1YEAR 2KITES AU SRI LAN­KA

PRE­VIOUS­LY DANS 1YEAR2KITES. UN COUPLE, MÉ­LA­NIE ET BRICE, UNE PAS­SION COM­MUNE, UNE ÉNORME EN­VIE DE CHAN­GER DE VIE ET CE­LA ABOU­TI À UN TOUR DU MONDE. APRÈS AVOIR GOÛ­TÉ À TA­HI­TI, NOS DEUX RI­DEURS SE SONT EN­VO­LÉS VERS BA­LI… LEUR DÉ­CEP­TION IN­DO­NÉ­SIENNE A ÉTÉ

Kiteboarder - - AU REVOIR PRÉSIDENT ! VOL. 3 -

Nous sommes le 13 juin. Après un mois et de­mi pas­sé en In­do­né­sie et sa pé­tole, nous quit­tons Ba­li pour re­joindre le Sri Lan­ka où les condi­tions mé­téo semblent à l’in­verse par­faites pour le kite avec entre 18 et 33 noeuds en pré­vi­sion ! Nous ju­bi­lons à l’idée de pou­voir sor­tir nos kites du board­bag et nous dé­ci­dons d’y res­ter trois mois. Nous at­ter­ris­sons à l’aé­ro­port de Co­lom­bo en pleine nuit. Après un Ba­li trop tou­ris­tique et pas as­sez au­then­tique à notre goût, nous sommes agréa­ble­ment sur­pris par l’ac­cueil cha­leu­reux et sin­cère des Sri Lan­kais. C'est dans une pe­tite gues­thouse fa­mi­liale à Ne­gom­bo, non loin de l’aé­ro­port, que nous pas­sons notre pre­mière nuit. Le 14 juin à neuf heures du ma­tin, la pluie nous ré­veille et ça mouille… C’est la mous­son dans la ré­gion et le toit de notre chambre a quelques fuites. Le lit est trem­pé, l’eau ruis­selle de toute part dans la pièce. Ça pour­rait être glauque mais nous sommes tel­le­ment content d’être ici et sé­duits par l'ac­cueil amical de notre hôte que nous n’en te­nons pas compte. Ce­pen­dant, il est l’heure de plier ba­gages et de par­tir plus au nord, où il n'y a pas de pluie.

KAL­PI­TIYA

Les 3h30 de route qui sé­parent Ne­gom­bo de Kal­pi­tiya nous per­mettent de dé­cou­vrir un peu le pays, sau­vage et tou­ris­tique. Les routes ne sont pas en­core toutes gou­dron­nées, les voi­tures se mé­langent aux tuk-tuk, aux bus peints de toutes les couleurs, aux vaches sa­crées et ânes qui tra­versent la na­tio­nale tels des princes. Nous ar­ri­vons sur Kal­pi­tiya en fin d'après mi­di. N'ayant pas trou­vé d'hé­ber­ge­ment chez l'ha­bi­tant sur le web, nous op­tons pour un ki­te­camp éco lodge dont on avait eu de bons échos : Ki­te­sur­fing Lan­ka. Le dé­cor reste sau­vage mais c’est confor­table. En plus d’un bon ac­cueil, le vent souffle ! Le grand la­gon de Kal­pi­tiya est à dix mi­nutes en na­vette. Comme son nom l'in­dique ce spot est grand. Il y a une zone pour les écoles, une zone de flat et une plus cla­po­teuse mais plus grande pour les ri­deurs au­to­nomes. Nous y pas­sons beau­coup de temps parce qu'il est le plus près du camp et que des na­vettes font le tra­jet tous les jours. En plus, il est agréable à pra­ti­quer et « safe » (eau peu pro­fonde et pas d'obs­tacles) mais ce n'est pas notre pré­fé­ré. Le vent est ra­fa­leux et par­fois trop fort donc on se re­trouve souvent à la rue. C'est un peu plus au sud, à 20 mi­nutes de tuk-tuk, que nous dé­cou­vrons un spot plus flat pour le free­style avec du vent plus ré­gu­lier : le small la­goon ou pro la­goon. L’in­con­vé­nient est que le spot est vrai­ment pe­tit et sa­ture vite. Nos meilleurs sou­ve­nirs de na­vi­ga­tion dans le coin de Kal­pi­tiya sont sur des îles en de­hors du grand la­gon et ac­ces­sibles uni­que­ment par ba­teau : dream spot, se­cret spot et Put­ta­lam la­goon. Ki­te­sur­fing Lan­ka y or­ga­nise des trips à la jour­née ou sur deux jours, sur de­mande. Se­cret spot en par­ti­cu­lier nous a vrai­ment sé­duit avec son plan d’eau glas­sy et son vent ré­gu­lier ! C’est là que Brice a pas­sé ses pre­miers KGB, blind-judge 3 et smobe. Pour Mé­la­nie c’est ba­ckroll et ba­ckroll tran­si­tions. Après un mois pas­sé sur Kal­pi­tiya, nous fai­sons le bi­lan : l'en­droit est plu­tôt cool, les gens et l'am­biance sont sym­pas, on peut ri­der qua­si­ment tous les jours, par contre nous res­sen­tons le be­soin de ren­flouer un peu les caisses. Nous pro­po­sons alors nos ser­vices à Dil­si­ri et Léo, les deux pa­trons de Ki­te­sur­fing Lan­ka. Mé­la­nie de­vient pho­to­graphe et Brice fait du coa­ching vi­déo pour un mois.

