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Kiteboarder - - NATURICIDE PAR RÉCHAUFFEMENT ASPHYXIANT -

et au­tomne, du 30 no­vembre au 11 dé­cembre 2015, la France ac­cueille­ra la 21ème confé­rence des Na­tions Unies sur les chan­ge­ments cli­ma­tiques. Ce se­ra l’oc­ca­sion pour les scien­ti­fiques et les res­pon­sables po­li­tiques du monde en­tier d’abor­der la ques­tion du cli­mat ac­tuel et de son évo­lu­tion, en par­ti­cu­lier celle des gaz à ef­fet de serre consi­dé­rés comme res­pon­sables du ré­chauf­fe­ment ac­tuel. C’est l’oc­ca­sion pour nous de faire le point avec un cli­ma­to­logue fran­çais spé­cia­liste de la ques­tion, en amont de la confé­rence.

Ki­te­boar­der : Qui êtes-vous Fran­çoisMa­rie Bréon ? Fran­çois-Marie Bréon :

Je suis cher­cheur en cli­ma­to­lo­gie et di­rec­teur ad­joint du La­bo­ra­toire des sciences du cli­mat et de l'en­vi­ron­ne­ment qui dé­pend du CNRS, du Com­mis­sa­riat à l’Ener­gie ato­mique et de l’uni­ver­si­té de Versailles Saint-Quen­tin.

Quels sont les chan­ge­ments cli­ma­tiques ob­ser­vés ?

On constate un chan­ge­ment de la com­po­si­tion at­mo­sphé­rique, avec une aug­men­ta­tion de la concen­tra­tion de di­oxyde de car­bone (400 ppm au lieu des 280 ppm du pas­sé) et de mé­thane (1,8 ppm), deux gaz à ef­fet de serre. La quan­ti­té de mé­thane a été mul­ti­pliée par trois par rap­port à la moyenne. En consé­quence, la tem­pé­ra­ture moyenne sur la Terre a aug­men­té d’un peu moins de 1°C de­puis une cen­taine d’an­nées. Ce phé­no- mène s’est ac­cé­lé­ré de­puis une tren­taine d’an­nées. L’océan se ré­chauffe en pro­fon­deur. Des bouées per­mettent de me­su­rer la tem­pé­ra­ture jus­qu’à 2000 mètres de pro­fon­deur. On ob­serve éga­le­ment la fonte spec­ta­cu­laire de la ban­quise et des en­droits qui sont co­lo­ni­sés par cer­tains ani­maux dont l’es­pèce re­monte vers les pôles ou en al­ti­tude. Tous ces phénomènes dé­coulent de l’aug­men­ta­tion de la tem­pé­ra­ture.

Quelles sont les prévisions ?

Nous al­lons connaître une aug­men­ta­tion des tem­pé­ra­tures. Ce­la ne fait au­cun doute, même s’il existe en­core des in­cer­ti­tudes sur la va­leur de ce ré­chauf­fe­ment. La pre­mière in­cer­ti­tude vient de la quan­ti­té de C02 qui se­ra en sus­pen­sion dans l’air d’ici un siècle, ce­la dé­pend de l’homme. La deuxième in­cer­ti­tude est cli­ma­tique : les cli­ma­to­logues n’ont pas en­core tout com­pris des sub­ti­li­tés du cli­mat (cette science est re­la­ti­ve­ment jeune, ndlr). En consé­quence, les prévisions se si­tuent entre 1,5 et 6 de­grés pour 2100. Ce­la mo­di­fie­ra les pré­ci­pi­ta­tions et le ni­veau des mers (ac­tuel­le­ment 3,2 mm/an, et le phé­no­mène s’ac­cé­lère). Au to­tal, on at­tein­dra sans doute une hausse entre 50 cm et 1 m d’ici la fin du siècle.

Cli­ma­ti­que­ment, nous nous rap­pro­chons d’une pé­riode gla­ciaire. Sa­vons-nous quand elle de­vrait com­men­cer ?

On était par­ti pour être dans notre pé­riode in­ter­gla­ciaire pen­dant en­core une di­zaine de mil­liers d’an­nées, mais avec la concen- tra­tion de di­oxyde de car­bone ac­tuelle, il est im­pos­sible de re­tour­ner dans une pé­riode gla­ciaire. Le cycle na­tu­rel est com­plè­te­ment per­tur­bé. On peut dire que l’on a chan­gé d’ère : les cli­ma­to­logues parlent de « l’an­thro­po­cène », com­plè­te­ment pi­lo­té par l’es­pèce hu­maine (an­thro­pos : « être hu­main » en grec). Seule une ca­tas­trophe na­tu­relle, comme une énorme ex­plo­sion vol­ca­nique pour­rait faire que le na­tu­rel re­prenne le des­sus. Les va­ria­tions na­tu­relles sont au­jourd’hui faibles en com­pa­rai­son de celles liées à l’homme.

Quelles se­ront les consé­quences du chan­ge­ment cli­ma­tique ?

L’im­pact pour le Fran­çais moyen n’est pas le même que pour ce­lui qui ha­bite le Sa­hel, le Ben­gla­desh ou les pe­tites îles du Pa­ci­fique. Nous sommes as­sez peu vul­né­rables en France aux chan­ge­ments cli­ma­tiques. D’une part parce que nous sommes dans une zone re­la­ti­ve­ment tem­pé­rée. D’autre part parce que nous dis­po­sons de res­sources éco­no­miques pour nous y adap­ter. Les sta­tions de ski de moyenne mon­tagne sont condam­nées à terme par manque ou ab­sence de neige. Le Sud de la France va s’as­sé­cher et l’agri­cul­ture de­vra s’adap­ter. L’aug­men­ta­tion du ni­veau des mers au­ra quelques consé­quences éga­le­ment, mais tout ce­la res­te­ra re­la­ti­ve­ment « gé­rable » en com­pa­rai­son à d’autres pays où la zone agri­cole est si­tuée pra­ti­que­ment au ni­veau de la mer. Avec une mon­tée d’un mètre, c’est une ca­tas­trophe. Le cli­mat ne se­ra pas plus mau­vais que ce qu’il

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