MU­SIC PLAY Ren­contres :

Droit au but

Keyboards Recording - - SOMMAIRE -

Fràn­çois & The At­las Moun­tains Mat Bas­tard No Mo­ney Kids

Parle-nous de la ge­nèse de cet al­bum ?

Fran­çois Mar­ry : L’idée c’était d’al­ler droit au but et d’être ef­fi­cace sans perdre trop de temps avant d’en­re­gis­trer. On a fait deux pe­tites tour­nées, l’une en trio et l’autre à quatre pen­dant l’été qui a sui­vi. Les mor­ceaux ont émer­gé comme ça, pe­tit à pe­tit sur une an­née et, au bout de huit mois, on a fixé ce ma­té­riel en stu­dio. Je teste en réa­li­té les mor­ceaux en tour­née sur des idées que j’amène un peu avant, ce qui fait que sur l’al­bum il y a au moins la moi­tié qui a dé­jà été jouée avant en live et ce sont sou­vent les mor­ceaux les plus pre­neurs et les plus réus­sis. Tu veux dire que tu com­poses sur scène ? Je veux dire que tout part d’une éner­gie de groupe et qu’il y a très peu de mor­ceaux où ce se­ra l’ex­pres­sion de mon in­di­vi­dua­li­té, seul dans une pièce. Ce se­ra ça éten­du vers le col­lec­tif du groupe et en­suite, en­core éten­du face à un pu­blic. Il s’agit d’aug­men­ter le cercle comme en mé­di­ta­tion où tu te concentres d’abord sur toi, en­suite sur les gens qui sont dans la pièce, en­suite sur ceux que tu connais au­tour de toi et en­fin sur l’uni­vers en­tier avec cette idée d’ou­vrir la bulle de plus en plus et d’étendre les pa­rois. Qu’est-ce que tu ap­portes de plus dans un pro­duit stu­dio ? Beau­coup de nuances dé­jà, plus quelques touches d’ins­tru­ments qui ne sont pas sur le live. Pour So­li­deMi­rage, j’ai fait l’ef­fort de ne rien com­po­ser au pia­no parce que ça avait été un peu dif­fi­cile sur Pia­noOmbre de ne pas avoir de mo­dèle acous­tique dans toutes les salles et je me re­fu­sais à jouer sur des pia­nos nu­mé­riques qui n’étaient pas as­sez bons.

Là, je suis for­cé de t’ar­rê­ter un ins­tant ! Quels mo­dèles consi­dères-tu comme bons ?

