Lé­gendes du son :

Du coeur à l’ou­vrage

Keyboards Recording - - SOMMAIRE - par Phi­lippe Ra­gue­neau

Tom Pet­ty

Dé­cé­dé à l’âge de 66 ans au dé­but du mois d’oc­tobre, Tom Pet­ty se­ra res­té re­la­ti­ve­ment dis­cret en France. Avec ses Heart­brea­kers, pour­tant, il au­ra si­gné, de­puis le mi­tan des an­nées 1970, quelques mer­veilles du rock amé­ri­cain. Des chan­sons cha­leu­reuses qu’il est en­core temps de dé­cou­vrir.

Tom Pet­ty, une lé­gende du rock ? Vu de France, pas tel­le­ment. Au len­de­main de l’an­nonce de la dis­pa­ri­tion du chan­teur amé­ri­cain, au­cune pu­bli­ca­tion en une du vé­né­rable Li­bé­ra­tion, on ne parle même pas de photo, comme le quo­ti­dien en a le se­cret. Pas mieux ailleurs (Le Monde, Le Fi­ga­ro…), même si, en pages in­té­rieures, ici et là, les hom­mages se sont mul­ti­pliés – dont ce­lui dans Li­bé du tou­jours im­pec­cable Phi­lippe Gar­nier. On évo­que­ra bien sûr l’ac­tua­li­té (at­ten­tats, Catalogne, etc.). Mais pas seule­ment. Si les ama­teurs de musique US pour­ront sans trop de peine ci­ter un ou deux hits du gars Pet­ty et son groupe (les Heart­brea­kers) – di­sons « I Won’t Back Down » et « Lear­ning To Fly » –, la musique du su­diste (né en Flo­ride en 1950) reste en par­tie igno­rée du grand pu­blic hexa­go­nal. Ses quelque 80 mil­lions de disques ven­dus ? Sa bonne quin­zaine d’al­bums ? Sa col­la­bo­ra­tion au sein des Tra­ve­ling Wil­bu­rys avec Bob Dy­lan, George Har­ri­son, Roy Or­bi­son, Jeff Lynne ? Oui, bon… Et pour­tant. Tom Pet­ty n’a rien d’un se­cond cou­teau. Au­then­tique song­wri­ter, gui­ta­riste épa­tant, l’ar­tiste – se pla­çant pour l’hé­ri­tage dans la li­gnée des Byrds, entre autres – a écrit nombre de mer­veilles qui mé­ritent au­jourd’hui d’être (re)dé­cou­vertes, en groupe ou en so­lo. Il y a chez Pet­ty quelque chose d’au­then­tique, cette sorte de sim­pli­ci­té toute amé­ri­caine de la chan­son ca­pable, en quelques ac­cords, de vous plier le coeur en quatre ou de vous mettre en joie pour la jour­née. On peut pen­ser à Bruce Spring­steen et son E. Street Band, mais faire de Tom Pet­ty & The Heart­brea­kers un re­flet – en moins brillant – du Boss du New Jer­sey se­rait une bê­tise. Il y a suf­fi­sam­ment de belles choses chez l’ami Tom pour vo­ler de ses propres ailes – et nous de prendre un plai­sir im­mense à l’écou­ter. Si l’on de­vait conseiller deux al­bums pour en­trer dans l’uni­vers du gar­çon, ci­tons, en toute sub­jec­ti­vi­té, Damn The Tor­pe­does, 1979, et Wild­flo­wers, 1994, deux clas­siques of­frant deux vi­sions de l’ar­tiste. Damn The Tor­pe­does, d’abord, sor­ti avec les Heart­brea­kers (Mike Camp­bell à la gui­tare, Ben­mont Tench aux cla­viers, Stan Lynch à la bat­te­rie et Ron Blair à la basse). De cet al­bum, Phi­lippe Au­clair écri­ra dans le pre­mier Dic­tion­nai­re­du rock, à la fin du siècle der­nier :« Tout gui­ta­riste de rock se de­vrait de pos­sé­der un exem­plaire de cet al­bum, où Pet­ty et Camp­bell signent quelques-unes des par­ties de douze-cordes les plus ins­pi­ré es de­puis les beaux jours desByrds et de R on El­liott des Beau Br um­mels .» Rien que ça. Voi­là un disque qui, dès son ou­ver­ture, « Re­fu­gee », dis­tille un rock amé­ri­cain vi­gou­reux et en­flam­mé du meilleur cru, peu­têtre l’un des plus « spring­stee­niens » ou­vrages de Pet­ty, avec quelque chose de l’es­prit de Dark­ness On The Edge OfTown, sor­ti un an plus tôt. Su­perbe. Wild­flo­wers, lui, est plus in­ti­miste. Consi­dé­ré comme un disque so­lo, il compte ce­pen­dant tous les membres des Heart­brea­kers de l’époque (hor­mis Stan Lynch). L’am­biance est laid-back, mais pas pa­res­seuse. Avec des élé­ments de coun­try, des sons plus CS&N, des ar­ran­ge­ments de cordes bien sen­tis, et une pro­duc­tion im­pec­cable de Rick Ru­bin qui, la même an­née, est àl’ oeu­vre­surl es pre­miers Ame­ri­can Re­cord ings de John­ny Cash – de­ve­nus cultes de­puis –, Wild­flo­wers est un disque à la fois humble et cha­leu­reux, sou­riant dans l’ad­ver­si­té, em­preint de bien­veillance, sans miè­vre­rie. Un al­bum fi­na­le­ment à l’image d’un chan­teur pas­sé par la dé­pres­sion et la drogue, en­ga­gé dans la lutte pour le droit des ar­tistes face aux ma­jors, se te­nant droit. Ain­si du der­nier titre de cet al­bum, où Tom Pet­ty en­joint l’au­di­teur à ou­vrir les yeux, s’éle­ver et briller ( « Cause it's wake up time / It's time to open your eyes / And rise and shine… »). Ce qui, chez tant d’autres, pas­se­rait pour de la bon­dieu­se­rie new age, un peu toc, touche ici au coeur, di­rec­te­ment. Si ça n’est pas la marque des grands, ça…

Il y a chez Pet­ty quelque chose d’au­then­tique, cette sorte de sim­pli­ci­té toute amé­ri­caine de la chan­son ca­pable, en quelques ac­cords, de vous plier le coeur en quatre ou de vous mettre en joie pour la jour­née.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.