Com­ment ça marche :

Le « mythe » de la console de « 5 mètres » de long der­rière la­quelle in­ter­vient un in­gé­nieur du son en gants blancs ne semble plus aus­si por­teur qu’avant et les ha­bi­tudes de tra­vail changent…

Keyboards Recording - - SOMMAIRE - par Pa­trice Cre­veux

La table de mixage :

tou­jours né­ces­saire ?

J’ai sou­ve­nir étant jeune, lors de mes vi­sites à l’Ir­cam, des Neve qui fai­saient sa­li­ver tout le monde, tout comme les consoles des grands stu­dios. Sur scène, s’ins­tal­ler der­rière une Sound­craft Sé­rie 7 ou une Mi­das Hé­ri­tage était sou­vent, là aus­si, sym­bole des moyens de la pro­duc­tion et de sa réus­site… Et puis le nu­mé­rique est ar­ri­vé, et les ha­bi­tudes de tra­vail se sont trans­for­mées, au point de ré­duire la sur­face de mixage à une ta­blette que l’on em­porte sous son bras…

Un « truc » pour home-stu­diste

L’évo­lu­tion du concept de la console de mixage a cor­res­pon­du avec la vul­ga­ri­sa­tion des tech­no­lo­gies nu­mé­riques. Quand Ya­ma­ha, en 1987, met sur le mar­ché la DMP7 (fi­gure 1), il s’agit avant toute chose de « sur­fer » sur la vague du MI­DI que dé­couvrent alors les home-stu­distes, en leur pro­po­sant un com­plé­ment d’équi­pe­ment leur per­met­tant de mé­mo­ri­ser une suc­ces­sion de trente confi­gu­ra­tions si be­soin avec un temps de tran­si­tion pro­gram­mable.

Là où la concur­rence pro­pose au mieux un « mute » de tranches, la DMP7 gère les chan­ge­ments de ni­veaux, les cor­rec­teurs (pas vrai­ment en temps réel), le contrôle des ef­fets in­té­grés (une grande nou­veau­té !), les ni­veaux de dé­part d’auxi­liaires, le tout édi­table en mes­sages MI­DI « sys­tème ex­clu­sif »… La « ce­rise sur le gâ­teau », la pré­sence des huit fa­ders de tranche mo­to­ri­sés qui sui­vront les ni­veaux pro­gram­més dans les mé­moires et que l’on rap­pel­le­ra par MI­DI, alors même que les au­to­ma­tions Op­ti­file des « monstres » de stu­dio n’ont pas de contrôle dy­na­mique… La des­ti­na­tion « home-stu­dio » de l’ap­pa­reil était clai­re­ment confir­mée par la connec­tique des en­trées en jack 6,35. Moins vi­sible de l’ex­té­rieur, c’est la conver­sion et le trai­te­ment en in­terne du si­gnal ana­lo­gique en nu­mé­rique 16 bits / 44,1 kHz, le for­mat du CD qui se­ra la vraie nou­veau­té…

Le double « coup de gé­nie » de Ya­ma­ha se­ra de pro­po­ser à la fois un sys­tème d’au­to­ma­tion fa­cile à mettre en oeuvre et bon mar­ché et un trai­te­ment nu­mé­rique in­terne qui op­ti­mise glo­ba­le­ment la qua­li­té du si­gnal entre en­trée et sor­tie, mais sur­tout per­met de « sim­pli­fier » l’in­ter­face d’ac­cès et d’en dé­duire des éco­no­mies de câ­blage in­terne et de com­po­sants si­gni­fi­ca­tives…

Une lente « bas­cule » vers les pros

La DMP7 connaî­tra plus un suc­cès d’es­time qu’un vé­ri­table plé­bis­cite des mu­si­ciens et tech­ni­ciens qui ne voient pas quelle uti­li­sa­tion scé­nique faire de l’ap­pa­reil, d’au­tant que l’édi­tion des pa­ra­mètres se fait par un pe­tit écran de deux lignes, « type DX7 »… C’est quand ap­pa­raî­tra la ProMix, près de dix ans plus tard, qui dis­pose de seize voies et sur­tout d’un écran d’édi­tion « rai­son­nable », que les « pros » vont com­men­cer à s’y in­té­res­ser. Tou­jours ré­so­lu­ment dé­diée au home-stu­dio (sur les seize tranches, seules huit pro­fitent de con­nec­teurs XLR), elle sé­dui­ra les pres­ta­taires pour son en­com­bre­ment res­treint, leur per­met­tant par ailleurs l’éco­no­mie des racks d’ef­fets, in­clus en in­terne, pour les pe­tites pres­ta­tions…

