clas­sique, et mo­du­la­tion, comme un LFO. Il est com­plé­té par un gé­né­ra­teur de bruit as­sez com­plet puis­qu’il pro­pose bruit blanc, rose, rouge (plus grave que le bruit rose) et bleu (plus de hautes fré­quences et moins de basses) ! Les filtres sont à l’hon­neur avec deux types dis­tincts : Stei­ner Par­ker (VCF 1) et Lad­der (VCF 2). Cha­cun de ces filtres est pro­po­sé en mode Low Pass, Band Pass, High Pass et Notch (uni­que­ment sur le Stei­ner pour ce der­nier mode), 12 ou 24 dB/oct, via le pa­ra­mètre Slope. Les ré­glages pour les deux mo­dules sont iden­tiques, hor­mis le pa­ra­mètre de rou­tage pré­sent au ni­veau du filtre Stei­ner ain­si qu’un bou­ton ro­ta­tif de taille res­pec­table pour le Mas­ter Cu­toff qui concerne les deux filtres. Pour cha­cun de ces filtres, nous pou­vons uti­li­ser le drive (dis­tor­sion as­sez douce), le cu­toff, la ré­so­nance, le Brute Fac­tor, unique en son genre et cher à Ar­tu­ria, qui per­met de tordre lit­té­ra­le­ment les basses et agit en fonc­tion des autres ré­glages, l’Env 1 Amt et le Stei­ner Out ou Lad­der Out. Les deux LFO prin­ci­paux sont pour­vus de sept formes d’onde (si­nu­soï­dale, tri­an­gu­laire, car­rée, dent de scie in­ver­sée, dent de scie, Sample & Hold et fré­quence basse), d’un mode de syn­chro­ni­sa­tion au sé­quen­ceur, de deux bou­tons ro­ta­tifs pour la Phase et le Rate. En­fin, le mode Re­trig s’ap­plique se­lon trois po­si­tions : Off, Single, Mul­ti. Le mode sé­quen­ceur/ar­pé­gia­teur est très bien ser­vi par la ma­trice 16/16 qui trône sur cette belle face avant.

Cô­té pa­ra­mètres, on iden­ti­fie Step, Ac­cent, Slide (qui ren­voie au mode Glide et per­met de pas­ser d’une note à l’autre) et Mod qui per­met d’as­so­cier un pa­ra­mètre de mo­du­la­tion au pas en ques­tion. La com­mande de trans­port est meilleure que sur la pho­to du pro­duit qui cor­res­pond ma­ni­fes­te­ment à un pro­to­type, car on a bien des touches éclai­rées ( et non en gomme sans sé­ri­gra­phie) et par­fai­te­ment iden­ti­fiées. On peut se mou­voir en pas à pas dans la sé­quence à l’aide des deux touches de dé­pla­ce­ment prévues à cet ef­fet (en mode ar­pé­gia­teur, ces touches per­mettent de sé­lec­tion­ner les oc­taves, jus­qu’à trois oc­taves maxi­mum). Les pa­ra­mètres de Gate, Swing, Tap et Rate sont di­rec­te­ment ac­ces­sibles de­puis le mo­dule, tout comme les va­leurs de notes (1/4, 1/8, 1/16, 1/32 et note, trio­let et note poin­tée). Un der­nier mot pour évo­quer les ef­fets ana­lo­giques (se­lon le prin­cipe des Bu­cket Bri­gade De­vices) dis­po­nibles sur le Ma­trixB­rute, car, comme on le si­gnale ré­gu­liè­re­ment, les ef­fets peuvent po­ten­tiel­le­ment faire par­tie du sound design. Un Ste­reo De­lay, un Mo­no De­lay, un Cho­rus, un Flan­ger et une Re­verb com­plètent ce mo­dule. Pour ces ef­fets, que l’on sé­lec­tionne via le bou­ton Mode, on tra­vaille avec cinq po­ten­tio­mètres ro­ta­tifs : De­lay Time, Re­ge­ne­ra­tion, Tone/Rate, Width/Depth et Dry/Wet. On pour­ra même choi­sir ces pa­ra­mètres comme des­ti­na­tion de mo­du­la­tion.

Ma­trice de mo­du­la­tion

La part du lion (fi­gure 3) di­rait-on ! Cette ma­trice est à vo­ca­tion mul­tiple (mo­du­la­tion ma­tri­cielle, sé­quen­ceur/ar­pé­gia­teur, pre­sets…). Quelle que soit l’uti­li­sa­tion qu’on en fe­ra, cette ma­trice va ra­pi­de­ment re­pré­sen­ter le pas­sage in­con­tour­nable du design so­nore et de sé­quence du Ma­trixB­rute. Au­tant s’ha­bi­tuer tout de suite à la fi­nesse des pe­tits switchs. Nous avons seize sources pos­sibles, li­sibles sur les lignes A à P. Les destinations s’af­fichent sur le pe­tit écran si­tué au-des­sus à droite de la ma­trice. Nous choi­sis­sons, pour les destinations 13 à 16, les pa­ra­mètres. Pour les destinations 1 à 12, celles-ci sont fixées d’avance sur la ma­trice et re­pé­rées en sé­ri­gra­phie.