LE NORD

À la fin du mois de juillet, notre be­soin de bou­ger et de dé­cou­vrir de nou­veau spots se fait sen­tir comme pour les quatre ri­deurs de pas­sages (deux Ita­liens sur­ex­ci­tés - étonnant, un fran­co-ar­gen­tin boute-en­train et un jeune ba­rou­deur suisse) dans le coin que nous avons ren­con­tré. L'un d’entre eux nous dit qu'il re­vient d'un trip dans le nord et qu'il y a de su­perbes spots. Ni une ni deux on s’or­ga­nise en un après-mi­di et avec une telle équipe, l'am­biance pro­met d'être ex­plo­sive ! Dès le len­de­main, nous louons deux voi­tures et rou­lons di­rec­tion Man­nar et Jaff­na. Ce sont les der­nières ré­gions du pays à avoir été ou­vertes aux étran­gers après la guerre. Nous avons conscience que très peu de ri­deurs ont eu l'oc­ca­sion d'y na­vi­guer et réa­li­sons aus­si que Mé­la­nie se­ra pro­ba­ble­ment la pre­mière

ri­deuse de cette ré­gion... La route est longue mais agréable. Le pay­sage est de plus en plus sau­vage et, tout au long du tra­jet, nous nous éton­nons des bai­gnades d'en­fants dans les pe­tites la­gunes qui longent la route, des singes à cri­nière blanche et tou­jours les mêmes ânes et vaches sa­crées qui squattent les routes. En fin d'après-mi­di, nous at­tei­gnons Man­nar et nous fi­lons di­rec­te­ment sur le pre­mier spot re­pé­ré. Les ves­tiges d’un pont bom­bar­dé sont les traces les plus vi­sibles de la guerre. L'ar­mée n’est pas loin non plus… Au fi­nal nous per­dons une heure à at­tendre leur au­to­ri­sa­tion de cir­cu­ler. Il est dé­jà 18 heures lorsque Brice et deux des gar­çons partent en re­pé­rage sur l'eau mais ils re­viennent vite. Les co­quillages cou­pants qui jonchent la plage et l’eau peu pro­fonde par­se­mée de dé­bris de pont ont eu rai­son de leur mo­ti­va­tion. La ses­sion se ter­mine avec la vi­site d'en­fants du vil­lage voi­sin. À leurs at­ti­tudes, nous com­pre­nons que c'est la pre­mière fois qu'ils voient des per­sonnes blanches en chair et en os. Nous avons l'im­pres­sion d'être des ex­tra-ter­restres ! Pas­sées les pre­mières ap­pré­hen­sions, ils ne nous lâchent plus, ré­clament même des pho­tos et touchent tout ce qu'ils peuvent. Après quelques jours de re­cherches, nous trou­vons en­fin un su­perbe spot : eau claire, des vagues, du flat et du vent constant !

