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Kiteboarder - - RÉVOLUTION AU PAYS DU CARIBOU -

es cours viennent de se ter­mi­ner pour les élèves de l’école Ka­na­ta­mat à Ka­wa­wa­chi­ka­mach, une com­mu­nau­té nas­ka­pie du Qué­bec. Au lieu de re­tour­ner à la mai­son pour re­gar­der la té­lé­vi­sion ou jouer avec leur iPad, une dou­zaine de jeunes Nas­ka­pis se di­rigent plu­tôt vers le centre com­mu­nau­taire pour ve­nir es­sayer un nou­veau sport. La com­mu­nau­té a dé­ci­dé d’ajou­ter du pi­quant au car­na­val cette an­née en in­ves­tis­sant dans un pro­gramme de ki­tes­ki. « Nous avions en­ten­du par­ler du pro­gramme de ki­tes­ki lors d’une as­sem­blée de l’Ad­mi­nis­tra­tion ré­gio­nale Ka­ti­vik ( ARK) ( NDLR : gou­ver­ne­ment ré­gio­nal des peuples au­toch­tones du nord du Qué­bec). Nous trou­vions que c’était une ex­cel­lente fa­çon de faire bou­ger nos jeunes », lance Jim­my James, le di­rec­teur du dé­par­te­ment des loi­sirs de la com­mu­nau­té. En cet après-mi­di de mars, le vent souffle à 30 km/h sur le lac Pe­ter qui borde la com­mu­nau­té de Ka­wa­wa­chi­ka­mach qui compte en­vi­ron 600 ha­bi­tants. Avec une tem­pé­ra­ture de -15 de­grés Cel­sius, il fait presque chaud à cette la­ti­tude, étant don­né que nous sommes au 54e pa­ral­lèle, à près de 575 km en train de la ville la plus proche, Sept-Îles. En quelques mi­nutes, huit voiles sont mon­tées et prêtes à être uti­li­sées. Pour les peuples au­toch­tones, l’ap­pren­tis­sage tra­di­tion­nel passe beau­coup plus par l’imi­ta­tion que par le lan­gage. San­dy Hau­kai, un ins­truc­teur inuit de Kan­gir­suk, sait exac­te­ment com­ment s’y prendre pour que le mes­sage passe ra­pi­de­ment. Avec quelques gestes simples et quelques blagues, le cou­rant passe entre lui et les deux frères Ei­nish, Te­rek et Shane. Dès les pre­miers ins­tants, les yeux des deux grands ado­les­cents se sont illu­mi­nés. Après avoir ap­pris à contrô­ler la voile, les deux frères chaussent les skis et filent sur le lac ge­lé. « J’ai ra­re­ment eu au­tant de plai­sir que lorsque j’ai réus­si à avan­cer avec les skis aux pieds. C’est une de mes plus belles ex­pé­riences à vie », men­tionne Te­rek, 14 ans. Pour leur mère, An­nie Vol­lant, l’ar­ri­vée de ce sport dans la com­mu­nau­té est une ex­cel­lente nouvelle. « Les gars ne parlent que de ça de­puis qu’ils ont es­sayé le kite hier. Ça fait du bien de les voir bou­ger et jouer de­hors », dit-elle. Le plus im­pres­sion­nant dans tout ça, c’est qu’ils n’avaient ja­mais fait de ski ni ma­nié un kite de leur vie au­pa­ra­vant. Cette jour­née-là, 18 per­sonnes au­ront eu la chance d’ap­prendre à faire du kite. Au to­tal pen­dant la se­maine, près de 45 per­sonnes ont ap­pris à ap­pri­voi­ser le vent. Et ils ne sont pas les seuls. De­puis 2006, plus de 2000 per­sonnes ont été ini­tiées à la pra­tique du ski cerf-vo­lant dans 19 com­mu­nau­tés du Nu­na­vik (nord du Qué­bec) et du Nu­na­vut (ter­ri­toire ca­na­dien).

LE VÉ­LO DES NEIGES

La pre­mière fois que Guy Laflamme a es­sayé un cerf-vo­lant « Pa­ras­ki­flex », une voile de concep­tion qué­bé­coise, en 2001, il a été dé­con­cer­té de voir à quel point c’était fa­cile à manoeuvrer. « C’est comme un vé­lo des neiges. Ça prend moins de 30 mi­nutes à contrô­ler. Tous les Inuits de­vraient en avoir un », avait-il son­gé à l’époque. Guy n’avait ja­mais été dans le nord, mais l’idée de lan­cer un pro­gramme de ski cerf-vo­lant dans le nord ve­nait de ger­mer. En 2005, il prend contact avec une en­sei­gnante à l’école se­con­daire de Kan­gir­suk qui sou­hai­tait or­ga­ni­ser une for­ma­tion de ki­tes­ki. L’an­née sui­vante, Guy or­ga­nise une ac­ti­vi­té spé­ciale dans ce vil­lage pour pré­sen­ter son projet à tous les maires du Nu­na­vik lors d’une as­sem­blée an­nuelle. Et rien de mieux que de sor­tir les voiles pour ini­tier les maires et la po­pu­la­tion, et pour consta­ter l’en­goue­ment du sport au­près des jeunes de cette com­mu­nau­té. Les maires sont sé­duits car le sport per­met de lutter contre les pro­blèmes d’in­ac­ti­vi­té, de consom­ma­tion et de sui­cide dans le nord. « Je vou­lais les faire rê­ver et leur faire vivre des ex­pé­riences per­son­nelles », com­mente Guy Laflamme, qui est aus­si pro­prié­taire d’une école de ki­tes­ki à SaintP­la­cide près de Mon­tréal. Quelques se­maines plus tard, Guy et son groupe partent à Igloo­lik, une com­mu­nau­té du Nu­na­vut re­con­nue pour conser­ver ses tra­di­tions inuites. « Tous les jeunes vou­laient es­sayer le kite. À la fin de la se­maine, on a ra­mas­sé l’équi­pe­ment pour ren­trer à la mai­son. Les Inuits nous ont dit : « C’est la jour­née la plus triste ». J’ai réa­li­sé que ce­la n’avait pas de sens d’al­ler les ex­ci­ter avec un nou­veau sport, les for­mer et fi­na­le­ment re­par­tir avec tout l’équi­pe­ment », ex­plique-t-il. Pour que le projet soit du­rable, les com­mu­nau­tés in­té­res­sées à lan­cer le pro­gramme de­vraient dé­sor­mais in­ves­tir dans l’achat d’équi­pe­ments com­plets. À Ka­wa­wa­chi­ka­mach, par exemple, la com­mu­nau­té a ache­té neuf voiles de sur­faces dif­fé­rentes et plu­sieurs paires de skis et de bottes usa­gées. L’équi­pe­ment peut ain­si être uti­li­sé par toute la com­mu­nau­té.

LE PRO­GRAMME DES SOU­RIRES ARC­TIQUES

Au dé­part, le pro­gramme se nom­mait « the Arc­tic smile pro­gram ». « Quand les jeunes ma­nient le cerf-vo­lant pour la pre­mière fois, ils réa­lisent à quel point c’est fa­cile de vo­ler, et un gros sou­rire jaillit. Et quand ils commen-

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