Ga­ry Broo­ker / Pro­col Ha­rum In­tem­po­rels

Keyboards Recording - - MUSIC PLAY - Pro­pos re­cueillis par Fran­çois Bou­che­ry

Il fait par­tie de ce pe­tit nombre de groupes qui peuvent se tar­guer d’avoir réa­li­sé un tube mon­dial. Rap­pe­lez-vous, c’était en 67, quand « A Whi­ter Shade Of Pale » a en­va­hi la pla­nète, por­té par une for­ma­tion aux conso­nances bi­zarres : Pro­col Ha­rum. Cin­quante ans de car­rière plus tard, ils se­ront en concert au Tria­non cet au­tomne. Ren­contre avec le chan­teur Ga­ry Broo­ker, lé­gende du rock an­glo-saxon.

Quelle est la for­ma­tion ac­tuelle de Pro­col Ha­rum ? Ga­ry Broo­ker : Eh bien je suis tou­jours aux cla­viers et reste le seul membre ori­gi­nal de Pro­col Ha­rum. Nous avons Geoff Whi­te­horn à la gui­tare, Matt Pegg à la basse, à l’orgue Ham­mond c’est Josh Phi­lips qui a rem­pla­cé Mat­thew Fi­sher de­puis 2004 et pour la bat­te­rie Geoff Dunn. Nous avons cette for­mule de­puis en­vi­ron dix ans. Quels types de cla­viers uti­li­sez-vous sur scène ? Plu­tôt clas­sique en fait, à part le B3, je joue du pia­no sur un Mon­tage 8 de Ya­ma­ha qui me per­met aus­si d’avoir des sons ad­di­tion­nels comme des nappes, du vio­lon, des trom­bones, etc., mais nous n’uti­li­sons pas d’in­for­ma­tique ou d’or­di­na­teurs. As-tu en­core des contacts avec les pre­miers membres du groupe ? Oui, je passe le bon­jour à Robin Tro­wer qui a pris la gui­tare dans la pre­mière for­ma­tion et à Mick Grabham qui l’a rem­pla­cé à par­tir de l’al­bum GrandHô­tel en 1973. Mal­heu­reu­se­ment, cer­tains membres nous ont quit­tés, comme notre pre­mier bat­teur B.J. Wil­son dé­cé­dé dra­ma­ti­que­ment en 90 à 43 ans. Cin­quante ans ont pas­sé de­puis nos dé­buts, ce qui est une très longue pé­riode… As-tu dé­jà éta­bli la play­list du concert en France ? Évi­dem­ment, nous sommes en­core loin de la date du 12 no­vembre, mais nous avons sor­ti l’al­bum No­vum en 2017 dans le­quel nous choi­si­rons plu­sieurs titres en les com­plé­tant avec des stan­dards du groupe que le pu­blic s’at­tend à nous voir in­ter­pré­ter. En réa­li­té, nous avons un tel ré­per­toire avec nos qua­torze al­bums stu­dio que nous pou­vons fa­ci­le­ment y pio­cher de quoi se consti­tuer une play­list.

Dans la sé­lec­tion, il y au­ra évi­dem­ment « A Whi­ter Shade Of Pale », penses-tu que ce titre vous ait été to­ta­le­ment bénéfique ou qu’il a par­fois re­pré­sen­té un poids ?

Non, j’ai tou­jours été très heu­reux de ce suc­cès, que notre pre­mier al­bum ait été dif­fu­sé dans le monde en­tier, ça a réel­le­ment été un ca­deau. « A Whi­ter Shade Of Pale » a ser­vi de lo­co­mo­tive pour le reste des disques du groupe. Il y a au­jourd’hui des gens très jeunes qui en­tendent ce titre pour la pre­mière fois et c’est tou­jours une grande émo­tion de le jouer. Quant à notre pu­blic, il n’est pas par­ti­cu­liè­re­ment en at­tente du mor­ceau au vu du reste de nos com­po­si­tions.

Quand tu l’as com­po­sé, est-ce que tu as pres­sen­ti qu’il pour­rait de­ve­nir un tube pla­né­taire ?

