Ru­dy Van Gel­der

Cette lé­gende du son, dis­pa­rue l’an­née pas­sée, a pra­ti­qué dès le dé­part un mé­tier par­ti­cu­liè­re­ment ris­qué, l’en­re­gis­tre­ment live, et fait fi­gure de ré­fé­rence en ma­tière d’en­re­gis­tre­ment de pe­tites for­ma­tions jazz.

Keyboards Recording - - STORY - par Klaus Blas­quiz

V an Gel­der a pas­sé une grande par­tie de sa vie à en­re­gis­trer la crème des mu­si­ciens de jazz, de Miles Davis à John Col­trane, en pas­sant par The­lo­nious Monk, Can­non­ball Ad­der­ley, Gil Evans, Ray Charles, Stan Getz, Son­ny Rol­lins ou Jim­my Smith. La grande ma­jo­ri­té des en­re­gis­tre­ments qu’il réa­lise pour Blue Note, Pres­tige et Im­pulse l’ont été en live, dans son propre stu­dio, qui n’est autre que le sa­lon de la mai­son de ses pa­rents à Ha­cken­sack, dans le New Jer­sey. S’il en­re­gistre dé­jà des mu­si­ciens de jazz lo­caux, en amateur, alors qu’il of­fi­cie en­core comme op­to­mé­triste, ce n’est qu’en 1953, quand le saxo­pho­niste Gil Mel­lé le pré­sente à Al­bert Lion, le fon­da­teur du la­bel Blue Note, qu’il va consa­crer plus de son temps à sa vé­ri­table pas­sion. Son lien avec le la­bel ne va du­rer qu’une pe­tite quin­zaine d’an­nées, mais le son pré­cis, trans­pa­rent et néan­moins cha­leu­reux de l’in­gé­nieur du son y se­ra éter­nel­le­ment as­so­cié.

In­gé­nieur pro­fes­sion­nel

En 1959, il ar­rête dé­fi­ni­ti­ve­ment de pra­ti­quer son « mé­tier de jour » et dé­mé­nage son stu­dio du cô­té d’En­gle­wood Cliffs, tou­jours dans le New Jer­sey, où il de­meure jus­qu’à la fin de sa vie. Ce nou­veau lieu va de­ve­nir une vé­ri­table ca­thé­drale du jazz, où des cen­taines d’ar­tistes, par­mi les­quels Art Bla­key, Her­bie Han­cock, Ho­race Silver, Son­ny Rol­lins, Tom Jo­bim et George Ben­son, ont pro­duit leurs meilleures oeuvres en­re­gis­trées. Au dé­but des an­nées 70, il se re­trouve in­gé­nieur mai­son chez CTI, le la­bel de Creed Tay­lor, puis va tra­vailler pour une mul­ti­tude de pe­tits la­bels, à com­men­cer par Pres­tige, Sa­voy ou Verve. Il ne re­gar­de­ra ja­mais en ar­rière et ira tou­jours de l’avant, en pre­nant des risques, en ré­in­ven­tant per­pé­tuel­le­ment ses mé­thodes de prise, en fonc­tion no­tam­ment des avan­cées tech­niques et tech­no­lo­giques mais aus­si de la mu­sique qu’il au­ra à cap­ter. Il di­sait ain­si : «Mo­nob­jec­tif est­de­fai­re­son­ner­les­mu­si­ciens­com­meils­sou­hai­tent­qu’on­le­sen­tende» , point à la ligne. De­puis le dé­but des an­nées 50, il a en­re­gis­tré, mixé et mas­te­ri­sé plus de 2 100 al­bums, dont la somme in­croyable de 67 pour John Col­trane. Et le son, au fil des ans, en est de­meu­ré tout à fait re­con­nais­sable : lim­pide, in­tel­li­gent, en­ve­lop­pant, dy­na­mique et tou­jours vi­vant. On peut en ju­ger sur les al­bums que l’on a le droit de qua­li­fier de sé­mi­naux : BlueT­rain et ALo­veSu­preme (John Col­trane), Saxo­pho­neCo­los­sus (Son­ny Rol­lins),

Wor­kin’ (Miles Davis), PointOfDe­par­ture (An­drew Hill), RedC­lay (Fred­die Hub­bard) ou SoulS­ta­tion (Hank Mo­bley). Cette mu­sique est évi­dem­ment celle de pe­tits groupes, du trio au quin­tet, et de ce point de vue éga­le­ment Van Gel­der va éta­blir la ré­fé­rence so­nore. Le pla­ce­ment des mu­si­ciens et ce­lui des mi­cros, comme leur choix bien sûr : tout doit être éta­bli avant même que la pre­mière note soit jouée. Il dit

d’ailleurs :

«En­de­hors­de­sas­pects pro­pre­ment­mé­ca­niques,je­pré­fè­reles en­re­gis­tre­ments­quiof­fren­tune

sen­sa­tiond’es­pace.» Mais il ne s’est pas ar­rê­té à l’en­re­gis­tre­ment deux pistes en di­rect, une mé­thode qu’il ne consi­dère pas être for­cé­ment la meilleure pour le jazz, les mu­si­ciens ayant pris de nou­velles ha­bi­tudes de tra­vail, no­tam­ment avec le mul­ti­piste et la post­pro­duc­tion en nu­mé­rique.

Van Gel­der nu­mé­rique

Quand on lui de­mande quel im­pact les nou­velles tech­no­lo­gies ont pu avoir sur les en­re­gis­tre­ments jazz, il ré­pond qu’il consi­dère toutes ces nou­velles tech­niques comme bé­né­fiques. «J’ap­pré­cie­gran­de­ment­le­fait de­ne­plu­sa­voir­de­souf­fle­de­bande,d’avoi­run­taux­de­dis­tor­sion­très faible,sil’on­saits’yprendre,etu­ne­gran­de­fa­ci­li­téd’edi­ting(mixage, mon­tage,trai­te­ment).Lors­que­je­re­mas­te­ri­se­le­sen­re­gis­tre­mentsd’ori­gine pour­réé­di­tio­nenCD,je­suisà­mê­me­de­re­trou­ver­le­son­dont­jeme sou­viens,quand­les­pre­miè­re­sé­di­tion­senCD­ne­le­pro­cu­raient­pas for­cé­ment.» En 1999, Blue Note com­mence à ré­édi­ter en 24 bits l’es­sen­tiel des plus grands al­bums de Van Gel­der, tous ar­tistes confon­dus.

« John Col­trane - Ses­sion sept 1957 » : John Col­trane en ses­sion d’en­re­gis­tre­ment à Ha­cken­sack en sep­tembre 1957 pour l’al­bum BlueT­rain.

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