Ils ont fait l’his­toire : Phi­lips EL-6010 et EL-6020

Vin­tage néer­lan­dais

Keyboards Recording - - SOMMAIRE - par Klaus Blas­quiz

Fa­bri­qués dans la par­tie ca­tho­lique des Pays-Bas, ces mi­cros ont été beau­coup uti­li­sés dans les pays com­mu­nistes… Chose as­sez peu sur­pre­nante quand on sait que le fon­da­teur Ge­rard Phi­lips était cou­sin de Karl Marx !

Du vin­tage pas cher, du rare et qui sonne… Les mi­cros Phi­lips EL-6010 et 6020 sont à goû­ter…

Ko­nink­lijke Phi­lips N.V. (« royale néer­lan­daise Phi­lips S. A. »), au­tre­ment dit Phi­lips, est au­jourd’hui l’un des plus grands groupes au monde en ma­tière d’élec­tro­mé­na­ger, d’équi­pe­ment mé­di­cal et d’éclairage. La so­cié­té est fon­dée en 1891 par les frères Ge­rard et An­ton Phi­lips à Eind­ho­ven, aux Pays-Bas. Elle com­mence par pro­duire des lampes à fi­la­ment de car­bone, de­ve­nant au dé­but du XXe siècle l’un des plus grands fa­bri­cants d’Eu­rope. Aux États-Unis, la marque com­mer­ciale est No­rel­co, ce qui fait que l’on va y re­trou­ver les mêmes pro­duits Phi­lips sous des dé­no­mi­na­tions et un la­bel dif­fé­rents.

En 1925, Phi­lips est im­pli­qué dans les pre­miers es­sais de té­lé­vi­seurs. Un an plus tard, le 27 jan­vier 1926, on fête la nais­sance of­fi­cielle de la té­lé­vi­sion. En 1927, l’en­tre­prise se lance dans la pro­duc­tion de ré­cep­teurs ra­dio. En 1933, elle vend son 100 mil­lio­nième tube TSF. Au­jourd’hui, sur nos am­plis à lampes, on peut en­core trou­ver des tubes à la dé­no­mi­na­tion EL, qui est d’ori­gine Phi­lips. En 1939, le lan­ce­ment du pre­mier ra­soir élec­trique, le Phi­li­shave, marque les dé­buts de la com­pa­gnie dans les pro­duits de soins pour hommes. Cette mul­ti­na­tio­nale va four­nir les sys­tèmes son, in­cluant les mi­cros, à tous les jeux olym­piques après la se­conde guerre mon­diale. D’abord à Londres en 1948, puis Hel­sin­ki en 1952, Mel­bourne en 1956 et Rome en 1960. Un mo­no­pole qui prend fin au Ja­pon en 1964. Au­jourd’hui, et ce­la de­puis des dé­cen­nies, c’est Au­dio-Tech­ni­ca qui four­nit les mi­cros pour cet évé­ne­ment mon­dial.

Karl Marx

Le Phi­lips EL-6010 (9549/9545 sans com­mu­ta­teur sur une basse dif­fé­rente) est un mi­cro­phone dy­na­mique car­dioïde. Il a été pro­duit pen­dant plus de vingt ans à comp­ter de la fin des an­nées 40. Uti­li­sé dans les gros sys­tèmes de pu­blic-ad­dress, il a sans doute le plus gros dia­phragme de tous les dy­na­miques. Sa bande pas­sante, 70 Hz – 10 kHz, est re­la­ti­ve­ment étroite, mais elle est suf­fi­sante, sur­tout à l’époque, pour une uti­li­sa­tion en so­no­ri­sa­tion, no­tam­ment sur la voix. On peut ca­ler l’im­pé­dance sur trois po­si­tions : 50, 200, 10K ohms. Im­pos­sible de prendre le mi­cro à la main, du fait de sa taille im­po­sante mais sur­tout de son poids : 1 kg ! Fa­bri­qués dans la par­tie ca­tho­lique des Pays-Bas, du cô­té d’Eind­ho­ven, ces mi­cros ont été beau­coup uti­li­sés dans les pays com­mu­nistes, en Eu­rope de l’Est, mais aus­si à Cu­ba et au Viet­nam. Chose as­sez peu sur­pre­nante quand on sait que le fon­da­teur Ge­rard Phi­lips était cou­sin de Karl Marx !

Laque ef­fet mar­te­lé

Le cy­clope, sur­nom don­né au Phi­lips EL-6020 (D/NL), est de son cô­té un mi­cro (stu­dio et broad­cast) om­ni­di­rec­tion­nel éga­le­ment uti­li­sé en so­no dans les an­nées 50, quand le re­tour wedge n’existe pas en­core. Ces mi­cros, tout comme les EL-6030 et 6040, sont dis­po­nibles aux États-Unis, gros consom­ma­teur de mi­cros, sous le la­bel Duo­tone, re­com­man­dés pour les « broad­cas­ting, re­cor­ding et pa-sys­tems ». Ce dy­na­mique (bo­bine mo­bile en fil d’alu­mi­nium) est par­ti­cu­liè­re­ment ro­buste, non seule­ment de par son boî­tier in­des­truc­tible (fonte d’alu­mi­nium re­cou­verte d’une laque de type mar­te­lé) à l’es­thé­tique très science-fic­tion des an­nées 50, mais aus­si par sa mem­brane plas­tique peu sen­sible à l’hu­mi­di­té, à l’air sa­lin, aux pro­duits chi­miques et aux hautes tem­pé­ra­tures (60°). La bande pas­sante, re­la­ti­ve­ment large, 50 – 12 000 Hz, est as­su­rée no­tam­ment par la pré­sence de ca­vi­tés fai­sant of­fice de ré­so­na­teurs cou­plés au dia­phragme via des im­pé­dances acous­tiques. Là aus­si, il est pos­sible d’adap­ter l’im­pé­dance (50, 200, 10K ohms), mais cette fois à l’aide d’un connec­teur de sor­tie mai­son à quatre plots.

Ces deux mi­cros n’ont pas ga­gné leur place dans les coeurs des ama­teurs uti­li­sa­teurs de mi­cros vin­tage (en stu­dio comme sur scène), mais en re­vanche les col­lec­tion­neurs les ap­pré­cient sin­gu­liè­re­ment, du fait no­tam­ment qu’ils se font rares par­tout dans le monde, sauf en Eu­rope où ils ne sont de toute fa­çon pas fré­quents. Leur look in­imi­table, leur taille, leur fi­ni­tion (très fif­ties) et sur­tout leur prix en font des mi­cros d’ex­po­si­tions plus que des ou­tils, comme peuvent l’être les vieux RCA ou Neu­mann…

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