La 01V confir­me­ra la réus­site du concept, en­ter­rant bon nombre de pro­duits ana­lo­giques de prix équi­valent. Les « li­mi­ta­tions » d’un équi­pe­ment nu­mé­rique sont celles que dé­cide le bu­reau d’études, ou plu­tôt le ser­vice com­mer­cial du fa­bri­cant, puisque le trai­te­ment du si­gnal étant gé­ré nu­mé­ri­que­ment, une fonc­tion sup­plé­men­taire se ré­sume à quelques (mil­liers de) lignes de code in­for­ma­tique…

Le « pas­sage » vers des pro­duits ré­so­lu­ment pro ne se­ra donc qu’une suite lo­gique dans la politique com­mer­ciale du dé­ve­lop­peur, lorsque les pro­fes­sion­nels se­ront prêts à fran­chir le pas, avec ac­tuel­le­ment une gamme com­plète : sé­ries TF, QL, CL ou Ri­vage (fi­gure 2). Les concur­rents de Ya­ma­ha au­ront mis un peu de temps à pro­po­ser des al­ter­na­tives cré­dibles, mais c’est main­te­nant chose faite (fi­gures 3 à 6), avec un éven­tail de prix as­sez large.

Gar­der le contact

Le mixage est de­ve­nu une fonc­tion­na­li­té des ou­tils d’in­for­ma­tique mu­si­cale tels que les DAW, met­tant en oeuvre des consoles vir­tuelles à l’écran (fi­gure 7). Ce­pen­dant, si pour le mu­si­cien ce­la peut suf­fire, pour le tech­ni­cien, il est dif­fi­cile de se conver­tir au mixage à la sou­ris sur un écran… Avid, le lea­der de l’en­re­gis­tre­ment in­for­ma­tique, a ain­si « trou­vé » une so­lu­tion in­ter­mé­diaire : la sur­face de contrôle ! En bref, une console « vide », où les fa­ders et bou­tons com­mandent juste des codes in­for­ma­tiques en­voyés dans le lo­gi­ciel…

Les sur­faces de contrôle Avid (fi­gure 8), à la base pré­vues pour être uti­li­sées en stu­dio avec Pro Tools, ont été ra­pi­de­ment dé­tour­nées pour la scène, ren­dant en­core un peu plus notre « vieille » console bonne pour la ré­forme… Un point ce­pen­dant de­vrait juste un peu tem­pé­rer les en­thou­siasmes : la du­rée de vie tech­nique et com­mer­ciale des équi­pe­ments nu­mé­riques est consi­dé­ra­ble­ment plus courte que « du temps » des ap­pa­reils ana­lo­giques, qui, bien en­tre­te­nus, peuvent to­ta­li­ser plu­sieurs di­zaines d’an­nées de bon fonc­tion­ne­ment. Rien n’af­firme un manque de fia­bi­li­té dans le temps des pro­duits nu­mé­riques, mais l’évo­lu­tion des tech­no­lo­gies rend une ré­fé­rence bien plus ra­pi­de­ment ob­so­lète… Bonne af­faire pour les fa­bri­cants, par­fois moins pour les home-stu­distes, et… sou­vent plus com­pli­qué pour les salles de spec­tacles qui ne peuvent as­su­mer le rem­pla­ce­ment d’un ou­til de plu­sieurs di­zaines de mil­liers d’eu­ros chaque an­née…

Du bout des doigts…

En mixage, que ce soit en stu­dio ou sur scène, l’ac­cès à chaque bou­ton ou pa­ra­mètre de ré­glage est loin d’être per­ma­nent et l’ob­jec­tif du tech­ni­cien est pré­ci­sé­ment de li­mi­ter au maxi­mum leur uti­li­sa­tion ! Adop­ter un ou­til de mixage nu­mé­rique peut donc être tout à fait per­ti­nent, d’au­tant plus qu’il per­met de mé­mo­ri­ser des ré­glages spé­ci­fiques à chaque source ou confi­gu­ra­tion de scène, ou de « dé­gros­sir » un mixage af­fi­né en­suite. On peut aus­si ima­gi­ner des pré­ré­glages spé­ci­fiques, mé­mo­ri­sés par le fa­bri­cant, et cor­res­pon­dant à des ty­po­lo­gies d’as­sem­blage de ma­té­riels pré­cis (mi­cros, par exemple), comme le pro­posent cer­tains construc­teurs.