JAFFNAR

Après trois jours de pures ses­sions, nous bou­geons vers Jaff­na que nous at­tei­gnons après cinq heures de route dé­fon­cée. Nous pen­sions ar­ri­ver dans une ville dé­serte de tou­ristes où trou­ver fa­ci­le­ment une gues­thouse pour dor­mir, mais c’était sans comp­ter les fêtes re­li­gieuses... Des hin­douistes du monde en­tier af­fluent à Jaff­na en août pour glo­ri­fier « Mu­ru­gan », le dieu de la guerre. Le seul éta­blis­se­ment dis­po­nible est un hô­pi­tal trans­for­mé une fois la paix re­ve­nue en gues­thouse de for­tune... L'en­droit est as­sez glauque et il est dif­fi­cile de s’em­pê­cher d’ima­gi­ner ce qui a pu se pas­ser ici du­rant la guerre. La nuit est tom­bée, nous sommes fa­ti­gués, nous pre­nons les chambres. Heu­reu­se­ment, la fa­tigue a rai­son de notre ima­gi­na­tion. Le len­de­main, nous nous ren­dons compte de l'état de la ville. C'est un mé­lange étrange de temples aux couleurs très fla­shies, de jo­lies mai­sons neuves mais aus­si de ruines. Cer­taines sont en­core mar­quées par les im­pacts de balles ou d’obus. Ce qui est étonnant c'est que l'at­mo­sphère qui y règne est plu­tôt cha­leu­reuse car les gens sou­rient et sont très ave­nants. Place à la ses­sion et di­rec­tion les îles de Kayts Pun­ku­du­ti­vu. Au bout de celles-ci, nous re­pé­rons une plage as­sez sym­pa avec une belle eau claire, un plan d'eau plu­tôt flat mais un vent très off­shore : « Hey les gars, ça se­rait par­fait si on se dé­pla­çait un peu plus vers l'est... Re­gar­dez il semble y avoir un pe­tit che­min ». Tous ex­ci­tés à l'idée de tes­ter le spot, nous re­pre­nons les voi­tures en moins de deux mi­nutes mais au bout de quelques cen­taines de mètres le che­min de­vient de plus en plus dur à pra­ti­quer et l'en­vi­ron­ne­ment est de plus en plus hos­tile. On voit ap­pa­raître des bar­be­lés qui cloi­sonnent un ter­rain sur notre droite, le ter­rain est mar­qué par des im­pacts de bombes au sol et de nom-

« NOUS AVONS CONSCIENCE QUE TRÈS PEU DE RI­DEURS ONT EU L'OC­CA­SION D'Y NA­VI­GUER ET RÉA­LI­SONS AUS­SI QUE MÉ­LA­NIE SE­RA PRO­BA­BLE­MENT LA PRE­MIÈRE RI­DEUSE DE CETTE RÉ­GION... »

breux co­co­tiers ont été cou­pés et brû­lés… Au mo­ment où Mé­la­nie com­mence à dire que ça res­semble à un ter­rain d’entraînement pour l'ar­mée, une des deux voi­tures s'em­bourbe. Alors que nous sor­tons pour pous­ser, des chiens ar­rivent en aboyant ac­com­pa­gnés de mi­li­taires aux mines pa­ti­bu­laires. Ceux-ci nous ex­pliquent que le ter­rain n'est pas to­ta­le­ment dé­mi­né et que nous n'avons pas le droit non plus d'al­ler dans l'eau. Gloups ! Ni une ni deux nous sor­tons la voi­ture de son pé­trin et re­brous­sons che­min. Nous tes­tons plu­sieurs spots au­tour de Jaff­na mais rien de très convain­cant. Après une jour­née de re­cherche, nous tom­bons sur une pe­tite plage par­faite pour une courte ses­sion au cou­cher du so­leil. Dès notre ar­ri­vée deux, trois en­fants com­mencent à nous suivre. Après cinq mi­nutes de na­vi­ga­tion, de plus en plus de gens ar­rivent et, au bout d'une de­mi-heure, nous fai­sons face à une qua­ran­taine de spec­ta­teurs de tous âges ! Ils ri­golent et hurlent au moindre saut. Lorsque nous sor­tons de l'eau, nous sommes en­va­hit. Comme ils parlent uni­que­ment le ta­moul, nous com­mu­ni­quons par les gestes ce qui n’em­pêche pas d’avoir un ex­cellent fee­ling. Au fi­nal notre meilleur sou­ve­nir sur Jaff­na reste les ren­contres avec la po­pu­la­tion. Le trip se ter­mine à Man­mar et nous pro­fi­tons de nou­veau de notre spot d'eau flat et claire avant de rac­com­pa­gner un de nos nou­veaux amis plus au sud pour son dé­part. Fi­na­le­ment nous dé­ci­dons de res­ter un mois sup­plé­men­taire dans le pays pour tra­vailler un peu plus et pour­quoi pas re­par­tir na­vi­guer dans le nord ou ailleurs !

En haut à gauche : Alors ? Elle est pas belle la vie ? Après la très (trop) tou­ris­tique Ba­li, Mé­la­nie ap­pré­cie le cô­té roots et sau­vage du Sri Lan­ka. En haut à droite : Si Mé­la­nie et Brice sont éton­nés chaque jour par ce pays, les ha­bi­tants hal­lu­cinent tout au­tant de voir des ho­mos ki­tus jouer au­des­sus des flots… En bas à gauche : Comme le singe d’ailleurs… En bas à droite : Pe­tite cho­ré­gra­phie d’ailes avec les ri­deurs ren­con­tré à Kal­py­tiya, juste avant de par­tir pour le nord.

En haut : Un des fa­meux temples aux couleurs fla­shies qui a échap­pé aux ra­vages de la guerre. Ci-des­sus : Avant leur ar­ri­vée, Brice et Mé­la­nie avaient re­gar­dé les pré­vi­sions : entre 18 et 33 noeuds. Pré­vi­sions confir­mées.

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