Tech­niques de mix : Tips & Tricks, les ré­ver­bé­ra­tions (part 4)

Jus­qu'ici, nous nous sommes ef­for­cés de si­mu­ler des es­paces et des vo­lumes exis­tants… mais il y a bien des cas dans les­quels on sou­haite que la ré­verb se trans­forme en ef­fet à part en­tière. Il n'est alors plus ques­tion de vrai­sem­blance ou de na­tu­rel mais

Keyboards Recording - - SOMMAIRE - par Pierre Jac­quot

Le « re­verse pre­set » Évo­quons d’abord la re­verse stan­dard ; celle que tout le monde connaît ! Elle se dis­tingue sur­tout par le fait que le ha­lo gé­né­ré par le son di­rect est lu à l’envers ! À l’op­po­sé du com­por­te­ment d’un écho na­tu­rel qui s’éteint pro­gres­si­ve­ment, le son ajou­té croît en in­ten­si­té et s’in­ter­rompt sè­che­ment (fi­gure 1). Il va donc créer une traî­née qui n’est pas ana­ly­sée comme un phé­no­mène acous­tique mais comme un ef­fet de pure pro­duc­tion. Eh oui, par dé­fi­ni­tion, au­cune acous­tique, na­tu­relle ou non, ne pro­duit une telle si­gna­ture ! Cette en­ve­loppe re­tour­née pour­ra se com­pa­rer à ce que pro­dui­raient cer­taines « ga­ted verbs ». As­sez spec­ta­cu­laires sur des toms, caisses claires ou per­cus, ces ef­fets de­meurent mal­gré tout ap­pa­ren­tés à des es­paces (ar­ti­fi­ciels), même si leurs ré­sul­tats sonnent de ma­nière très ty­pée. At­ten­tion, dans cette fa­mille d’ef­fets, l’ajus­te­ment du tem­po est pri­mor­dial, car la du­rée est très ex­po­sée et par­fai­te­ment li­sible. Vous pou­vez com­pa­rer sa fonc­tion à ce que l’on re­cherche dans l’ou­ver­ture d’une char­ley. Trop long, l’ef­fet em­piè­te­rait sur les at­taques sui­vantes en brouillant l’écoute sans que l’on dis­tingue sa par­ti­cu­la­ri­té, alors que trop court, il ne rem­pli­rait pas sa fonc­tion et son ar­rêt sem­ble­rait in­con­gru ou boi­teux. Il est rare que l’on puisse em­ployer un tel trai­te­ment sur autre chose qu’une per­cus­sion. Ce sont en prin­cipe les toms et les caisses claires qui en bé­né­fi­cient. Cer­taines voix ont été tra­vaillées dans ce sens du­rant les 80’s. Ce­la reste très mar­qué et même da­té et vous ne pour­rez pas le faire sur un titre en­tier. Mal de tête ga­ran­ti !

La ré­verb re­tour­née

En re­vanche, sur cette même voix lead, il m’ar­rive de tra­vailler une vé­ri­table ré­verb in­ver­sée. En­re­gis­trée à par­tir du son « re­tour­né » (lu à l’envers) et ré­ta­blie dans son sens de lec­ture dans un deuxième temps. De fait, une fois re­mis dans le sens de la marche, le ré­sul­tat se re­trouve dans une étrange po­si­tion : il pré­cède le son dry, ori­gi­nal ! Il fa­brique donc une sorte d’as­pi­ra­tion et ajoute une en­ve­loppe très par­ti­cu­lière à une voix, mais aus­si à un so­lo de gui­tare ou de sax. Cet ef­fet est sans doute plus créa­tif qu’une simple re­verse d’usine, mais il reste éga­le­ment bien plus difficile à ma­ni­pu­ler (fi­gure 2). Au­tre­fois, lorsque les ma­gné­tos trô­naient en­core dans les stu­dios et que nous ex­pé­ri­men­tions ce type d’idées, il s'agis­sait d’un vé­ri­table tra­vail à temps plein ! Si le ré­sul­tat était no­va­teur et bluf­fant, sa mise en oeuvre n’était pas ano­dine puisque tout com­men­çait par un re­tour­ne­ment pré­cau­tion­neux de la grosse bande 2 pouces ! La nu­mé­ro­ta­tion ob­te­nue des pistes don­nait im­man­qua­ble­ment la mi­graine : la piste 1 de­ve­nait ain­si pro­vi­soi­re­ment la 24, la piste 2, la 23, etc. Une mau­vaise sé­lec­tion abou­tis­sait obli­ga­toi­re­ment à l’ef­fa­ce­ment d’un pas­sage qui bien sûr, a pos­te­rio­ri, s’avé­rait pri­mor­dial ! (L’heure des aveux a son­né : j’ai un jour ef­fa­cé quelques se­condes de la voix de re­frain d’un ar­tiste que vous connais­sez tous, sur un titre que vous avez tous en­ten­du ! La nuit d’après, je réa­li­sais une co­pie clan­des­tine du re­frain sui­vant dont je ré­in­tro­dui­sais les quelques se­condes man­quantes !) Lors d’une deuxième étape, il s’agis­sait d’en­re­gis­trer « en aveugle » une ré­ver­bé­ra­tion à par­tir de l’évé­ne­ment iso­lé. Une

