Ju­pi­ter & Ok­wess Mu­sique so­laire

Ré­vé­lé en 2006 grâce à un docu consa­cré à la nou­velle scène de Kin­sha­sa dont il est l’une des fi­gures em­blé­ma­tiques, JeanPierre Bon­kod­ji, alias Ju­pi­ter, a col­la­bo­ré avec Da­mon Al­barn (Blur, Go­rillaz) et Ro­bert Del Na­ja (3D) pour son deuxième al­bum KinSo­ni

Keyboards Recording - - MUSIC PLAY - Pro­pos re­cueillis par Fran­çois Bou­che­ry

Com­ment s’est pas­sée ta col­la­bo­ra­tion avec Da­mon Al­barn et War­ren El­lis ?

Ju­pi­ter : Ça s’est pas­sé très fa­ci­le­ment, d’abord ils sont tous ve­nus à Kin­sha­sa dans le cadre du do­cu­men­taire Afri­caEx­press, et c’est comme ça qu’on a com­men­cé à col­la­bo­rer len­te­ment mais sû­re­ment. Ça ne s’est pas fait du jour au len­de­main, mais comme on dit « les grands esprits fi­nissent par se ren­con­trer ». Da­mon a fait beau­coup de choses pour moi, d’abord il m’a pré­sen­té dans le monde in­ter­na­tio­nal et j’ai dé­cou­vert en lui une autre so­no­ri­té mu­si­cale avec les syn­thés et les ef­fets, car au Con­go ce­la n’existe pas. Il y a bien quelques cla­viers mais ce sont plu­tôt des ar­ran­geurs im­por­tés d’Eu­rope et il n’y a pas de gens qui en jouent cor­rec­te­ment, car, pour ça, tu dois dis­po­ser de ton ins­tru­ment à tout mo­ment. Avec Da­mon, on de­vait faire un al­bum com­plet en­semble mais au­cun de nous n’en a eu le temps et je lui ai fi­na­le­ment en­voyé les par­ties sur les­quelles il a po­sé ses cla­viers et des am­biances et War­ren El­lis a joué du vio­lon sur quelques titres. Com­ment dé­fi­ni­rais-tu ton style, rum­ba, sou­kous… ? En fait, je dirais que je fais de la mu­sique congo­laise. Le rythme, ce sont les hommes qui le nomment rum­ba, reg­gae, jazz… ce n’est pas tom­bé du ciel. Pour­quoi ne pour­rais-je pas don­ner mon propre style ?… Qui s’ap­pelle le Bo­phe­nia rock ! Et les gens com­prennent ? En concert, je dis que nous sommes en train de voya­ger tous en­semble à tra­vers la RDC, car mon pays a plus de 450 eth­nies dont cha­cune pos­sède son propre rythme. J’ai lu quelque part que tu viens du même quar­tier que Ray Le­ma ? Ça c’est mon aî­né ! Je connais bien le vieux Ray et j’ai ap­pris que la dé­marche que je mène au­jourd’hui, c’est lui qui l’avait com­men­cée mais, contrai­re­ment à moi, il a fait le tour com­plet du Con­go alors que je n’ai fait que ce­lui de Kin­sha­sa ! Est-ce que c’est fa­cile de faire de la mu­sique au Con­go ? Tout mé­tier est difficile, même ici, ce n’est pas non plus par­ti­cu­liè­re­ment fa­cile. L’art n’est pas don­né à tout le monde, c’est quelque chose d’in­né. On se re­trouve dans ce monde mais ce n’est pas nous qui avons vou­lu faire de la mu­sique, on s’est trou­vé hap­pé, c’est notre des­tin. Existe-t-il des stu­dios bien équi­pés à Kin­sha­sa ? À l’époque, il y avait des stu­dios très bien équi­pés, après, tout a été fou­tu en l’air, mais les choses com­mencent à re­prendre. On trouve presque tout le ma­tos à Kin­sha­sa, le grand problème c’est que rien n’est struc­tu­ré ni ca­dré. J’avais mon­té un stu­dio d’en­re­gis­tre­ment dans le cadre de l’as­so­cia­tion La Bel­le­ki­noise dont je suis le pré­sident. On avait eu une sub­ven­tion de l’am­bas­sade de France, mais mal­heu­reu­se­ment, à cause de la pluie, l’eau a dé­bor­dé et a tout abî­mé. Il existe quelques stu­dios çà et là, mais leur prix doit res­ter ac­ces­sible à tout le monde. Comme il n’y a pas de ma­na­ger ni de pro­duc­teur, l’ar­tiste doit tout faire lui-même. J’ai pas­sé plus de trente ans à faire ça et il faut avoir les nerfs so­lides si­non tu lâches ! Les jeunes Con­go­lais te consi­dèrent comme quel­qu’un qui a réus­si ? Je ne pense pas que le mot réus­site soit à sa place. Je dirais plu­tôt que j’ai fait dé­cou­vrir aux nou­velles gé­né­ra­tions qu’à part la rum­ba, le Con­go est plu­riel, il existe beau­coup de rythmes plus vio­lents, plus fan­tas­tiques et ex­tra­or­di­naires que ce que nous ont tou­jours ra­con­té les aî­nés : la rum­ba ! On doit cher­cher ailleurs, dans le Con­go pro­fond, là où les rythmes peuvent ex­plo­ser. Comme chez les pyg­mées par exemple ? C’est la source même, tout vient de chez eux ! Com­ment vois-tu l’évo­lu­tion de ton pays ? Mon pays est jeune, il faut lui lais­ser le temps. Nous sa­vons qu’avec le dé­ve­lop­pe­ment de l’in­ter­net, les choses vont chan­ger.

Que t’a ap­por­té ton édu­ca­tion oc­ci­den­tale, le fait d’avoir gran­di en Al­le­magne ?

Ça m’a ou­vert un peu la tête, ce­la m’a ap­por­té l’équi­libre, la connais­sance… et la conscience !

[Za­mo­ra La­bel / L’Autre Dis­tri­bu­tion] www.fa­ce­book.com/Ju­pi­terAndOk­wess www.dis­cogs.com/fr/la­bel/114102-Lautre-Dis­tri­bu­tion KinSo­nic

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