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a suc­ces­sion de tem­pêtes de l’hiver der­nier a tel­le­ment les­si­vé et ron­gé les côtes qu’une quan­ti­té d’ob­jets ont re­fait sur­face sur les plages eu­ro­péennes. Le fos­sile d’un Ich­tyo­saure, rep­tile ma­rin dont l’es­pèce a dis­pa­ru il y a 150 mil­lions d’an­nées, a même été dé­cou­vert sur une plage dans le Dor­set an­glais ! En France éga­le­ment, de nom­breux ves­tiges ont été mis à nu sur les plages après les fortes tem­pêtes, po­sant la ques­tion de l’époque de leur sub­mer­sion par l’océan. Preuve aus­si que ce ni­veau a évo­lué avec le temps. En­ta­mons donc une pe­tite pros­pec­tion sur les traces du pas­sé…

Com­ment a évo­lué le ni­veau ma­rin de­puis la pré­his­toire ? Pierre Ste­phan :

La pro­jec­tion pour 2100 est de 40 cm d’élé­va­tion du ni­veau ma­rin. Beau­coup de gens s’in­quiètent que le ri­vage s’érode et re­cule. Mais si la hausse an­non­cée est ra­pide, c’est un phé­no­mène qui a tou­jours exis­té, de­puis le der­nier maxi­mum gla­ciaire il y a 20 000 ans. A l’époque, le ni­veau ma­rin était 120 mètres plus bas ! Par exemple, des scien­ti­fiques ont tra­vaillé sur la Baie de Douar­ne­nez. Au­jourd’hui, on a une couche de sé­di­ments ma­rins, mais si on l’en­lève, le ré­seau des val­lées ac­tuelles se pro­longe sous les plages et l’avant-côte. La ligne de ri­vage de­vait se si­tuer plu­sieurs ki­lo­mètres en avant. Dans le même genre, l’in­va­sion ma­rine du Golfe du Mor­bi­han est as­sez ré­cente. Une grande ri­vière cou­lait éga­le­ment dans une val­lée fos­sile là où se si­tue au­jourd’hui le pas­sage de la Tei­gnouse, au large de Qui­be­ron.

Pour­quoi le ni­veau de la mer a-t-il aug­men­té aus­si vite ? Pierre Ste­phan :

C’est avant tout dû au cli­mat. Il y a 20 000 ans, le cli­mat était beau­coup plus froid qu’au­jourd’hui. Il y avait beau­coup plus de glace sur les conti­nents, dans des grands gla­ciers qui sto­ckaient une par­tie de l’eau au­pa­ra­vant dans les océans. Quand le cli­mat s’est ré­chauf­fé, les grandes ca­lottes de glace, les gla­ciers et la neige ont fon­du. Le vo­lume glo­bal des océans a aug­men­té ra­pi­de­ment. La tem­pé­ra­ture de l’océan a éga­le­ment un petit peu aug­men­té, en­trai­nant une di­la­ta­tion ther­mique de l’océan.

Les océans ont-ils mon­té de fa­çon stable de­puis 20 000 ans ? Pierre Ste­phan :

Le cli­mat s’est ré­chauf­fé bru­ta­le­ment. Les glaces ont fon­du très vite, puis le phé­no­mène s’est ra­len­ti car le gros des glaces conti­nen­tales était dé­jà re­tour­né à l’océan. C’est au cours de cet épi­sode que la Mer du Nord et la Manche ont été re­cou­vertes par les eaux, vers 8000 BP (Be­fore Per­iod : au­jourd’hui, donc il y a 8000 ans). Pour se faire une idée, on était à 1cm par an jus­qu’à 7000 BP, et puis 1mm par an après.

Il y a des va­ria­tions de vi­tesse de­puis le der­nier maxi­mum gla­ciaire. La ten­dance a tou­jours été au ra­len­tis­se­ment de la mon­tée du ni­veau ma­rin. Il y a eu des gros lar­gages d’eaux de fonte entre 12 000 et 7000 BP, prin­ci­pa­le­ment des ca­lottes gla­ciaires si­tuées au-des­sus de l’Eu­rope du Nord ( 2 km de glace d’épais­seur) et du Ca­na­da. Cette re­mon­tée du ni­veau des mers s’est dé­rou­lée sur un rythme sou­te­nu, mais à par­tir de 7000 BP le rythme di­mi­nue très net­te­ment.

Jé­rôme Gos­lin : Cer­tains ont-ils vu l’eau re­mon­ter « à vue d’oeil » ? Pierre Ste­phan :

Il faut que tu ra­joutes l’ef­fet des tem­pêtes sur la psy­cho­lo­gie des po­pu­la­tions lit­to­rales. Si tu prends le der­nier hiver comme exemple, on a vu des zones en­tières sub­mer­gées sans qu’il y ait une hausse du ni­veau moyen. A l’époque, les hommes étaient no­mades, et sans doute seu­le­ment de pas­sage sur le lit­to­ral. Est- ce qu’une hausse de 25 cm par gé­né­ra­tion est as­sez vi­sible pour trau­ma­ti­ser les po­pu­la­tions ? Par exemple, si un cor­don du­naire dis­pa­raît à cause des tem­pêtes alors que le ni­veau ma­rin n’a pas mon­té. Le contexte glo­bal est une hausse lente et constante de­puis 7000 BP, avec des phases cli­ma­tiques, comme les tem­pêtes, qui ac­cé­lèrent par­fois l’éro­sion et le re­cul des côtes, comme l’hiver der­nier. Mais ce res­sen­ti est épi­so­dique, par phases.

Il y a par­fois des phé­no­mènes ra­pides, comme l’ar­chi­pel de Mo­lène qui se sé­pare du con­tinent vers 5500 BC (Be­fore Ch­rist : ajou­tez 2014 ans pour conver­tir en 7500 BP). Vers 5000 BC, Mo­lène est dé­jà une île. La re­mon­tée ma­rine s’en­gouffre dans les pe­tites val­lées du plateau, et il ne sub­siste au­jourd’hui que les col­lines de l’époque, c’est-à-dire les îles de cet ar­chi­pel.

Il faut com­prendre qu’il s’agit du ni­veau ma­rin res­sen­ti. On peut avoir une évo­lu­tion du sys­tème cô­tier qui donne l’im­pres­sion d’une hausse du ni­veau de la mer, même si cette der­nière n’aug­mente pas.

Yvan Pailler :

Jé­rôme Gos­lin :

Dans le Nord Fi­nis­tère et en rade, il y a 3000 ans, on avait une hausse lente du ni­veau ma­rin, mais dans le même temps une mo­di­fi­ca­tion de la côte im­pres­sion­nante due à bien d’autres fac­teurs, comme des tem­pêtes, une mo­di­fi­ca­tion des cours d’eau voire une hausse de la plu­vio­mé­trie. Toutes ces choses que l’on a en­core du mal à ex­pli­quer. Quand l’aug­men­ta­tion du ni­veau de la mer ra­len­tit, il y a da­van­tage de fac­teurs qui peuvent in­ter­agir en­semble.

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