fois le sens nor­mal de lec­ture re­trou­vé, il fal­lait alors consta­ter que l’al­go­rithme choi­si n’était pas tout à fait le bon ou… qu’il man­quait une de­mi-se­conde au ré­glage pour qu’il pro­duise l’ef­fet es­comp­té. Bref, l’ori­gi­na­li­té était au ren­dez-vous – nous étions as­sez peu à pra­ti­quer cette dis­ci­pline acro­ba­tique – mais à quel prix ! Comme c’est le cas pour beau­coup de ma­ni­pu­la­tions so­nores, la donne s’est sin­gu­liè­re­ment sim­pli­fiée avec l’ap­pa­ri­tion des sta­tions nu­mé­riques. Au­jourd’hui, nous pou­vons en­tendre le ré­sul­tat d’un re­tour­ne­ment so­nore qua­si ins­tan­ta­né­ment et il n’y a ja­mais très loin de l’idée à sa réa­li­sa­tion ! Il suf­fit de de­man­der à un Pro Tools de pro­ces­ser un échan­tillon en re­verse dans Au­dioSuite et il suf­fit de cli­quer sur « In­ver­ser » pour qu’il soit ins­tan­ta­né­ment lu à l’envers dans Sam­pli­tude.

At­ten­tion, là aus­si, il faut être très pré­cis sur le ca­lage ryth­mique, ain­si que sur le ni­veau du trai­te­ment, faute de quoi, la piste trai­tée perd énor­mé­ment en in­tel­li­gi­bi­li­té. Pour ma part, après avoir lon­gue­ment tes­té le pla­ce­ment op­ti­mi­sé de l’ef­fet re­mis à l’en­droit (rien ne vous oblige à gar­der scru­pu­leu­se­ment le pla­ce­ment d’ori­gine et quelques mil­li­se­condes peuvent faire la dif­fé­rence – fi­gure 3), je n’hé­site pas à in­sé­rer un com­pres­seur en si­de­chain sur l’ef­fet. Le si­gnal dry du lead ferme ou at­té­nue ce « re­verse » lors­qu’il mo­dule et per­met de conser­ver une meilleure li­si­bi­li­té en va­lo­ri­sant sur­tout l’ef­fet sur des en­trées de phrase. Il n’est pas rare que l’ajus­te­ment des Th­re­shold, Ra­tio, At­tack et Re­lease prenne lui aus­si du temps. Le do­sage est mil­li­mé­trique ! Vous pou­vez éga­le­ment choi­sir d’exa­gé­rer la dy­na­mique de la piste qui ser­vi­ra à dé­clen­cher la ré­verb en­re­gis­trée avec un ex­pan­deur. En uti­li­sant ce type de pro­cé­dé, vous dé­ga­ge­rez les at­taques de votre voix et votre re­verse res­pi­re­ra mieux !

Sur un im­pact iso­lé, ce tour de passe-passe peut aus­si ser­vir d’ar­ti­cu­la­tion en pro­vo­quant une as­pi­ra­tion so­nore dans un si­lence, un peu à la ma­nière d’une cym­bale à l’envers. Bien sûr, lors­qu’il est ju­di­cieux, le pro­cé­dé est spec­ta­cu­laire, en re­vanche, il fa­tigue as­sez vite puis­qu’il reste ana­ly­sé comme un pur ajout de pro­duc­tion ; par dé­fi­ni­tion très ar­ti­fi­ciel. Il faut donc consi­dé­rer ce­la comme une simple ponc­tua­tion dont la ra­re­té fait la va­leur puisque l’au­di­teur le range in­cons­ciem­ment dans la ru­brique « in­ter­ven­tion du pro­duc­teur » et cha­cun sait qu’un très bon pro­duc­teur… n’in­ter­vient pas trop !