Reste donc la ques­tion ul­time : a-t-on vrai- ment be­soin d’une sur­face de com­mande « hard­ware » pour réa­li­ser un mixage ? Le tech­ni­cien qui ne fait que « du live » ré­pon­dra que l’ins­tan­ta­néi­té est in­dis­pen­sable et que, par­fois, les in­ter­faces nu­mé­riques ne la per­mettent pas, tout en ad­met­tant que la mé­mo­ri­sa­tion des scènes et les ef­fets in­té­grés sont pra­tiques…

Avec l’ap­pa­ri­tion de la ta­blette, une nou­velle op­tion se pré­sente : uti­li­ser cette der­nière comme sur­face de contrôle et lais­ser la ges­tion des fonc­tions lo­gi­cielles à un rack 19’’. Plu­sieurs confi­gu­ra­tions de ce type sont dis­po­nibles, chez Ya­ma­ha, Sound­craft,

Une so­lu­tion in­ter­mé­diaire : la sur­face de contrôle ! En bref, une console « vide », où les fa­ders et bou­tons com­mandent juste des codes in­for­ma­tiques en­voyés dans le lo­gi­ciel.

Ma­ckie, QSC, Line 6… Force est de consta­ter que pour des pe­tites confi­gu­ra­tions où les mo­di­fi­ca­tions ou in­ter­ven­tions ra­pides sont fré­quentes, ça « marche » plu­tôt bien ! Ça fonc­tionne très bien pour une confi­gu­ra­tion fixe en home-stu­dio ou en ins­tal­la­tion, d’au­tant plus que la mo­bi­li­té de la ta­blette per­met de se dé­pla­cer et d’éva­luer la qua­li­té so­nore aux dif­fé­rents points sen­sibles de l’es­pace. Sur scène, il fau­dra tout de même être plus cir­cons­pect, dès lors que le nombre de sources risque de dé­pas­ser de ma­nière im­por­tante les ca­pa­ci­tés de vi­sua­li­sa­tion de la ta­blette, mais pour un spec­tacle qui « tourne » ré­gu­liè­re­ment, la pro­gram­ma­tion des scènes, mutes, ef­fets, re­tours, cor­rec­tions di­verses se­ra par­ti­cu­liè­re­ment pra­tique…

Alors, quelle so­lu­tion ?

Il est fort pro­bable que les consoles ana­lo­giques vivent leurs der­nières an­nées, au moins au ca­ta­logue des fa­bri­cants ! Les pe­tits mo­dèles ana­lo­giques conti­nue­ront sans doute à être pro­po­sés pour sa­tis­faire des be­soins tech­niques très li­mi­tés ou ré­pondre à un be­soin in­dis­pen­sable de por­ta­bi­li­té… Tou­te­fois, l’op­tion d’un équi­pe­ment nu­mé­rique doit dans tous les cas être consi­dé­rée, ne se­rait-ce que pour son in­ter­ac­ti­vi­té avec l’or­di­na­teur.

On peut choi­sir des so­lu­tions « in­ter­mé­diaires », comme l’éton­nante Sta­geS­cape M20d de Line 6 (fi­gure 9) qui a pas mal « dé­coif­fé » à sa sor­tie ; la mo­dé­li­sa­tion de l’es­pace scé­nique et les op­ti­mi­sa­tions de chaque ins­tru­ment sont réa­li­sées par l’ap­pa­reil qui offre douze en­trées mi­cro/ligne à gain au­to­ma­tique, un sup­pres­seur de lar­sen, des ef­fets, pour un peu plus de 1 000 eu­ros. Avec les QSC Tou­chMix 8, 16 et 30 (fi­gure 10), on vi­sua­li­se­ra toutes les fonc­tions sur l’écran tac­tile, y com­pris le mixage, qu’on pour­ra ce­pen­dant gé­rer de­puis un iPad en Wi-Fi, dans un équi­pe­ment qui ne pèse que 8 kg pour le Tou­chMix 30 et ses 24 en­trées…

