V3 & V7

Pa­rés pour le live

Keyboards Recording - - TESTS - par Pierre Em­ber­ger

sE Elec­tro­nics avait an­non­cé lors de l’AES 2016 à Los An­geles une nou­velle sé­rie dé­diée au live dont sont is­sus les V3 et V7. Le pre­mier est à di­rec­ti­vi­té car­dioïde, le se­cond hy­per­car­dioïde. Avant même d’ou­vrir la boîte qui ren­ferme cha­cun d’eux, nous com­pre­nons de suite qu’il s’agit de pro­duits de haute ma­nu­fac­ture do­tés, comme nous al­lons le voir, d’une tech­no­lo­gie pro­prié­taire.

Pour mé­moire, sE Elec­tro­nics s’était illus­tré au dé­but des an­nées 2000 avec une fa­bri­ca­tion an­glo-chi­noise de mi­cro­phones exem­plaire et sur­tout pro­po­sée dans une gamme de prix ré­vo­lu­tion­naire. C’est à ce mo­ment qu’est née la li­gnée des sE2200, Z3300, Z5600 et Ge­mi­ni, puis le T2 et la sé­rie X1, le tout pous­sé par notre dé­ni­cheur na­tio­nal : Fran­cis Man­din via Au­dio­land. Nous avions en­fin la pos­si­bi­li­té d’ap­pro­cher le ren­du so­nore des plus grandes marques sans de­voir y consa­crer un bud­get dé­me­su­ré. Il est vrai que sE Elec­tro­nics a contri­bué à ini­tier l’es­sor des home-stu­dios, concept qui n’a ces­sé de contraindre les construc­teurs à bais­ser leurs prix jus­qu’à l’ab­surde dans cer­tains cas. En 2017, sE Elec­tro­nics de­meure non seule­ment pré­sent dans le pay­sage au­dio pro, mais par­vient tou­jours à re­nou­ve­ler une qua­li­té de ma­nu­fac­ture sans re­proche et se lance même dans l’in­no­va­tion haute tech­no­lo­gie, comme en a té­moi­gné sa col­la­bo­ra­tion avec Rup­pert Neve qui a don­né le jour à trois mi­cro­phones haut de gamme : les RNR1, RN17 et le tout nou­veau mi­cro élec­tro­sta­tique à tube RNT. Le stu­dio a été le do­maine de pré­di­lec­tion du construc­teur, mais pas seule­ment, la scène aus­si. On se sou­vient du H1, mi­cro de scène à conden­sa­teur, qui avait mar­qué. Place main­te­nant aux V3 et V7.

Le V3, dur comme fer

La scène, c’est du ma­té­riel mis à rude épreuve : mon­tage, dé­mon­tage, ran­ge­ment, la tête grilla­gée du mi­cro en­dom­ma­gée voire en­fon­cée par les mul­tiples chutes et autres coups, mi­cro sou­vent vic­time d’un mau­vais en­tre­tien ou d’une ex­po­si­tion pro­lon­gée à l’hu­mi­di­té. sE Elec­tro­nics a ré­pon­du à ce constat en équi­pant le V3 d’un treillis mé­tal­lique ca­pable de ré­sis­ter aux bosses et à la cor­ro­sion. Il a com­plé­té le dis­po­si­tif par la fixa­tion d’un an­neau aux bords bi­seau­tés ve­nant en­cer­cler l’en­semble de la tête grilla­gée. C’est in­gé­nieux, car ce­lui-ci em­pê­che­ra le mi­cro de tour­ner sur lui-même une fois po­sé en hau­teur, du coup, moins de risques de chute à terre. Mais cet an­neau se­ra aus­si utile pour frei­ner la po­si­tion des mains du chan­teur au­tour de la tête ; nous par­lons des chan­teurs qui adorent man­ger le mi­cro en le te­nant des deux mains jus­qu’à obs­truer com­plè­te­ment le champ de la cap­sule, al­té­rant ain­si la cap­ta­tion. La cap­sule est dé­so­li­da­ri­sée du reste du dis­po­si­tif