J’ai im­mé­dia­te­ment pen­sé que c’était une très bonne idée. Il a été « ins­pi­ré » par la suite en Ré Ma­jeur de J.S. Bach, ce qui est la bonne for­mu­la­tion plu­tôt que de dire que c’est une « co­pie » de J.S. Bach comme je l’ai en­ten­du par­fois. Quand je suis sor­ti de l’en­re­gis­tre­ment, le mor­ceau m’est ap­pa­ru très dif­fé­rent de la ré­fé­rence clas­sique ori­gi­nale, comme il me pa­raît en­core dif­fé­rent au­jourd’hui. C’est un mor­ceau qui reste pro­fon­dé­ment rock ! Est-ce que tu dirais que la mu­sique de Pro­col Ha­rum est du prog rock ? J’ai tou­jours des dif­fi­cul­tés avec toutes ces ca­té­go­ries, on qua­li­fie par­fois ce qu’on fait de hard rock ou de rock clas­sique. Quand on a dé­bu­té, tous ces mots n’exis­taient pas en tout cas… Si on veut par­ler de pro­gres­sion dans la mu­sique ou d’évo­lu­tion, alors là, oui, bien sûr… Mais nous n’avons ja­mais fait de pièces de 20 mn ou créé un concept-al­bum comme cer­tains groupes de pro­gres­sif qui uti­lisent par­fois tel­le­ment de notes que ça com­plique in­uti­le­ment la com­pré­hen­sion mu­si­cale. Pour­quoi faire 2 000 notes quand on peut les ré­su­mer à 200 ?

“A Whi­ter Shade Of Pale” a été en­re­gis­tré sur un ma­gné­to­phone quatre pistes.

As-tu ren­con­tré cer­tains de ces pre­miers groupes au cours de vos tour­nées ? Oui, la plu­part, au dé­but des an­nées 70, il nous est ar­ri­vé très sou­vent de par­ti­ci­per à des évé­ne­ments en com­pa­gnie de Yes, King Crim­son ou ELP. Sui­vant leurs mu­siques, j’ai mes pré­fé­rences, je pré­fère King Crim­son à Yes par exemple. Ge­ne­sis est ar­ri­vé un peu plus tard, c’est un grand groupe, de­ve­nu en­core meilleur avec la pé­riode Phil Col­lins ! En tant que pia­niste, as-tu sui­vi l’évo­lu­tion des pre­miers syn­thé­ti­seurs ? Dans nos dé­buts, nous avons plu­sieurs fois uti­li­sé des Moog, mais per­son­nel­le­ment, j’ai une dé­marche plu­tôt na­tu­relle. Comme je suis aus­si chan­teur et que je joue du cla­vier en même temps, si tu es sur un syn­thé ana­lo­gique, tu es obli­gé de faire pas mal de ma­ni­pu­la­tions en di­rect et je pré­fère lais­ser ces opé­ra­tions à notre cla­vier Josh Phi­lips. La plu­part du temps, je joue sur un Ya­ma­ha CP300 dont j’ap­pré­cie le son de Grand Pia­no… et en plus, il est tou­jours juste !

Quelle est la prin­ci­pale dif­fé­rence entre réa­li­ser un al­bum en 67 et en faire un au­jourd’hui ?

Si tu vou­lais ob­te­nir un son cor­rect en 67, il fal­lait avoir beau­coup de chance ! « A Whi­ter Shade Of Pale » a été en­re­gis­tré sur un ma­gné­to­phone quatre pistes : une piste pour les voix, une piste pour la basse/bat­te­rie et le reste pour l’orgue, le pia­no et la gui­tare. Au­jourd’hui, avec les or­di­na­teurs, les consoles et les ef­fets, tu ob­tiens un bon ré­sul­tat à tous les coups. En plus, c’est beau­coup plus ra­pide ; pour No­vum, qui contient dix ou onze titres, nous n’avons pas­sé que quinze jours en stu­dio, en­re­gis­tre­ment et mixage com­pris.

No­vum [Eagle Rock / Uni­ver­sal Mu­sic France] www.eagle-rock.com www.pro­col­ha­rum.com

Nouvel al­bum ¶

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