Notre liste ne se­ra pas ex­haus­tive, mais nous ci­te­rons aus­si les mo­dèles Sound­craft Ui, qui pro­posent en rack les per­for­mances des mo­dèles Si (fi­gures 11a & 11b), ou le Ya­ma­ha TF-Rack (fi­gure 12) qui concentre les pos­si­bi­li­tés d’une console TF dans un rack 3U…

Faire le bon choix

Les nou­velles tech­no­lo­gies ont eu ten­dance à fa­vo­ri­ser la po­ly­va­lence des ou­tils ; sur le prin­cipe, ce n’est pas to­ta­le­ment faux, les li­mites fonc­tion­nelles d’un équi­pe­ment nu­mé­rique étant celles du lo­gi­ciel qu’il em- barque ! Le choix d’un dis­po­si­tif de mixage doit être adap­té aux condi­tions dans les­quelles on l’ex­ploite le plus sou­vent. Ce qui fe­ra que les « pros » in­ter­ve­nant sur les très grosses pro­duc­tions adop­te­ront des ou­tils of­frant une ac­ces­si­bi­li­té maxi­male des pa­ra­mètres. Et qui leur per­met­tront la mé­mo­ri­sa­tion de cen­taines de pa­ra­mètres sur une simple clé USB ou une sau­ve­garde in­for­ma­tique. Le « ti­cket » d’en­trée se­ra par contre gé­né­ra­le­ment hors de por­tée de la plu­part des bud­gets. Les so­lu­tions « in­ter­mé­diaires » (de 1 000 à quelques mil­liers d’eu­ros) sa­tis­fe­ront la plu­part des usages, d’au­tant que des ex­ten­sions sous forme de cartes à in­sé­rer peuvent com­plé­ter les per­for­mances. Tou­te­fois, il ne fau­dra pas at­tendre une po­ly­va­lence ab­so­lue en termes de ra­pi­di­té d’ac­cès dans tous les types de si­tua­tion ; en clair, l’équi­pe­ment qui se­ra op­ti­mal en home-stu­dio ne le se­ra pas for­cé­ment sur scène et ré­ci­pro­que­ment… En­fin, lorsque l’équi­pe­ment que l’on re­cherche est uni­que­ment des­ti­né à un usage sta­tique, pas d’hé­si­ta­tion à avoir : les so­lu­tions nu­mé­riques en rack ou par mo­dé­li­sa­tion sont les bonnes…

Quand on choi­sit une console, on pense au nombre de tranches, d’auxi­liaires né­ces­saires… Comme pour les mo­dèles ana­lo­giques, il est tou­jours pru­dent de pré­voir le double, ou au moins le tiers par rap­port aux be­soins im­mé­diats. Comme tout ou­til in­for­ma­tique, la sta­bi­li­té de la ten­sion d’ali­men­ta­tion est im­por­tante ; donc, pré­voir un on­du­leur, ça ne vaut pas bien cher… En­fin, pré­voir le bud­get pour la ta­blette, et une bonne : c’est elle qui se­ra votre in­ter­face per­ma­nente avec l’in­for­ma­tique.

Bonne musique !

Pré­voir le bud­get pour la ta­blette, et une bonne : c’est elle qui se­ra votre in­ter­face per­ma­nente avec l’in­for­ma­tique.

La Ya­ma­ha Ri­vage PM10, sans doute l’un des meilleurs ou­tils de mixage pour la scène. 2

« L’an­cêtre », la Ya­ma­ha DMP7 en 1987 ; un « truc » de home-stu­diste » avant tout… 1

3456 De gauche à droite, de haut en bas : la Sound­craft Vi3000, la nou­velle DiGiCo SD12, la Al­len & Heath Qu-32 et la Mi­das M32.

8 La sur­face de contrôle Avid S6L.

Le mixage sur Cu­base de Stein­berg. 7

Le Sound­craft Ui16. Quand les « grands » re­con­si­dèrent le prin­cipe de la console de mixage avec un rack et une vi­sua­li­sa­tion du mix sur un… iP­hone ! La ta­blette semble quand même pré­fé­rable… 11

Le Ya­ma­ha TF-Rack, ou com­ment mettre les seize voies d’une console TF dans un rack 3U… 12

La Line 6 Sta­geS­cape M20d, à mi-che­min entre une ap­proche tra­di­tion­nelle et le « tout nu­mé­rique »… 9

Le QSC Tou­chMix 8, le plus pe­tit de la fa­mille Tou­chMix. 10

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