En mode « on se la pète grave de­vant ce ta­bleau de bord ! »

C’est vrai que de­vant ce ta­bleau de bord digne d’un Mi­ni­moog XL (sans le patch) ou d’un Sch­midt, on se sent d’em­blée dans la cour des grands. Dès les pre­mières mi­nutes, on re­trouve les sen­sa­tions de nos es­sais lors de sa pré­sen­ta­tion au NAMM. Ce syn­thé­ti­seur haut de gamme ne dé­çoit pas l’uti­li­sa­teur, loin de là ! La na­vi­ga­tion est ai­sée, à condi­tion de sa­voir ce que l’on veut et de com­prendre la syn­thèse sous­trac­tive. Les pos­si­bi­li­tés sont as­sez éten­dues et il fau­dra, à notre avis, ra­pi­de­ment se dé­ta­cher des pre­sets (pas tous égaux en qua­li­té et ori­gi­na­li­té) et pous­ser le Ma­trixB­rute au bout de sa lo­gique (trois os­cil­la­teurs, des LFO per­for­mants, des filtres costauds, mo­du­la­tion ma­tri­cielle puis­sante…). Le fait de pou­voir jouer en mode Dual/Split ou Pa­ra­pho­nic, c’est-à-dire que chaque VCO four­nit une voix de po­ly­pho­nie (ce qui nous en fait trois), est vrai­ment pra­tique. Cette mise en oeuvre peut aus­si s’ex­pri­mer à tra­vers le sé­quen­ceur. Nous avons tes­té cette pos­si­bi­li­té suite à une as­tuce pro­po­sée par Yves Us­son lui-même (grand concep­teur de syn­thés et, signe des grands es­prits, d’une mo­des­tie et d’une dis­cré­tion qui forcent le res­pect). L’uti­li­sa­tion de la sec­tion mo­lettes et l’en­semble des ré­glages si­tués à proxi­mi­té per­met un jeu temps réel vi­vant et sans avoir re­cours à des acro­ba­ties ges­tuelles. Par contre, nous avons re­gret­té le temps né­ces­saire pour pas­ser d’un pro­gramme à un autre qui casse un peu l’ac­tion. De même, le pe­tit écran de rap­pel des nu­mé­ros de pa­ra­mètres uti­li­sés (de 13 à 16 pour la ma­trice) pour chaque pro­gramme nous a sem­blé peu li­sible. Un code cou­leur per­met de mieux se re­pé­rer dans notre ma­tri­çage et c’est bien pra­tique (comme les af­fi­chages en bleu lorsque le point de patch ne cor­res­pond pas à la sé­lec­tion en cours, etc.). En­fin, on peut do­ser la mo­du­la­tion (Mod Amount) en s’ai­dant des leds d’af­fi­chage (qui nous donnent par ailleurs le nu­mé­ro de pro­gramme). Là en­core, le sys­tème pro­po­sé est à la fois simple et plu­tôt ma­lin !

Un com­pé­ti­teur re­dou­table

Dire que nous avons été em­bal­lés par le Ma­trixB­rute pour­rait pas­ser aux yeux de cer­tains pour un aveu de fai­blesse. Il n’en est rien, si on n’aime pas, on l’écrit aus­si. Ce syn­thé­ti­seur est à la hau­teur de ce qui a été an­non­cé et re­pré­sente une suite as­sez lo­gique dans la gamme hard­ware d’Ar­tu­ria. Les bonnes idées dé­ve­lop­pées pré­cé­dem­ment prennent ici toute leur dimension. On pense évi­dem­ment au tra­vail sur les filtres et au fa­meux Brute Fac­tor. Au­de­là de la qua­li­té de la syn­thèse, nous avons ap­pré­cié la fa­ci­li­té d’uti­li­sa­tion et l’ap­proche par­ti­cu­liè­re­ment ins­tinc­tive pour l’uti­li­sa­teur. Bien sûr, çà et là quelques dé­tails ont pu nous cha­gri­ner, comme tous les cur­seurs des en­ve­loppes in­cli­nés sur la droite à la ré­cep­tion du ma­té­riel (at­ten­tion à ces com­po­sants qui semblent as­sez sen­sibles), le temps de la­tence entre deux pro­grammes, contre­di­sant les dé­mons­tra­tions bien fi­ce­lées qu’on voit sur le web… On no­te­ra aus­si cer­taines fonc­tions ac­ces­sibles uni­que­ment par com­bi­nai­son de touches dia­mé­tra­le­ment op­po­sées (mais ce­la ne concerne pas de fonc­tions im­por­tantes et ré­cur­rentes). Au fi­nal, après une di­zaine de jours d’uti­li­sa­tion, il est dif­fi­cile de prendre le Ma­trixB­rute en dé­faut et seul son prix peut re­pré­sen­ter un obs­tacle ou, pire, sa dis­po­ni­bi­li­té en quan­ti­té ré­duite pour­rait frei­ner son as­cen­sion. Di­sons sim­ple­ment que ce n’est pas un syn­thé­ti­seur de dé­bu­tant mais qu’il peut sa­tis­faire les plus dif­fi­ciles et seule la cou­leur so­nore, cri­tère ô com­bien sub­jec­tif, pour­rait dis­sua­der de s’y in­té­res­ser.

2 L’ar­chi­tec­ture du Ma­trixB­rute.

3 La ma­trice de mo­du­la­tion.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.