Les Nord Stage m’ont sa­tis­fait en live mais je n’en ai pas. J’ai le Nord Elec­tro 3 et ça ne suf­fit pas sur les sons de pia­no, donc, pour ce nou­vel al­bum, j’ai dé­ci­dé de ne prendre que des gui­tares, car j’avais vrai­ment en­vie de cla­ri­fier le propos. On a uti­li­sé les com­pé­tences d’Amau­ry (Ran­ger) pour la re­cherche de sons élec­tro­niques, ce que j’aime faire aus­si mais j’ai seule­ment moins confiance sur ce que j’ar­rive à en sor­tir. Jean (Thé­ve­nin), le bat­teur, est un grand fan des Elek­tron Ana­log Rytm et Oc­ta­track et il a com­po­sé des ryth­miques à par­tir d’idées que je lui don­nais, par exemple sur « Apo­ca­lypse À Ip­sos » où je lui ai pas­sé un pat­tern en lui de­man­dant de le re­pro­gram­mer avec ses ma­chines. Sur « Grand Dé­rè­gle­ment », je vou­lais un fond « raï » sur le­quel il puisse ra­me­ner un kick/snare/char­ley en acous­tique et c’est ce qu’il fait sur scène en dé­clen­chant la boucle à par­tir d’un pad. Com­ment uti­lises-tu l’in­for­ma­tique ? En fait, on veut ab­so­lu­ment évi­ter l’or­di­na­teur sur scène pour des ques­tions de fia­bi­li­té et aus­si d’as­pect pra­tique, car c’est un peu dé­li­cat de le lais­ser traî­ner au mi­lieu du ma­tos. En­core une fois, la vie en tour­née va orien­ter la fa­çon dont on com­pose. Tous les groupes qui l’uti­lisent nous ont dit que c’était tou­jours un peu l’an­goisse : il doit être dé­dié, il en faut un deuxième en ba­ckup qui tourne en pa­ral­lèle, etc. On s’en sert oc­ca­sion­nel­le­ment sur des pro­jets an­nexes comme les Sies­tesÉ­lec­tro­niques au Quai Bran­ly où on ma­ni­pu­lait cha­cun un or­di, mais je crois qu’on est une gé­né­ra­tion trop vieille pour qu’il soit notre plus fi­dèle com­pa­gnon ! Com­ment com­pen­sez-vous son ab­sence en live ? Comme je te di­sais, on a d’abord tes­té plu­sieurs configs avant d’en­re­gis­trer l’al­bum pour an­ti­ci­per com­ment on al­lait pou­voir le jouer. Par exemple, sur « Âpres Après », la sé­quence de basse qu’en­voie Amau­ry de­puis le pad est en au­dio mais le Ro­land SPD pi­lote en même temps en MI­DI un mo­dule Bol­sa Bass de Crit­ter & Gui­ta­ri. Ça lui per­met d’en­voyer cer­taines notes tout en dé­clen­chant les sé­quences au­dio qui ont été elles-mêmes pré­pa­rées et en­re­gis­trées dans le pad avec le Bol­sa Bass à par­tir de ses­sions Able­ton Live, ce qui per­met d’avoir le même son qui sort en au­dio et en MI­DI. Jean n’est au mé­tro­nome que sur quatre titres dans le set qui sont à base de sé­quences avec

un tem­po fixe. Le reste est fluc­tuant et c’est bien qu’Amau­ry puisse jouer les notes de basse en même temps que les per­cus pour faire va­rier les tem­pos en fonc­tion de l’éner­gie. Qu’écoutes-tu comme musique ? Énor­mé­ment de choses très va­riées. En ce qui concerne ma per­son­na­li­té qui est plu­tôt in­tro­ver­tie et contem­pla­tive, ce se­ra beau­coup de musique am­bient, Max Rich­ter, Nils Frahm, deux ar­tistes dont je suis un grand fan, Phi­lip Glass et cer­taines mu­siques ba­roques comme des ma­dri­gaux de Mon­te­ver­di, le mys­tère des voix bul­gares ou des po­ly­pho­nies vo­cales en­re­gis­trées en Afrique, mais je vais aus­si être in­té­res­sé par tout ce qui est re­cherche sur le son de­puis les pre­mières sor­ties de Warp et Aphex Twin, car j’ai tou­jours été fas­ci­né par les nou­velles tex­tures qui émer­geaient avec les nou­velles tech­no­lo­gies. Je trouve que ce qui est en train de se pas­ser en Afrique en termes de com­bi­nai­sons de so­no­ri­tés élec­tro­niques et de sa­voir-faire ryth­mique afri­cain est ab­so­lu­ment mo­nu­men­tal et pour moi c’est la marche à suivre de ce qui va ve­nir. J’écoute beau­coup de musique qui sort du la­bel Prin­cipe ba­sé à Lis­bonne, cou­vrant toute l’élec­tro­nique afri­caine de la ré­gion de l’An­go­la. Es-tu sen­sible aus­si au tra­vail de Chas­sol ? Oui bien sûr, pour moi c’est un gé­nie et je le trouve fas­ci­nant. J’adore la fa­çon dont il com­bine vi­déo et tra­vail mu­si­cal et il est tel­le­ment sur­puis­sant que ça en de­vient presque écra­sant. Des fois je trouve qu’il y a tel­le­ment de choix dans sa musique que ça me touche moins. Sou­vent, je suis sé­duit par des gens fra­giles et li­mi­tés qui ex­ploitent leurs li­mi­ta­tions, comme les Vel­vet Un­der­ground qui ac­cor­daient à moi­tié leurs gui­tares.