Gate reverb

Il peut ar­ri­ver que vous vou­liez une grosse épais­seur de toms ou de caisse claire telle qu’on peut la trou­ver dans un pro­gramme de grande taille mais… sans le long de­cay qui l’ac­com­pagne. Vous pou­vez alors uti­li­ser un al­go­rithme tra­di­tion­nel au­quel vous ajou­te­rez un noise gate. Avec un pa­ra­mètre « Hold » ju­di­cieu­se­ment gé­ré, la dé­crois­sance lo­gique de votre plate ou hall se­ra bru­ta­le­ment in­ter­rom­pue par le noise gate en don­nant ce fa­meux ef­fet de cut cher à Phil Col­lins ! Ici en­core, ef­fet sans dis­cré­tion ; la par­ci­mo­nie est im­pé­ra­tive !

Les convo­lu­tions

Vous al­lez me dire que les convo­lu­tions sont a prio­ri des­ti­nées à re­pro­duire des acous­tiques exis­tantes. C’est vrai mais… rien n’in­ter­dit de re­pro­duire des ef­fets beau­coup moins na­tu­rels. Je pos­sède jus­te­ment une grande col­lec­tion de ces échan­tillons is­sus de toutes mes an­ciennes ré­verbs et l’AMS RMX16, grande spé­cia­liste des non-lin et autres re­verses, en fait par­tie. Par ailleurs, lors­qu’on uti­lise cer­tains lec­teurs de convo­lu­tions, il est pos­sible d’agir sur les in­ten­si­tés tout au long des ti­me­lines. Les pos­si­bi­li­tés de tra­vailler des re­bonds, des ac­ci­dents de ni­veau et de spectre sont presque in­fi­nies (fi­gures 4 & 5). Ju­di­cieu­se­ment do­sés, ces ef­fets peuvent don­ner des tex­tures très ori­gi­nales et la pa­role est don­née à la créa­ti­vi­té et… au bon goût !

Re­verse Pro Tools. Par le jeu du re­tour­ne­ment, l’an­cienne at­taque de la ré­verb s’est trans­for­mée en fin de de­cay. Ce maxi­mum d’éner­gie est ain­si res­sen­ti comme une in­ter­rup­tion bru­tale. La du­rée de l’ef­fet de­vient alors un fac­teur sen­sible, car il est di­rec­te­ment lié au tem­po du mor­ceau.

Réa­li­sé sur bandes, le « re­tour­ne­ment » de ré­ver­bé­ra­tion de­man­dait une sé­rieuse mo­ti­va­tion ! Il s’agis­sait d’un exer­cice beau­coup plus pé­rilleux qu’au­jourd’hui, qui im­pli­quait de nom­breux tâ­ton­ne­ments avant de s’ap­pro­cher de l’ef­fet convoi­té. Le son à l’envers.

Pla­ce­ment de l’é­chan­tillon re­tour­né. Re­pla­cer notre ré­verb à l’envers est en fait… sou­vent une bonne idée. Elle per­met d’ajus­ter fi­ne­ment le de­cay qui est difficile à es­ti­mer lors de l’en­re­gis­tre­ment « à l’envers » !

Bri­ck­wall Lexi­con 480. Ne per­dons pas de vue que cet échan­tillon d’un bri­ck­wall de Lexi­con 480 ne re­pré­sente qu’un peu plus d’une de­mi-se­conde ! On peut dis­tin­guer une pre­mière moi­tié de convo­lu­tion où le son re­bon­dit plus qu’il ne dé­croît et une se­conde dans la­quelle il s’éteint comme un ha­lo de ré­ver­bé­ra­tion très court. Un ef­fet spé­cial à lui tout seul !

Convo­lu­tion re­shape. Autre so­lu­tion, des va­ria­tions d’in­ten­si­té afin d’ob­te­nir une courbe très bous­cu­lée comme celle-ci. Même sur un pro­gramme clas­sique, le ré­sul­tat ne res­sem­ble­ra plus en rien à la ré­ver­bé­ra­tion d’ori­gine !

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.