(fi­gure 1), ce qui la rend im­per­méable aux mul­tiples ma­ni­pu­la­tions et ta­po­te­ments in­ter­ve­nant sur le corps du mi­cro, l’em­pê­chant aus­si de re­layer les ef­fets de rum­bling propres à la scène, pa­ra­sites dus à l’en­vi­ron­ne­ment élec­trique et aux pro­blèmes d’im­pé­dance et qui évo­luent dans les très basses fré­quences. Comme c’est le cas pour les mi­cros dy­na­miques de scène, un an­ti-pop in­terne, ici de cou­leur rouge, est pla­cé entre la cap­sule et la tête grilla­gée (sE Elec­tro­nics per­met de le rem­pla­cer par un an­ti-pop noir in­clus dans le pack). Il sert à fil­trer les plo­sives, par­ti­cu­liè­re­ment les « p », et tous bruits de la bouche in­dé­si­rables qui ont ten­dance à pol­luer la cap­ta­tion. Tech­ni­que­ment par­lant, son rôle est d’at­té­nuer le dé­pla­ce­ment d’air violent qui pro­voque une sur­pres­sion dans le dé­pla­ce­ment de la mem­brane, c’est l’en­jeu de tous les mi­cros de scène comme de stu­dio. Néan­moins, les mi­cros dy­na­miques, contrai­re­ment aux élec­tro­sta­tiques, ont ten­dance à les res­ti­tuer de ma­nière plus gros­sière. Pas de pa­nique, ce qu’on de­mande sur scène n’est pas la même chose qu’en stu­dio. Là, on re­cherche plu­tôt l’in­tel­li­gi­bi­li­té de la voix et qu’elle res­sorte du reste des ins­tru­ments, et non l’ul­tra pro­pre­té dans la cap­ta­tion. Le V3 ne fe­ra donc pas de mi­racle, à l’ins­tar de ses concur­rents, néan­moins il semble qu’il fasse un tra­vail tout à fait hon­nête pour ten­ter de maî­tri­ser ce pro­blème de plo­sives, c’est en tout cas ce que nous avons consta­té lors de nos tests. Tests qui ont dé­voi­lé un ren­du so­nore à la fois brillant, doux, et gen­ti­ment co­lo­ré comme si on avait uti­li­sé un pré­am­pli haut de gamme

La cap­sule est dé­so­li­da­ri­sée du reste du dis­po­si­tif, ce qui la rend im­per­méable aux ta­po­te­ments in­ter­ve­nant sur le corps du mi­cro, l’em­pê­chant aus­si de re­layer les ef­fets de rum­bling.

qui ap­porte clar­té et cou­leur is­sue d’une lampe. Mé­lange qu’on re­trouve ra­re­ment sur les mi­cros dy­na­miques, c’est un par­ti pris qui nous a plu. Du reste, quand on re­garde la courbe, on s’aper­çoit que le construc­teur a cher­ché à fa­vo­ri­ser les hauts­mé­diums à par­tir de 1 kHz jus­qu’aux ai­gus à 8 kHz. Bosse sur les hauts-mé­diums et sur­tout sur les ai­gus, c’est un grand clas­sique, voire un im­pé­ra­tif dans le monde du mi­cro­phone dé­dié au chant ! À no­ter que le V3 em­barque des trans­duc­teurs en néo­dyme et té­moigne d’une ex­cel­lente sen­si­bi­li­té. En­fin, la scène est un ter­ri­toire où les mi­cros captent fa­ci­le­ment les ins­tru­ments qui jouent à proxi­mi­té, la fa­meuse « re­pisse ». La di­rec­ti­vi­té du V3 est car­dioïde, si son champ de cap­ta­tion est bien plus ré­duit que ce­lui d’un mi­cro om­ni­di­rec­tion­nel, il cap­te­ra tout de même, tout comme ses concur­rents, un peu ce qui vient au­tour de la cap­sule. Sa di­rec­ti­vi­té n’est donc pas to­ta­le­ment fer­mée. Si c’est un pro­blème pour vous, il fau­dra vous di­ri­ger vers le V7.