Il y a beau­coup d’ar­tistes qui n’écoutent pas de musique en phase de com­po­si­tion ?

Ce qui risque plu­tôt de me per­tur­ber c’est d’écou­ter la mode mu­si­cale, no­tam­ment tout ce qui se fait au ni­veau de la pop fran­çaise où il y a un haut dé­bit de pa­roles écrites sans trop de ré­flexions, don­nant une sur­abon­dance de verbe lé­ger. Quand j’en­re­gistre, comme ça me prend beau­coup de temps d’as­sem­bler mes sons, je me re­pose les oreilles. C’est plus une his­toire de re­pos d’oreilles que de per­tur­ba­tion d’in­fluences. Je n’ai ja­mais eu la vo­lon­té de me sur­pas­ser par rap­port à tel ou tel groupe, j’ai cher­ché la meilleure im­bri­ca­tion de sons qui soit lo­gique dans mon for in­té­rieur et mon émo­tion. Mon idée de base n’est pas liée à une mode mais à la fa­çon dont j’ai en­vie d’être sur terre. Si on te dé­crit comme un ar­tiste en­ga­gé, ça te cor­res­pond ? Non, je pense que je pro­duis une musique lu­cide et consciente de l’époque dans la­quelle on vit, mais l’en­ga­ge­ment pour moi c’est l’ac­tion de mi­li­tants, des gens qui bossent dans l’in­té­gra­tion des ré­fu­giés, l’éducation des plus jeunes, les ini­tia­tives en pri­son, les cultures bio­lo­giques, les gens qui ma­ni­festent, etc. La musique n’est pas suf­fi­sante, c’est un re­lai et j’es­père ap­por­ter un type de « co­oli­tude » à un dis­cours qui sa­lue les ini­tia­tives hu­ma­nistes dans le monde, mais mon ac­ti­vi­té d’homme sur terre reste li­mi­tée et ma musique seule ne chan­ge­ra pas le monde. Que t’ap­porte ta nou­velle im­plan­ta­tion à Bruxelles par rap­port à d’autres villes ? D’abord tout est ac­ces­sible, tu peux te per­mettre de faire plu­sieurs lieux dans la même soi­rée et ne pas dé­pen­ser des masses d’ar­gent. En­suite, il y a une at­ti­tude très dé­com­plexée par rap­port à la créa­tion qui fa­vo­rise beau­coup d’ex­pé­ri­men­ta­tions mu­si­cales. Il y a beau­coup de lieux al­ter­na­tifs ou as­so­cia­tifs où les concerts sont or­ga­ni­sés sur le pouce sans frais, ce qui per­met de faire émer­ger des idées sans qu’elles soient tout de suite dans l’ef­fi­ca­ci­té. J’aime cette ap­proche or­ga­nique de faire de la musique, qui exis­tait aus­si à Bris­tol où je suis res­té sept ans. Qui s’oc­cupe de la pro­duc­tion ? Les deux der­niers al­bums ont été pro­duits par Do­mi­no. C’est un pro­duc­teur qui, en ce qui me concerne, n’in­ves­tit pas énor­mé­ment d’ar­gent dans l’al­bum lui-même, mais qui n’in­ter­fère pas dans les choix ar­tis­tiques, en te lais­sant libre, sans mettre de pres­sion pour avoir un sui­vi. D’autre part, il peut dé­clen­cher de belles op­por­tu­ni­tés, comme celle de tra­vailler avec Owen Pal­let qui a réa­li­sé les ar­ran­ge­ments pour Ar­cade Fire et le der­nier The Last Sha­dow Pup­pets et qui s’est oc­cu­pé des cordes sur le disque. C’est une dé­marche qui cor­res­pond plus à mon éthique que cer­taines pro­duc­tions fran­co-fran­çaises.

Sou­vent, je suis sé­duit par des gens fra­giles et li­mi­tés qui ex­ploitent leurs li­mi­ta­tions, comme les Vel­vet Un­der­ground qui ac­cor­daient à moi­tié leurs gui­tares.

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