Le du­duk

La mu­sique n’a pas de fron­tières... les hommes de coeur le savent de­puis long­temps ! Mais connaît-on toutes les res­sources de ces ins­tru­ments plus loin­tains ? De nos jours, le pe­tit monde de « Pic­co­lo et Saxo » s’élar­git aux di­men­sions de la pla­nète et no

Keyboards Recording - - STORY - par Mi­chelle Da­vène

L e du­duk (ou dou­douk) est ori­gi­naire d’Ar­mé­nie dont il est l’ins­tru­ment em­blé­ma­tique. On le trouve éga­le­ment en Tur­quie (mey), en Géor­gie (du­du­ki), dans le mas­sif du Cau­case, en Azer­baïd­jan (ba­la­ban) : il suit en fait la route de la soie jus­qu’en Asie Cen­trale. De pe­tites dif­fé­rences or­ga­no­lo­giques lui confèrent sa spé­ci­fi­ci­té en fonc­tion de ses at­taches géo­gra­phiques. Le du­duk est un cou­sin proche du haut­bois. C’est un ins­tru­ment à vent à anche double, il est de perce cy­lin­drique et pos­sède dix trous : huit sur l’avant de l’ins­tru­ment et deux à l’ar­rière. La lu­the­rie contem­po­raine a ex­plo­ré la pos­si­bi­li­té d’extension de clés sup­plé­men­taires. Fa­bri­qué en os dans sa phase pri­mi­tive, il est en­suite taillé dans du bois d’abri­co­tier : qua­rante à cin­quante ans de ma­tu­ra­tion peuvent être né­ces­saires pour que ce bois soit en­fin digne de se prê­ter à la fac­ture de cet ins­tru­ment. On compte en moyenne trente ans d’ex­po­si­tion aux in­tem­pé­ries, puis dix ans de sé­chage en ate­lier. Son anche double est en ro­seau dur, ce qui lui confère cette plé­ni­tude de timbre. Une anche plus ferme en­gendre un spectre har­mo­nique plus riche, tan­dis qu’une anche plus souple se­ra fa­vo­rable à un timbre plus mat, avec moins de brillance. En 2005, le du­duk et sa mu­sique sont in­té­grés par l’UNES­CO au Pa­tri­moine Cultu­rel Im­ma­té­riel de l’Hu­ma­ni­té. Tech­nique et timbre C’est un ins­tru­ment dif­fi­cile à jouer : il de­mande une ex­cel­lente maî­trise tech­nique et sur­tout… de nom­breuses heures de pra­tique ! S’ajoute éga­le­ment la né­ces­si­té d’avoir une très bonne ca­pa­ci­té res­pi­ra­toire et des lèvres à toute épreuve. Son timbre est à la fois mé­dié­val et orien­tal, d’ailleurs il se jouait au­tre­fois avec des or­ne­ments, au sens mé­lis­ma­tique du terme. Ce timbre est riche, pro­fond, ve­lou­té et sub­til. C’est aus­si le haut­bois qui a la tes­si­ture la plus grave. Il existe un du­duk al­to et un du­duk basse. Il peut se jouer en duo : une mé­lo­die ac­com­pa­gnée d’une basse en bourdon sur la to­nique. On la nomme le « dam » en Ar­mé­nie. Am­biances et émo­tions hors pair Si le du­duk est à l’ori­gine un ins­tru­ment pra­ti­qué dans un contexte fes­tif, la mu­sique ci­né­ma­to­gra­phique, le jazz et les mu­siques ac­tuelles ont su sai­sir l’op­por­tu­ni­té de son ca­rac­tère tim­bral ex­cep­tion­nel, gé­né­ra­teur d’am­biances et d’émo­tions uniques. Le du­duk est en ef­fet un amou­reux du ci­né­ma et ré­ci­pro­que­ment ! De nom­breux com­po­si­teurs de mu­sique de film ont choi­si cet ins­tru­ment, tel Pe­ter Ga­briel (Ge­ne­sis) à titre de pré­cur­seur dans la BO de

La­der­niè­re­ten­ta­tion­duCh­rist de Mar­tin Scor­sese. Le mu­si­cien est le cé­lèbre Lé­von Mi­nas­sian, maître de l’art de cet ins­tru­ment (fi­gure 1). Nous ci­te­rons par­mi de nom­breux autres exemples Gla­dia­tor de Rid­ley Scott (mu­sique de Hans Zim­mer), Amen de Cos­ta-Ga­vras (mu­sique d’Ar­mand Amar), In­di­gènes de Ra­chid Bou­cha­reb (mu­sique d’Ar­mand Amar), Vu­du­ciel pré­sen­té par Yann Ar­thus-Ber­trand (mu­sique d’Ar­mand Amar), May­rig d’Hen­ri Verneuil (mu­sique de Jean-Claude Pe­tit). Par ailleurs, le mu­si­cien de jazz Di­dier Mal­herbe, dans Ha­douk Trio (fi­gure 2), ex­plore brillam­ment le re­gistre de cet ins­tru­ment, le groupe De­leya­man, avec le mu­si­cien Gé­rard Ma­di­lian, l’in­cor­pore dans le concept de la mu­sique al­ter­na­tive et du rock in­dé­pen­dant. Le long voyage du du­duk n’est pas en­core ar­ri­vé à son terme, comme le prouvent tous ces exemples riches d’aven­tures so­nores…

Ha­douk Trio 2

1 Lé­von Mi­nas­sian

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