Le V7, pour les contextes dif­fi­ciles

Le V7 pro­fite de la même qua­li­té de ma­nu­fac­ture et du même dis­po­si­tif consta­tés sur le V3. Ce qui change, c’est une tête grilla­gée plus large (fi­gure 2) mais ren­fer­mant un an­ti-pop iden­tique et sur­tout une bo­bine en alu­mi­nium à la tech­no­lo­gie pro­prié­taire : DMC7, donc propre à sE Elec­tro­nics, qui en­toure la cap­sule. Elle est bien sûr lo­gée entre la mem­brane et l’ai­mant, c’est le prin­cipe du mi­cro dy­na­mique. Alors pour­quoi se di­ri­ger vers le V7 ? Sa di­rec­ti­vi­té est hy­per­ca­dioïde, il s’adres­se­ra donc aux condi­tions dif­fi­ciles sur scène où le phé­no­mène de re­pisse entre les ins­tru­ments est im­por­tant, mais aus­si quand il faut ré­duire les risques de lar­sen, l’en­ne­mi n°1 que l’on com­bat sur scène, qu’elle soit grande ou pe­tite. Hy­per­car­dioïde si­gni­fie au­cune chance que la cap­sule capte en de­hors de son champ fa­cial. L’in­con­vé­nient, c’est que ce champ res­ser­ré force le chan­teur à gar­der sa bouche im­pé­ra­ti­ve­ment dans l’axe du mi­cro. S’il s’en écarte, alors le ni­veau so­nore de sa voix s’en voit très ré­duit. C’est contrai­gnant et nombre de chan­teurs ne maî­trisent pas du tout le rap­port de dis­tance entre leur bouche et la tête du mi­cro, et maî­trisent en­core moins la no­tion d’écart en la­té­ral entre leur bouche et la tête du mi­cro. Ce type de di­rec­ti­vi­té n’est pas non plus à pres­crire aux chan­teurs mu­si­ciens qui se pré­oc­cupent de voir ce qu’ils jouent sur leur ins­tru­ment tout en s’ef­for­çant de chan­ter en di­rec­tion de la cap­sule. C’est sou­vent un nu­mé­ro d’équi­li­briste. Cô­té ren­du, le V7 est plus me­su­ré dans les hauts-mé­diums et les ai­gus, même si à 3/4 kHz et à 10 kHz on constate une ac­cen­tua­tion de 1 à 2 dB. À cause de cette qua­si-li­néa­ri­té, il se­ra moins in­tel­li­gible sur scène que le V3, sur­tout quand le chan­teur est en­tou­ré de gui­tares élec­triques et d’élé­ments de bat­te­rie tels caisse claire, char­ley et cym­bales. En ré­su­mé, le V7 fait preuve d’in­no­va­tion tech­no­lo­gique pro­prié­taire et convien­dra sur­tout aux si­tua­tions dif­fi­ciles.

sE Elec­tro­nics fo­re­ver

Nous l’avons com­pris, sE Elec­tro­nics est là pour du­rer, car la voie qu’il a prise est en­tiè­re­ment tournée vers l’in­no­va­tion. Les V3 et V7 le dé­montrent plei­ne­ment, et c’est d’ailleurs la marque des plus grands. Ce n’est pas tout, le construc­teur, de­puis ses dé­buts, a tou­jours ap­por­té un soin à la fi­ni­tion ain­si qu’à l’as­pect glo­bal de ses pro­duits tou­jours beaux à re­gar­der. En stu­dio comme sur scène, ça compte dans un monde où le conte­nant a pris le des­sus sur le conte­nu.

Le V3 en ac­tion...

La cap­sule…

La tête du V7…

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